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Fauve – Vieux frères Partie 1 (LP)

Ils remplissent presque deux Bercy, comprennent plus de 30 000 cœurs blessés, font siffler les oreilles de la bourgeoisie, acceptent la superficialité de l’être et la rugissent durant 40 minutes. Le premier album de FauveVieux frères Partie I, est notre plus beau paraphe. Il est notre périphrase à tous : à toi, à lui, la leur, la mienne, la vôtre. On est tous des vieux frères. Cet album sorti le 3 février dernier s’annonçait déjà plus que gracieusement: remplir les salles de concerts n’est pas une préoccupation très stressante pour le collectif parisien.

Quand tout est vrai, Fauve ne sonne pas faux. « Sur la musique on va on vient on s’éloigne et on revient » Infirmière.

Cyril Collard dans son film les Nuits Fauves (1992) témoignait déjà d’un mal-être existentiel profond dans les années dites « du sida ».  En juin 2013, on chroniquait avec plaisir cette découverte du premier EP de Fauve. Aujourd’hui, plus qu’un simple plaisir d’écoute nu et pur, nous saisissons avec délectation ce que l’on connait déjà. C’est d’ailleurs le hic que l’on pourrait reprocher à Fauve : il fait toujours noir dans la tête des gens aussi bien au sein de l’EP Blizzard que de l’album.

Mais alors qu’il est toujours question de ta vie, de ma vie, de la sienne et de la leur, c’est cela qui, à défaut de faire rêver dit « les pieds restent sur terre et on ne peut pas voler tout seul ».  Alors  que l’on grandit, que l’on se souvient, espère, ment, détruit, construit, reconstruit, écoute, scrute, contemple, demande, répond, … on ne s’arrête jamais une seconde pour questionner sa propre personne : c’est quoi, La vie ?

Comme quiconque, on se créer une identité : des loisirs, de l’alcool, de la drogue, 200 amis sur Facebook et une minute toujours bien remplie. Fauve te dit qu’il est futile de passer son temps à faire déborder le contenu de sa montre, justement. Il te dit pas « fais autre chose », Fauve n’est pas moralisateur et ne fera pas le sale boulot de ta mère. C’est pire que cela : il te dit ce que tu es, ce qu’il est, ce que je suis et qu’au final : nous sommes.

L’album dont le titre était dévoilé en novembre 2013 découvre 12 pistes dont une version alternative du morceau Voyou. Sur la pochette se dessine toujours le même signe, peint sur la peau, tatoué sur le collectif : l’homme est l’inverse de ce qu’il croit être, il est l’incarnation du bien mais fait le mal, l’homme veut son bonheur mais sombre dans le malheur.

Rythmé comme dans le précèdent EP, la poésie que l’on titrera Poésie du réel car elle retrace la vie de l’homme tel qu’il est vraiment est le fondement même du projet. Au final, la musique serait le meilleur prétexte pour ouvrir les yeux d’un homme qui ne vit que de songes et d’illusions perverses : la musique reste dans la tête, elle te colle à la peau et tu ne peux parfois pas t’en défaire. Ici, on prend celles qui sur l’album nous ont le plus marqué, et on vous laisse en juger.

Jeunesse Talking Blues

Simple dans la forme, complexe dans le fond. Extérieur. Vie urbaine et polluée. Temps qui file, accélération dans la voix, les paroles défilent comme le temps qui courent et qu’on ne peut pas rattraper. Vie cyclique, commun des mortels. Apocalypse de l’existence : «blues partout, blues tout l’temps ». Alors que la littérature parle la langue de Molière, la jeunesse a son dialecte : le blues.

Alors oui, le souci de Fauve pourrait-on dire c’est qu’il s’attache à la génération des 15/25 ans. Mais finalement, la musique a toujours pris ce risque de cibler son public, non ? La vie a trouvé en l’existence humaine un terroriste qui a posé la bombe à retardement du quotidien. Avec tout ça, on a envie de dire « haut les cœurs ! ».

