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Chet Faker : Thinking in Textures

Chet Faker : Thinking in Textures

Si vous avez raté Chet Faker en concert hier à la Maroquinerie, en première partie d’un groupe que l’on aime beaucoup ici The Temper Trap, ceci est un petit rattrapage pour ne pas repasser à côté de lui une seconde fois. L’homme vous saisit au travers de ses mélodies subtiles, de sa voix qui fait irrésistiblement penser à celle de Fink et de ses accords tout en saveur, enflammés.

Chet Faker, c’est Nick Murphy, originaire de Melbourne, signé chez Chess Club Records. La pochette de son premier EP Thinking in Textures est à l’image de son opus, labyrinthe initiatique rempli de diverses textures, où le rébus est à chaque chanson et les réponses aux énigmes posées au détour d’un coin de la mélodie. Construction d’un récit cohérent : de l’ouverture avec I’m into You, aux sentiments ambigus de Love and Felling, en passant par le puissant Everything I Wanted, l’EP dénoue un à un les fil du récit.

L’histoire captivante est ici faite avec des discordances voulues et une âme calmement mise à nue comme lors d’une première rencontre où vous cherchez à capter l’essence même de celui qui vous fait face et qui se livre doucement, avec une confiance entière, allant même au-devant de vos attentes. L’inconnu ici, Chet Faker, joue avec vous, dignement, se cambre, séduit, se découvre avec retenue et parcimonie, mais dans l’intensité pourtant.

Rien n’est laissé au hasard. Construit, l’opus est pensé comme une pérégrination où chacun est laissé à lui-même pour trouver son propre sens, son propre but. L’évocation ici est essentielle et vous laisse libre des détours que vous choisissez. Dans la lignée de Fink, de James Blake ou d’un Herbie Hancock, les pulsations et les bruits du coeur en sourdine battent intensément.

Mystérieux et sensuel, Chet a la voix magnifique et poignante, de celle qui peut instantanément vous faire vibrer. Une sensibilité jazzy à fleur de peau et des notes empreintes d’électro, tirées et décontextualisées pour être incorporées à sa mélodie, Chet est un faiseur sonore poétique et sincère.

L’homme est un charmeur, nouvel artiste, ses bases sont pourtant solides, ses mélodies intensément ciselées et construites comme un ensemble séduisant, aux textures sonores changeantes.

Ce premier EP est magnifique, parfait équilibre entre expérimentation sonore et cheminement personnel de l’artiste, qui reste accessible au gré de ses humeurs. Entre jazz et chillout, avec une fausse nonchalance, Chet a la faculté de vous emmèner loin.

Dans I’m into You, ballade où sa voix vous étreint, intensément, singulière et chaude, il vous entraîne dans son univers intimiste et imposant à la fois.

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Rythmée, Terms and Conditions fait irrémédiablement penser à Fink. La voix intense de Chet Faker traîne sur chaque syllabe et s’envole doucement, grave avec des refrains entêtants. Votre tête se vide et votre pied bat la mesure. Touches chaudes et textures électroniques se combinent parfaitement en palpitations subtiles et délicates.

No diggity enchaine. C’est une reprise de Blackstreet, où la mélodie est tellement possédée par Chet Faker qu’on la reconnaît à peine. Il hypnotise avec sa voix à la limite du cassé. Songeuse, elle mène la mélodie, sur des allures de jazzy nuageuse, avec un petit plus insaisissable, tempo lent mais soutenu, les tons chauds et suaves ici dominent encore.

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Si sur Love and Felling, à l’instru toute cosmique, la voix de Chet est soyeuse et envoûtante, son univers sonore clair et profond.

Cigarettes and Chocolate commence comme un écho lyrique, crépitements rythmés, cris d’enfants de cour de récré. Ame électrique au poing, l’ambiance se crée, puis la guitare et la voix accompagnées de samples prennent le relais, Faker s’en fait l’écho et hante le morceau tout aérien et expérimental.

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Enfin Solo Sunrise, à l’univers jazzy alternatif, est habité par sa voix qui résonne et vous promène sur une ligne de basse errante, doucement apocalyptique et pourtant, promesse d’un lendemain plus heureux.

Everything I Wanted, clot l’opus, en crépitant doucement. La voix de Chet Faker accompagne celui-ci, en écho feutré, délicate invitation timide, mais intense remerciement à celui ou celle qui lui fait face et l’a laissé se découvrir au fil de ces chansons.

Thinking In Textures, ce sont des touches de récits nocturnes, des récits diurnes, une histoire donnée en parcelles, un puzzle de sons où la voix de Chet Faker vous domine et vous étreint fatalement. Vous ne pouvez que succomber et fondre devant cette singularité chaude et intense.

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