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En immersion chez Animal Records : Episode 2 – Bloum en bleu de travail

En immersion chez Animal Records : Episode 2 – Bloum en bleu de travail

Journal d’un Label

Animal RecordsAnimal Records, c’est l’histoire d’une bande de potes réunie par l’amour de la musique électronique, tendance douce, chiadée et vaporeuse. Au départ, Bloum, Backbone et quelques potes mélomanes pour mettre la main à la pâte. Jeune mais déjà ambitieux, le label signe dès sa première année d’existence deux nouveaux groupes, Kanzi et Stand Wise, en cohérence avec son identité originelle : des machines, de la douceur et du rêve.

C’est quoi, la vie d’un label en 2015 ? Stagiaire en communication le temps d’un été, je suis immergé quotidiennement sur la planète Animal Records. Des studios de répétition aux cuisines du Muxu en passant par les douves du château d’Egreville, il n’y a qu’un pas. Que je franchis allégrement pour vous raconter la vie trépidante du label. En toute subjectivité.

 

Episode 2 – Bloum en bleu de travail

A quelques jours du live, ça bosse dur à Choisy-le-roi.

17h30 : Une soirée au calme.
Je sors de la station rer de Choisy-le-Roi le sourire aux lèvres, tout content de m’être échappé de la folie parisienne le temps d’une soirée. Je reçois un coup de fil’ de Paul, qui me donne la direction à suivre, avant de m’engager dans le centre-ville de cette charmante petite bourgade de banlieue. Il fait un grand soleil, les rues sont désertes et je marche seul dans cette anti-chambre paisible de Paris. Je passe devant un café, « Au Bon Coin », et me dis qu’on pourrait presque se croire dans un petite village paumé de 2000 âmes. Et ça fait du bien.

Au-Bon-Coin

18h. Dans la tanière de Bloum.
Quand j’arrive à l’adresse indiquée, une grande baraque aux volets clos s’offre à moi. La tanière du collectif est bien cachée, comme isolée de la réalité. En revanche, un petit détail me fait dire que je frappe bien à la bonne porte : les 4 noms affichés sur la BAL. Après quelques coups de sonnette, Léo m’ouvre la porte : « Salut Maxime, rentre ». Je claque des bises dans le salon et traverse un petit jardin très sympa. On y trouve une grande table à manger, un vieux vespa, des légumes et même une poule : « c’est Josy, elle est contente aujourd’hui ». Dans le fond se trouve une maisonnette couverte de lierre. A l’intérieur, une batterie d’instruments, d’amplis, de machines et de matos d’enregistrement se battent en duel dans 10 m² : « c’est là qu’on fait tout : enregistrement, répéts’ pour le live.. », m’explique Léo.

C’est donc là, dans ce placard à balais grand comme ma chambre de gosse, que les mecs ont inventé et mis sur orbite planétaire Faith, On the Moon et autres rêveries digitales. Dans un petit coin séparé, Marie travaille la vidéo, aspect fondamental des lives du groupe : « la synchro entre la musique et les images est encore à améliorer », ajoute Léo, tout en s’installant tant bien que mal derrière ses machines. Au prix de quelques acrobaties, je trouve une place dans un coin, coincé au milieu d’une montagne de matos. Paul propose : « on se fait un petit tour de Milky Way ? La Douce ? ». Léo est chaud : « balance les watts papy ! ». Les premières notes fusent, avant que Paul ne s’arrête et se tourne vers Léo : « je pense que tu devrais moins doser la reverb’ ». Les premiers réglages effectués, il est temps d’aller accueillir Bastien et Maxime qui font leur entrée dans la tanière. « C’est son anniversaire », me glisse discrètement Léo.