Tunnel

Les sons de la guitare électriques glissent, le tempo s’accélère, la cadence prend forme, les chœurs  soufflent sur l’introduction d’un morceau qui vit, vit, vit et crache au bout de deux petites minutes qui relaxaient presque sont dévolu sur la destinée, comme un  TUNNEL dont on en verrait presque pas le bout : «On a parfois le cœur soulevé par la sauvagerie du monde», comme à l’écoute de cette introduction. « On réclame en pleurant l’essence nouvelle » : une quête d’identité qui se fait dans le mal-être.

Au lieu de guérir une plaie ouverte, on détruit tout et on recommence, alors que la quête d’une essence nouvelle est vaine car précisément, l’essence est figée et l’existence, c’est nous qui la mesurons.  La voix féminine qui s’y installe, sensuelle et envoutante, déchire l’illusion qui s’établit dans nos âmes naïves par ses mots. Des mots qui hurlent « identité », qui crient « sauvagerie » qui nous parle de quête perpétuelle de la satisfaction. Entre voix sensuelle et instrumentale qui crépite se pose l’homme dans tout son dualisme : entre tension vers la paix et la nervosité électronique de la vie.

Loterie

Les hommes rejettent, refoulent, oublient, vivent dans la plastique d’une existence emprisonnée dans une boîte hermétique, une caverne de Platon. La vie n’est pas un « tout ou rien » « c’est la roulette, tu choisis pas ». La vie n’est pas la loterie paresseuse que l’on croit. Sous fond de stoïcisme, Fauve remet au goût du jour un principe antique sous la langue vernaculaire d’un « bouge-toi, l’cul y a des trucs hors de la fatalité ».

Inéluctable, la vie n’est qu’une attribution de statuts « tu s’ras c’qu’on te dit tu discutes pas » « c’est comme le diabète, faut vivre avec » « j’aurais fait tout c’que j’peux faire » mais elle l’est car tu le crois : « mais pour moi ce s’ra la tête haute »  Fauve c’est ça : un précepte qui comme Lucrèce dit à Lucius : « Quand tu auras désappris à espérer je t’apprendrais à vouloir ».

Au final Fauve c’est quoi, musicalement ? Sur ces morceaux assez rythmés et toujours aussi parlant se greffe une apologie de l’Etre. Fauve ne fait pas de chichi. Fauve ne décore pas un son pour étaler sa science musicale. Fauve c’est un tout qui se reconnait et c’est ce qu’on aime. En soirée celui qui a écouté du Fauve une fois le reconnaitra la seconde qui suivra et pour toute une vie. Alors qu’on dit parfois qu’il a des tendances « Jacques Brel » nous nous disons qu’il a des tendances « Fauve ».

Certes, aucune chanson de cet album nous fera dire « c’est celle-ci, c’est la perle » car Fauve ne nous vend pas de bijoux en or. Pas de risque de se planter avec un album qui ressemble fortement à l’EP. Cela dit entre les deux, l’homme ne change pas non plus, il est toujours aussi crédule… Entre reproches d’un « toujours déjà » et les louanges de la performance d’un spoken word, Fauve sera une addiction de l’année 2014. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, impossible d’y être indifférent.

Les médias commencent petit à petit à s’y attacher et ils ont raison. La devise du média n’est-elle pas de parler, parler et encore parler de ce qu’on admire et de ce que l’on a en haine ? Plus l’idée regorge d’exclamations qu’elle soit positive ou négative, plus elle fera parler les hommes. Les publications sur les réseaux sociaux concernant Fauve vacillent entre « c’est quoi cette daube ? » et « coup de cœur de l’année ». Elles vacillent comme nous vacillons, d’ailleurs.

Les prochains qui diront « ouais, des fils à papa qui fond de la musique et croient connaitre la misère des gens » n’auront pas compris et pire encore, n’auront pas voulu comprendre. Comme beaucoup, ils se seront cachés derrière une opinion trop commune qui fait d’eux le commun des mortels des chansons de Fauve. Alors si tu l’as pas encore écouté ce nouveau bébé, il ne tient qu’à toi de le détester ou de l’adorer. Sache que tu ne pourras pas faire dans l’entre-deux.

Fauve - Vieux Freres Partie 1

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