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BRNS @ la Maroquinerie

BRNS @ la Maroquinerie

Hier, le 28 octobre, BRNS avait choisi comme première partie, Gomina, quatuor originaire de Caen.
La tête baissée dans une pop infusée psychédélique, tambour battant en sus, clavier sirupeux à l’acidité espiègle en joute frontale, une batterie tapageuse alliée d’un chant chaud, Gomina sait, à n’en pas douter, réveiller les ardeurs d’alt-pop.

L’air de ne pas y toucher, ils dégainent des frissons à la Tame Impala vs MGMT. Les comparaisons s’arrêtent pourtant là, car leur identité et leurs harmonies puissamment addictives sont un petit bonheur singulier.

Chez eux, les mélodies suaves sont accompagnées de projections aériennes, renforçant le psychédélisme fougueux, clin d’œil a des métaphores adjacentes. Peter B, Julien R, Nicolas R et Nicolas V brassent avec intensité des influences sixties entremêlées d’accents post-rock lumineux, avec éclat et élégance.

Ayant laché avec panache, deux de leurs nouvelles chansons, ils décochent des flèches grâce à leur lyrisme déjantée aux consonances rêvées. Si vous êtes en manque d’harmonies cosmiques, eux vous les fournissent sous intraveineuse, sur fond de bulles et d’envolées désenclavées des cieux.

Gomina clashe sous forme de désirs lancinants et de dissonances irisées cachant un côté ardent plus sombre, ils sont à voir en concert de toute urgence et à suivre de très près.

La Maroquinerie semble alors retenir son souffle, attendant BRNS avec impatience. Dans une salle aux lumières tamisées, Timothée Philippe, Antoine Meersseman, Diego Leyder, César Laloux montent à 21h30 sur scène. Tout en échos, leurs voix délicates comme souterraines se font appels viscérales, échos brûlants. Les loups de BRNS sont en place.

Les premières notes de Clairvoyant résonnent alors. La batterie ponctue l’ensemble, puis monte en intensité sur les pas des chœurs. La puissance s’avance en une progression constante, cœur battant écorché, pulsations organiques distillées au compte goutte,  l’entrée en matière est majestueuse, à la profondeur tenace.

Le monde parallèle de BRNS envahit La Maroquinerie comme un nuage sombre, nuée des songes, la batterie appuyée mettant tous les sens en éveil, magnifique instru lâchée au galop avec une liberté réinventée, le chant courbant l’échine des guitares.

La pop constellaire de BRNS est hantée d’une voix qui harponne, peuplée par les riffs de guitare musclée qui font tomber à genoux face à ces notes s’encastrant les unes aux autres avec délicatesse, puissance et poésie. Mouvements aériens, en apesanteur, portés par la voix du batteur qui accompagne les rêves éveillés, les polie, les chérit et les dompte.

Emplies de pulsations souterraines devenues célestes, de respirations organiques, leurs harmonies romanesques tournoient sur fond de notes chaudes balayant tout sur leur passage, se lâchant en un chaos parfaitement normé, bordé de veines sonores en osmose. Here Dead He Lies a en live des allures de braises ardentes et un goût sulfureux et farouchement entêtant.

BNRS salue alors la foule d’un bienvenue à tous, apostrophant les étoiles. Déjà la guitare entre en piste suivie par la batterie délivrant à deux un son organique fantasmé, composé de résonances liquides et limpides, bordées de chœurs en échos clashant les désillusions. La voix décoche la lune.

Thru The Graveyard s’avance. Les pulsations se font plus douces, les voix des murmures plus urgents se trouvent talonnées par la silhouette de la guitare tapis dans l’ombre. Le squelette formé par la batterie et les claviers se distend pour embrasser la colonne dorsale des chants.