18h30. « Simple et attachant ».
Après des embrassades plus vigoureuses qu’à l’accoutumée ponctuées de « Joyeux Anniversaire Max’ ! », tout ce petit monde s’installe devant le studio pour chiller un coup avant le boulot. Les bières et les cigarettes bien en mains, on peut commencer à taper la discute. Et l’homme acclamé de lancer les hostilités: « ils m’ont fait chier toute la journée au boulot.. Tu parles d’un anniversaire.. », avant de se tourner vers moi: « c’est toi qu’a écrit que j’étais « simple et attachant » ! Haha, ils me charrient tous avec ça depuis.. ». Je rigole avant de le rassurer: « simple au sens noble du terme ! ». Comme le fait d’avoir des légumes dans son jardin, par exemple : « il y a des tomates, des carottes et des salades ! », précise Paul, avant de s’énerver gentiment : « j’ai toujours pas reçu mon câble, j’espère que je l’aurai pour le concert ». « Ouais, et moi j’ai toujours ce problème avec ma pédale.. Ça fait 3 mois qu’on aurait pu le régler ! », ajoute Maxime, encore stressé par sa journée de boulot. Je leur demande alors, curieux, ce qu’ils pensent de Pink Floyd : « on kiffe tous les Floyds ».

Après les références musicales, les plaisirs de la chair : « y’a de la consanguinité entre vous ? », ce qui occasionne une petite vanne de Paul : « ouais, d’ailleurs tu vas pas tarder à passer à la casserole ! ». Sans transition, Léo évoque vaguement un projet littéraire. Quelle surprise : « ah ouais, ça s’appelle comment ? ». Il ironise: « comment je me suis fait nické toute ma vie », avant de m’avouer la vérité : « l’imprimerie des songes. Pour l’instant j’ai écrit 3 lignes.. ». En attendant, ils ont un concert à préparer, ou plutôt une fête semble-t-il : « samedi on va se mettre la tête ! », éructe Paul. Et les gars de poser les clopes dans les cendriers et de rentrer dans le studio, prêts à en découdre.

19h. Bloum au boulot.
Dans 3 jours, c’est les « 1 an de la Bête » à La Flèche d’Or. Le premier anniversaire d’Animal Records, une date au combien importante qu’il ne faut surtout pas rater. Et pour ça, il va falloir bosser les compos, encore et encore. Pour observer ces artistes au travail, je me cale à nouveau dans mon petit coin, en toute discrétion.

« Time, Time, Time, Time » : Léo module sa voix dans le micro, avant de trouver la bonne tonalité. Et le reste du groupe d’embrayer sur les premières notes de Faith : « Time to let’s go, Let yourself be free.. ». Bastien, le saxophoniste, demande un temps mort : « on essaye de la faire un peu plus pêchu, plus rythmique ? ». Tout juste arrivé, Maxime tique : « il s’est passé quoi ici ? C’est un sacré bordel ! ». Léo tente de motiver les troupes : « mettons nous à jouer, dans tous les cas ça va péter ! ». Bastien regarde autour de lui et s’exclame : « content qu’elle soit là cette cymbale ! ». Paul met tout le monde d’accord: « Bon, on y va ?! ».

Assis juste à côté de Léo, je le vois très précisément en action, jonglant entre des machines, un synthé, sa flûte traversière et son micro, dans lequel il rugit le refrain de Faith : « Let’s try together ! ». Pendant ce temps, Marie travaille la synchro de son mapping vidéo, qui s’affiche sur un petit écran télé sur le mur.

La partie organique sort et laisse les machines entre elles : Léo, Paul et Marie. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, On The Moon et son refrain entêtant inondent la pièce de ses douces vibrations. Ils travaillent une version spéciale pour le live, avec des instrumentaux allongés, notamment à la flûte. La partie organique rentre, et Maxime de contempler convaincu le mapping vidéo : des images de route sans fin. C’est parti pour Bells, et le gratteux d’envoyer un riff’ groovy qui fait sourire Bastien : « t’as fait un nouveau riff’ ! », avant de nous régaler d’un break de sax’ de derrière les fagots. Léo s’agite nerveusement, et murmure d’une voix suave : « you follow the dream.. ». Maxime fait à nouveau crier sa guitare, branchée sur la pédale bien nommée « Cry Baby ». L’EP Troubled City sorti, ils explorent de nouvelles pistes pour le live, avec là encore des instrus plus longues et de l’improvisation : « c’est bien comme ça ! », lance un Paul survolté.

