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Danser avec les extrêmes – Until The Ribbon Breaks [LP]

Bouillonnements brouillés d’une grâce exquise mordue d’une rageuse urgence de vivre et de survivre, chacune des notes de Until The Ribbon Breaks soufflent des émotions tempétueuses comme dans ce nouvel album éponyme.

Débutant avec Count The Lightening qui plonge en les entrailles de Peter Lawrie Winfield d’où une lumière jaillit, sous une mélancolie embrouillée de torsades impétueuses, UTRB brille de ses clairs-obscurs et des contrastes qui disent la vie en teintes mêlées, jamais lisses, jamais simples.

UTRB ne connait pas les textures unies, noires ou blanches. Ici, tout y est question de jeux de lumières que créent les notes, d’angles et de focus pris et choisis comme la vie. Eux traduisent en notes les tempêtes, les coups du sort et les bonheurs qui pleuvent dans l’existence, installant des passerelles entre toutes ses émotions fortes que chacun traverse et choisit de traverser d’une certaine manière.

Dans cet album et dans chacun des morceaux qui y figurent, on peut choisir sa pérégrination, sa vision : pencher du côté sombre ou plutôt faire le choix d’être du côté des jets lumineux qui en émaillent le parcours, en y brillant de manière tamisée mais pourtant bien réelle.

De cette traversée en notes bousculées de violence et de douceurs, UTRB jongle avec les combinaisons, les tissant parfois d’uppercuts énergiques et de refrains syncopés comme sur Black And White. De ces balancements tendrement agités, surgit Here Comes The Feeling, ligne de démarcation de l’album où tout semble possible, en des harmonies qui suivent un naufrage et une renaissance, à coup de textures synthétiques et du chant si singulier et poignant.

De ses contrastes encore, Push Pull, comme une tragédie grecque en notes plus bluesy et lancinantes soulignent les sentiments en des combinaisons atypiques, hantées d’une douceur âpre, en des riffs de guitares construit comme un rodéo mélancolique.
De torsades sombres en rides vitaminés d’une urgence de vivre, les pistes de cet album oscillent entre ces deux pôles, les liant comme dans une respiration de coeur, flirtant avec les extrêmes, s’y brûlant toujours mais y revenant encore.

Parfois le spleen s’y fait caresse comme sur You are not to Blame, glissant en des cordes douces, battues de souffles irisés d’une délicatesse brute qui réchauffe fugacement.
One Match ne ment pas, débarquant comme un poème aux versets lancinants, brodé de flammes, contant la vie avec une puissance émotionnelle qui surgit, resurgit, auréolée d’une beauté destructrice comme Use Me Up qui explore de la même manière des tensions, qui par leurs bouillonnements permanents, en deviennent caressants.

Alors, en une étreinte piquant les corps avec Petrichor, lui réveille les âmes, les écartelant en des émotions contraires, les prenant en des revers gorgés de résonances féminines, en bordant son chant mélancolique d’une infinie douceur sous les choeurs minimalistes qui l’étreignent.
Viennent alors se poser comme des mantras ravageurs My Love puis le ténébreux Meru qui disent les non-dits et éclairent les coeurs, d’éclats ardents qui bousculent et empoignent en un groove sombre toujours tissé d’échos mélancoliquement lumineux.

On dit que ce qui ne détruit pas rend plus fort, UTRB l’a bien compris et en tire même un souffle de vie qui bouscule furieusement, réveillant les sens, sous des pulsions autres, de celles qui flirtent avec les vibrations sombres.
Le chaos et les accidents du sort, parfois, donnent de belles choses, comme cet album qui parle avec poésie, sous les bleus et les coups de la vie, balançant les émotions en des bouquets salvateurs d’où jaillissent doucement une lumière qui porte et entraine, sous des balancements mutins et qui crient « A la vie / L’Chaim ».

 Until The Ribbon Breaks [LP]

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