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Casey + Kash Leone + Ryaam @ Festival TaParole

Une soirée pleine de bons mots, de textes libres et égaux, de verbes hauts toujours placés dans le bon tempo. Vous n’y étiez pas ? On vous fait le topo !

C’est au Café La Pêche, belle petit salle de Montreuil où les basses raisonnent bien, que le Festival TaParole a organisé une soirée hip-hop à son image, marquée par les textes engagés et les artistes sincères, à l’œuvre résolument tournée vers la revendication et le questionnement. Trois MCs donc, jeudi soir, pour le concert de Casey et de ses deux premières parties, trois façons différentes d’exprimer ce qu’ils ont à dire, tous les trois avec le flow et les beats efficaces. Trois rappeurs rompus à la scène, généreux, qui allient énergie et convictions.

 

21h : Ryaam, la surprise

N’étant pas au programme de départ, nous découvrons Ryaam, rappeuse du 20ème arrondissement de Paris, accompagnée de son jeune backer Irascible. Ryaam pose sur les beats de Dj Face la question des noirs et de la diaspora Africaine en France, de la colonisation et de son héritage. Un flow très 90’s sur des instrus variés.

On notera deux très bons intermèdes au cours cette prestation; lorsque le jeune Irascible, excèlle en solo dans un morceau parlant des dysfonctionnements de l’école et de sa manière de traiter les cancres. Puis lorsque, accompagnée d’une guitare acoustique pour un morceau, elle nous parle du parcours sa sœur disparue dans Chacun pour soi.

C’est sur un Medley que se termine cette agréable découverte. Le maxi 5 titres Mélomane de Ryaam est disponible à la vente.

 

22h : Kash Leone, le rappeur activiste

La moitié du duo de rappeurs Tango & Kash déboule sur scène avec ses deux backers. Auteur d’un rap activiste assumé, un « constat d’urgence » teinté de touches de vocabulaire syndicaliste, Kash Léone crie sur le beat sa colère et sa révolte face au caractère injuste du système.

Ouvrier à l’usine de PSA d’Aulnay-sous-Bois dont la fermeture est programmée, membre du mouvement de grêve, Kash avait fait parler de lui en sortant Ca peut plus durer un morceau résumant l’histoire de cette fin d’activité. Un morceau empli d’émotion et de revendication sociale, qui se termine par une dédicace à un employé présent dans la salle.

Les deux backers sont là et bien là, l’énergie est palpable et l’échange avec le public est très bon. C’est sur le morceau Injustice que se termine la première partie de cette soirée hip hop, riche en émotion et en partage.

L’album de Kash Leone est disponible depuis le 15 avril dans les bacs !

 

22h50 : Arrivee de Casey, la bete est liberee

Accompagnée de son Dj, Casey nous a offert, lors d’un set de plus d’une heure pratiquement sans pause, un passage en revue de son œuvre. Piochant dans sa mixtape et ses deux albums, Casey nous délivre la prestation d’une artiste d’exception, rompue à la scène depuis plus de dix ans, en solo ou avec son crew, Anfalsh.

Commençant avec Tragédie d’une trajectoire, morceau parlant d’une Française d’origine martiniquaise qui a grandi dans un contexte d’exclusion et de racisme, Casey pose tout de suite l’essence même de son rap, une écriture qui joue avec une aisance déconcertante entre rap autobiographique et rap revendicatif, entre poésie et vitriol.

Casey se sert, au travers de textes écrits avec un perfectionnisme acharné, de son vécu et de sa vision pour décrire une image sombre et réaliste du système et de ses institutions. Son rap, c’est un pavé dans la vitrine, une brûlure sur la carte postale, qui parle sans détour de la réalité derrière les décors du monde, fait de restes de l’esclavage et de la colonisation, de misère et de douleur, de cynisme et de mercantilisme.

Casey nous parle d’elle, de son refus de trouver une place au sein d’une industrie musicale qu’elle critique vertement dans les morceaux Pas à vendre et Apprends à t’ taire, tout deux repris en cœur par toute la salle :


Elle démontre son aisance sur beat lent ou accéléré, notamment sur Une tête à la traine, morceau sorti avec le projet Zone Libre.

Et démonte, au travers du constat doux-amer du morceau Chez moi, l’image faussée des Antilles. Elle nous emporte en voyage avec elle, dans une description touchante sur la terre de ses origines, une des dernières colonies Françaises.

Ce marathon en solo, rythmé par un flow implacable et des textes ciselés au scalpel, emprunts de révolte, de tristesse et de désillusion se termine par rêves illimités, morceau qui résume le mieux le personnage, avant d’être rejointe par son acolyte d’Anfalsh, Prodige, portant les couleurs de leur crew, pour finir ce concert en beauté dans un Medley survolté.

Lors d’une ses rares et courtes pauses, Casey ironisait, gênée, sur le fait de n’avoir pas de nouvel album à présenter. Cette perfectionniste des textes mets du temps à sortir des albums, ça se comprend. Mais il ne faudrait pas attendre trop longtemps.

Après cette soirée, vous pouvez les croire, il reste de l’espoir. Tant qu’ils auront un micro pour s’exprimer. Et pour cela, c’est le Festival TaParole qu’il faut remercier !

Casey en live

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