19h30. « Yeahhhh ! ».
Dans le studio avec eux, je m’en prends plein la gueule, car comme me l’a expliqué Léo : « y’a les amplis pour l’enregistrement et ceux pour le live. Là on joue avec ceux-là, du coup ça crache ! ». Happé par sa musique, il ne voit pas Bastien qui tente d’entrer en contact avec lui. Maxime passe au piano pour une partie bien funky : le climax’ du morceau, bien illustré sur la vidéo par un éclair dans la nuit. A côté de moi, Léo s’approche à nouveau du micro : « someone is calling outside, is it from a TV-Show ? ». Le récit d’un homme égaré dans sa rêverie. Une grosse pulse électro rapidement soutenue par l’arrivée de Bastien au saxophone pour un bon petit break funky. En face de lui, Maxime ne perd pas le nord et envoie un solo aérien. Sapé en pyjama et en chaussettes, à l’aise. C’est son anniversaire, non ?

Paul demande un temps mort : « essaie de me regarder à ce moment là !», dit-il à Bastien, qui opine du chef : « ouais, il faut grave qu’on se regarde ! ». Alors que je m’allume une clope, ils lancent un nouveau morceau : « 1, 2, 3, 4 ! ». C’est La Douce, rêverie hypnotique à souhait issue du dernier EP. J’avale profondément les volutes de ma blonde et observe des nuages rouges comme la lave se former sur l’écran. Les feuillent volent dans le studio, qui flotte à présent dans une dimension parallèle. L’heure de répéter Bath In The Milky Way : Léo s’agite et tape du pied nerveusement, la sueur coulant sur son front, alors que Bastien dégaine une nouvelle impro au sax’. Et Maxime un solo groovy à la guitare, qui fait plaisir à Paul : « Yes ! ». Maxime sourit, Bastien suit : « Yes ! ». Doucement mais sûrement, le live de samedi prend forme. Et Bastien de s’interroger: « je ne sais plus ce qui se passe à ce moment là ! ». Immédiatement rassuré par Paul: « si si, tu vas voir ». La concentration se lit sur les visages des artistes au travail. Finalement, Bastien trouve le bon tempo, ce qui qui rend Paul heureux: « Yeahhhh ».

20h. Déjà sur scène.
Maxime fait part d’une idée pour le live: « c’est pas assez crado, on devrait prolonger l’instru en mode 10 fois plus crado ! ». Et Léo de se réjouir: « on s’en est bien sorti, on est pas loin ! ». J’assiste à un gros brainstorming de préparation de live : tout doit être parfait pour samedi. Déjà sur scène dans sa tête, il lève les bras au ciel face à un public fictif : « non c’est chanmé ! », éructe-t-il, suivi de très près par Paul : « Youhouuuu ! ». L’heure d’une petite pause clope dehors : « Ça va être la folie samedi ! », s’excite Léo, qui s’y voit déjà: « on rentrera tranquillement sur scène, un par un ».

De retour à l’intérieur, Maxime tape un solo en matant le mapping: « c’est pas très vénèr’ comme image. T’as pas autre chose ? », lance-t-il à Marie, docteur ès vidéo. Alors qu’il attaque à nouveau sa note, un soleil blanc apparaît dans un ciel noir. Toujours en chaussettes, pépère, à la coule. C’est son anniv’, non ?

Bien décidés à être parfaitement au point samedi sur scène, ils répètent tous les morceaux une seconde fois, dont Bath In The Milky Way. Et cette fois, ça a l’air de leur plaire: « Yeahh », éructe Paul, avant que Bastien ne sorte une impro’ impressionnante au saxophone. Content de lui, il sourit. Le sax’, la gratte et la flûte partent ensuite dans un jeu de question/réponse : l’alchimie entre les gars est plus forte que jamais. Et Léo d’interpeller Bastien : « oublies pas la fin, sinon on aura l’air con ! ». La concentration se lit à nouveau sur les visages. On sent la bonne tension d’une grosse session de répétition d’avant live. « Là on a tout foiré ! », ironise Paul, tout comme Bastien : « ça m’a paru interminable ». Philosophe, Léo a une explication rationnelle: « c’est parce que t’es pas bourré ! ».

