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ALT-J : An Awesome Wave

Alt-J (Δ) un quatuor anglais de Leeds, Joe Newman à la guitare et au chant, Gus Unger-Hamilton aux claviers, Gwil Stainsbury à la guitare/basse et Thom Green à la batterie qui sort son premier album « An Awesome Wave » le 28 mai, digitalement. Alt-J c’est surtout un groupe de bricoleurs créatifs et cultivés mais également une esthétique contemporaine, sobre, une symbolique de l’ordre et du mystère distillée au travers de leurs textes sublimes et incandescents et dans le recours à une forme triangulaire et au signe Δ. Alt-J, c’est aussi un raccourci dans le monde bien connu de la pomme lumineuse, c’est un triangle, la lettre delta sur clavier Qwerty et c’est surtout un signe de ralliement à la manière des WU LYF, signe de changement et de revendications induites.

Intrigants, perfectionnistes, rien n’est laissé au hasard, tout est intellectualisé, disséqué et récréé, avec des arrangements riches et subtils et de pures émotions contenant une sincérité poignante. Δ, c’est la clef d’une équation complexe à multiples degrés que Alt-J déchiffre par leur monde et qu’il nous livre telle une clef pour un autre level. Ce groupe de branchés farfouilleurs et de loufoques talentueux réalisent un premier album à leur image, intense, brillant et un bien curieux mélange tout terrain où électro-pop, folk, indie rock, hip-hop, trip hop se côtoient et se brouillent mutuellement. Secouez tout cela très fort et vous chavirerez littéralement tant le résultat est inespéré, bouillonnant et magnifique.

Défricheurs nés, aux avant gardes des percussions, aux choeurs de soul folk blues a capella, au groove entêtant, avec un sens innée de la mélodie et un véritable génie de la construction cohérente et magique. Dans la lignée de Breton, Devendra Banhart, Sigur Ros, Radiohead, Django Django ou Wild Beasts, sans être seulement tout cela, mais eux,  ils réinventent les territoires et déconstruisent le monde, pur moment jouissif où les oreilles et le coeur en prennent pour leur grade : en un mot perturbant.

De plus, doué d’un haut pouvoir narratif  à son comble, le groupe, avec en tête  Joe Newman, nous mène vers la perfection psychédélique en commençant  par « Intro« , une introduction douce, toute empreinte d’émotions brutes, où le piano puis les guitares se posent là, sereins et où viennent les voix  graves, grésillantes mais intenses, avec des claviers qui tintillent…Tout s’y combine, afin de créer de véritables nouvelles sonores, telles des pages d’un livre, toutes différentes, mais même face d’une identité plurielle et envoûtante.

« Ripe & Ruin » continue la traversée sonore avec les voix disposées en choeurs, comme des Fleet Floxes déprimés, presque a capella puis légèrement décalées, qui brillent par leur dépouillement, bouleversant.

« Tessellate » nous embarque avec les instruments et les voix, puissants, celle de Joe Newman un peu à la sonorité blues retentit comme sourde, un appel au milieu de la forêt, une piste de découverte, merveilleuse, rejointes bientôt par d’autres voix, malicieuses et sobres.

« Breezeblocks » revient au blues folk, les voix graves communiant entre elles et Joe Newman sait où il va, le rythme bien que ralenti, l’est faussement et une énergie intense s’en dégage : une chaude douceur nous envie et irradie sur le titre.

C’est une tribu hors piste, hors norme, ouverte sur le monde et l’exploration. Il est difficile de saisir à qui ils nous font penser tant ils sont chacun plusieurs à la fois et leurs influences diverses, montent en intensité, lumineux.

Après un interlude « Guitar » pensé comme un autre type de bouffée d’oxygène, cette fois-ci toute instrumentale, « Something Good » enchaîne, des batteries en force accompagnent la voix avec du piano, voyage lunaire aux racines africaines épurées s’envolant vers du folk lumineux, à la lisière d’univers autres, une voix singulière qui arrache tout en douceur tout sur son passage pour mieux vous entraîner dans leur monde, des guitares en rythmes, tout appelle à l’ailleurs, brillant.

« Dissolve me » est un hymne aux sons d’inspirations tribales et aquatiques, en deux notes et une voix, ils plantent le décor, la délicatesse d’une chanson qui résonne et fait résonance, des Simon&Garfunkel plus intenses, plus pirates dans l’âme. Sommes-nous dans du folk, de l’électro, de la pop, aucune idée, tant ils détruisent les étiquettes et les univers normalement bien délimités pour mieux imposer un bonheur sans nom qui se termine en apogée sonore et vocale.

« Matilda« , plus rock et néo-folk, la voix plus claire, la chanson est une lente progression où à chacun des pas, on se rapproche de Matilda pour mieux s’en éloigner, en la voyant toujours, mais floue comme une apparition dans un film de Besson, Léon dont c’est librement inspiré.

« Ms » suit, mélodie folk amère, aérienne avec les petits tintements de cloches et les choeurs parsemés regroupés sur le seul refrain…Doux, sombre et farouchement lumineux même si c’est également souterrain, monde de la contradictions : légèreté et lourdeur se mêlent parfaitement jusqu’à vous faire douter de ce qui gagne : poignant.

« Fitzpleasure » est une expérimentation sonore, un titre mutant, aux couleurs du blues électro, avec toujours les choeurs plus lointains, délicats, une envolée à la manière des Vampire Weekend, avec un soupçon de Billy Corgan, chanteur emblématique des Smashing Pumpkins. Une rencontre authentique en plongée profonde d’harmonies et de force, en terres africaines.

Après un autre interlude de piano avec des voix tout en retenue, comme introspectives, « Bloodflood » revient minéral, délice de pop sombre et caverneuse d’où les voix partent et se perdent tel un parcours initiatique.

« Taro » enfin est un retour aux sources, une complainte sombre, touchante, où rien ne manque pour vibrer… Un tableau sonore inouï on l’on voit tout leur génie et leur construction lumineuse, soubassements à un autre monde, un autre temps où la création y aurait toute sa place. Une chanson engagée plus frontalement que le reste de l’album, car vibrant hommage voulu au couple de reporters de guerre Robert Capa et surtout à Taro Gerda qui a été tué par un char en 1937.

« Hand Made » ne nous laisse pas là, cette chanson cachée nous achève en beauté, à l’unisson, sur la route intense de l’inventif sans fin et sans limites : un excellent opus, une petite merveille parfaite presque, car la perfection n’existe pas…Ou presque.

L’album à écouter totalement et furieusement :
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Un téléchargement gratuit de quelques titres est possible :

Présents sur des festivals à l’étranger, ils seront, oh merveille !, à la Route du Rock à Saint-Malo le 10 août au fort de Saint-Père, courez-y.

Le Δ est donc ma nouvelle religion sonore, gracieuse et jouissive. Puisse-t-il en avoir plusieurs !

3 comments

  1. Focusman says:

    Que dire si ce n’est que Alt-J est un groupe sublime. Cela fait deux semaines que je les ai découvert et in a faire je ne m’en lasse pas et suis même subjugué par les frissons que nous procure leur morceaux. À force on connais les paroles les rythmes mais on ne s’habitue jamais a l’émotion que Alt-J procure.

  2. Superbe article les mots sont d’une justesses …rien a ajouté ci ce n’est Amen !

    1. Merci infiniment;)

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