Alors les notes brouillés sont en osmose bouillonnant avec le chant astral. Les métamorphoses des harmonies plurielles se déchainent, obscurcissant l’asphalte d’une salle de la Maroquinerie, pleine à craquer, suspendue dans une communion ardente aux lèvres de BRNS. La mélancolie en souffle irisé bat au rythme de la lumière bleue qui dépose sur la salle comme un voile intimiste sur ce moment intense.

Puis, l’harmonica souffle doucement sur les braises, la batterie et les synthés en chemin de travers, bordent le tout de manière épineuse, alliés à l’incandescence grandissante de la voix qui arpente les angoisses, accompagne les désirs.

Se dégage ainsi un rythme aérien réchauffé par la basse, les sentiments en clameur dans la voix, l’urgence dans les chœurs mélancoliques. La chamade des sens que BRNS propose est spectaculaire, bluffante en live, assommant la moindre comparaison.

Il est l’heure de la chanson spirituelle, The Story Of Bible. Celle-ci tout en échos tribales, déclame des rythmes africains sur un chant cohabitant avec des traînées de guitares et un élan électrique qui traverse la chanson, en musclant les soubassements, élevant l’édifice entier.

Là, chaque touche se justifie, chaque note s’éclaire en rebondissements et va-et-vient oscillant entre une douceur de velours et une acidité brutale. Fluctuations des tempos, chaos bordé de ronces devenues lys.

BRNS en live, c’est un rythme haletant telle une respiration. Ce sont par endroits des mélodies qui se chargent de cris, d’une révolte sourde, d’une étreinte fugace qui se change en griffure pour redevenir caresse dans la veine de Wu Lyf.

A chaque intervalle entre les chansons, le public se fait silence, dans l’attente des prochaines secousses portées par BRNS. Clairs-obscurs emmêlés, harmonies fatales où les murmures se hurlent puis palpitent dans des mélodies où les jeux de rythmes et les changements de tempos se succèdent. La voix de Timothée se charge alors d’apostropher les étoiles, manipulant les nuages, pendant que les trois autres accouchent d’une pluie d’harmonies hypnotiques.

BRNS est un savant mélange de pulsations animales et d’esprit réfléchi et créatif. Ici, la spontanéité guerrière et la fragilité sauvage se mélangent, se chamaillent. Deathbed resplendit et prend d’assaut les cœurs.

Sur scène, ils ont la douceur d’une ivresse qui fait un incendie. Alors de leurs étreinte contemplative, de leurs assauts intimistes et brutes, ils brûlent l’âme et font voyager l’esprit par leurs mélodies nomades et irisées. Ce n’est point I Know Your Name, My Head ou leur chanson inédite qui contredira cela, bien au contraire.

Leurs mélodies sont des mirages dont les claviers bordent le chemin, comme des alarmes des sens où la voix brise les demi-mesures et les non dits de son souffle tempétueux. Bordés de sens contradictoires, de dissonances douces, de sentiers autres, leur voie plurielle flotte entre des cœurs électroniques et des pulsations mélancoliques et mécaniques.

Puis, Mexico enchaîne. Tempos mêlés, entremêlés, sculptés au couteau, aux batteries, au chant envoûtant promettant une intensité à tel point que BRNS semble plus que quatre sur scène, chacun se démultipliant dans des doubles autres.
Tempos saccadés soutenus par un rythme organique et tribale, un modernisme en pointillé, la Maroquinerie claque des mains, semblant émerveillée par la profondeur de la prestation du groupe.

Après leur rappel, BRNS généreux, reviendra pour deux chansons, c’est-à-dire un coulissement d’harmonies et des glissements des notes creusant l’âme. Sans artifices à la seule force de leurs mélodies, au souffle de leurs voix, ils vous couchent sur le flanc.

Hier, à la Maroquinerie, nous n’étions pas nombreux, nous étions infinis portés par la justesse et la fougue de BRNS. ll est des concerts éternels. A perte de vue, celui de BRNS résonnera longtemps.


Leur EP Wounded est toujours disponible chez Naïve, en attendant leur album.

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