Si Bastien est relâché, on sent la nervosité palpable chez Léo, visiblement perfectionniste. Et l’un des 2 chanteurs de Bloum d’envoyer une grosse nappe psyché, la clope au bec, qu’il me passe ensuite. Assailli par ces vibrations atmosphériques, je décolle instantanément. Dehors, Jon, qui chante dans Backbone, observe le nez collé à la fenêtre : la famille Animal Records. A l’intérieur, les musiciens échangent les derniers conseils avant la fin du boulot: « tu peux y aller là, fais monter la pression ! », lance Léo à Maxime, avant un énième solo de gratte. « On a éclaté un record de temps ! », exulte Bastien. « 1h03, allez ! On pourra faire un putain de rappel ! », tonne Maxime, heureux. Le mot de la fin est pour Paul : « chanmé les gars, je suis chaud patate ! ».

21h. Le temps de la bouffe.
Après l’effort, le réconfort. Alors que la nuit tombe sur Choisy-le-roi, tout le monde s’installe autour de la grande table, en plein air, pour un bon barbecue des familles. En plus des gars de Bloum, Romain et Jon de Backbone, autre groupe du label, sont là. Il faut dire que certains d’entre eux habitent aussi ici : plus que la tanière de Bloum, une tanière Animal Records. Et à voir l’ambiance de joyeuse camaraderie qui flotte autour de ce repas, on sent bien qu’ils se connaissent depuis le jardin d’enfance. Une bande de potes comme une autre qui a eût une idée pas comme les autres : monter un label de musique électronique. « Alors c’est toi le nouveau stagiaire ! Allez sers-toi ! ». Il y a à manger et à boire : « ramènes une autre bouteille de rosé ! », demande Léo, avant de dévorer sa saucisse à pleines-dents, affamé par ces deux grosses heures de répétition. « Il faut qu’on y aille, sinon on va rater le bus », me lance Marie. Après avoir salué la tablée Animal Records, me voilà reparti en direction de la capitale.

23h. Le temps du retour.
Alors que j’attends le bus avec Marie et Léo, ce dernier m’explique, tout en baillant : « je suis crevé.. Et dire que demain je dois me lever à 5h pour aller bosser ». Vouloir être musicien en 2015, c’est être prêt à dormir 5h par nuit, entre la musique et le boulot alimentaire. Dans le bus qui nous ramène à Paris, Marie me parle de sa vidéo : « je connais un mec hyper calé en la matière, il m’a montré des trucs intéressants », avant d’ajouter : « c’est une vraie volonté de donner à Bloum une dimension vidéo, mais c’est pas évident de faire la synchro avec la musique. Ça commence à prendre forme ! ». Pendant ce temps, Léo somnole tranquillement dans son siège.

Je me retrouve ensuite seul avec lui sur le quai du métro L7, à attendre. L’occasion pour moi de lui poser quelques questions sur Troubled City, l’EP qu’il vient de sortir : « non, c’est pas un album engagé qui critique l’urbanisation, c’est plutôt des chansons qui évoquent la violence de la vie nocturne. De ce genre de moment, justement. Tu vois, il est minuit, et il y a cette atmosphère.. ». Assis dans le métro, il m’avoue : « ouais, c’est vrai, je suis un gros fêtard ! ». On verra ça samedi, dans le prochain épisode !

Bloum, un animal à 6 têtes :
Léo : Chant, machines, flûte traversière, noceur.
Paulo : Chant, synthétiseurs, machines, ambianceur.
Bist : Saxophone, sourires.
Max’ : Guitare électrique, piano, simplicité.
Marie : Vidéo.
Glen : Machines.

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