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Feu! Chatterton @ Silencio

Feu! Chatterton @ Silencio

Il est des artistes imprévisibles à la beauté harmonique singulière, Feu! Chatterton est bel et bien de ceux-là. Après les avoir vu en première partie de Fauve au Bataclan, tout en costumes sombres, les 5 étaient au Silencio, hier soir, dans une pluie de notes acérées.

Un air fin de siècle, une nonchalance sauvage parcourant l’échine, couleur rage par instants, fulgurance douces crèves cœurs toujours, Feu! Chatterton est une splendeur aux teintes éther. Mélangeant les souffles pourpres, marqués de tâches rouges sang par éclairs et du noir, teinte de l’encre des écritures qui tachent et attachent en quelques mots, Feu! Chatterton met le feu aux poudres.

En quelques strophes, soutenues par une batterie soufflante et des basses lourdes qui agrippent pour maintenir au sol, le chant grave, aérien voile d’un clair de lune les mélodies. Une poésie acerbe, leurs mots disent l’essentiel et portent les sentiments à leur zénith. Attaché à hier, à une génération d’antan, celle des plumes comme Balzac ou Zola, mêlant dans leurs harmonies un souffle endiablé et un romantisme déchu qui touchent et brisent les cœurs, sous une rengaine toute contemporaine.

Je t’ai toujours aimé, emporte sous une couleur passion, avec leurs notes tendres teintes qui se métamorphosent en étreintes sombres. Résonne un vers « fous à lier, pastilles multicolores pour que les vieux décolèrent ». Ici, les boucles paradisiaques égratignent nonchalamment les bienséances avec élégance, tout en teintes moirées, déroulant les nœuds des âmes et déliant les langues.

Puis, en quelques notes, on part pour d’autres rivages, entendant la mer cognée les rochers au loin. Dépliant les cordes, faisant vivre les tempêtes, ces 5 là déjouent la vie et s’en jouent.

Morsure de poésie, étreintes de notes, caresses braisées, Feu! Chatterton, brassent les étincelles et allument les barricades. Leurs vagues harmoniques charrient l’âme, tandis que leur tempo bouscule sous un « Si près de la lagune a tangué le navire, si près de la lagune, l’homme amusé depuis la rive, voit le ferry mourir ».

Le baiser au dancing emporte dans une nuit sombre, miroir des alouettes, bashant les paradis artificiels décrivant les manies toutes contemporaines, raclant les tréfonds des désirs, avec douceur, arpentant les fantasmes enfuis et les espoirs de certains. Leur délicatesse rageuse n’a pas d’égale.

La mort dans la pinède
retentit, mélangeant murmures, hurlements et petites morts, puis l’aube douce suit avec nous étions frères un jour. Aigres et romantiquement sombres, ils proposent des harmonies délicatement ombragées des feuillages des pensées, délicieusement hantés d’une poésie qui déchiquète les âmes. Les rêves au coin des bouches, au cœur des harmonies, les mots y découpent l’horizon pliant les nuages, livrant une harmonie de vie à l’infini.

Deux autres chansons suivront, jonglant avec les sentiments dans un puzzle d’instantanés où mots et notes ont la même importance, se chamaillant avec force. Feu! Chatterton fait des bleus non sous les caracos, mais bel et bien dans l’âme, morsure profonde d’un groupe beau qui découpe les poésies par tranches de cœur.

Alors tambours battants, Feu! Chatterton trace une ligne visible, rassemblant les âmes et les cultures, les clashant de guitares alliées des batteries, à la force des mots d’une langue française qui donne tout leur éclat à une pop sale, porteuse d’un souffle salvateur.

Des envolées plus loin, des à coups de synthés bluffant et un récit qui virevolte grâce à un chant envoûtant, on comprend mieux le point d’exclamation dans leur nom, signé à la pointe d’harmonies plombées de rêves doux et de chimères violentes. Longue vie Feu! Chatterton. Point barre.

Feu! Chatterton

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