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Francolin : Won’t let You Down

L’Australie frappe encore, doucement mais sûrement avec Francolin, quintette bien sympathique à la dynamique explosive.
Esprits doux rêveurs dans leurs envolées musicales mais réalistes acérés dans leurs paroles, sous des mélodies ciselées, la profondeur est là, symptomatique de notre époque, où les contradictions sont partie prenante de la société et construisent le monde.

Vague à l’âme sous des comptines acidulées, et pourtant joie de vivre, sont distillées par la voix claire de Staffan Guinanne, au gré de mélodies chaloupées, entre pop fraîche, folk en pointillé et groove explosif.
Ils savent comment est le monde, en sont clairement conscients et choisissent une mélodie non cache-misère mais entraînante, afin de ne pas succomber à la tentation de se laisser sombrer.

Rythmes foudroyants, puissance des instruments et voix au firmament ne cachent donc pas une noirceur ténue, sous des mélodies aux consonnances joyeuses. Francolin c’est de la pop fraiche, alternative, dans la droite lignée d’un mélange qui réunirait Vampire Weekend, Beirut, Death Cab for Cutie et Jens Lekman. Autant dire qu’ils sont délicieusement bons et irrésistibles dans cette cohue de mélodies énergisantes.

Francolin a sorti son premier album Won’t Let you Down enregistré au Pocket Full Of Studio Stones à Richmond et produit par Nick Huggins (Oscar +Martin, Kid Sam, The Harpoons). L’opus a de quoi séduire et est une bulle d’oxygène sonore qu’il fait bon avoir sous la main, quand les vicissitudes de la vie sont trop fortes.

Francolin c’est un quintet, une tribu de musiciens qui n’en fait qu’à sa tête, mixant leur identité et leurs influences musicales dans un opus singulier et réussi.

Cinq talents bruts, cinq âmes unies, celle de Staffan Guinanne à la voix et aux paroles, Natasha Rose Suda à la guitare, Tom Rolfe et James Moriarty aux batteries/rythmiques et Aaron Silver à la trompette. Chanson de vie, envolées lyriques et mélodiques, galopante rythmique avec quelquefois au gré des pistes du piano et du marimba. Alternatifs et bouillonnants, rempli d’énergie, cet opus fait frétiller vos orteils, car ils ont le rythme dans la peau et le sourire vissé aux instruments.

Joyeuse tribu aux visées faussement bucoliques, au charme désarmant et à la musique espiègle, sorte de trublion des temps modernes… La voix  de Staffan Guinanne, un peu à la Don McLean sur certaines des pistes, vous emmène loin.

Francolin colore le monde à sa sauce, tantôt de touches acidulées et profondes, tantôt de touches jazzy mais célébrant toujours de courtes histoires qui en racontent de plus grandes, intensifiées par les mélodies. Francolin ce sont des oiseaux qui volent parfaitement, d’un vol très rapide. Eux sont aériens dans leurs mélodies, terriens dans leurs paroles, véritable passerelle entre les deux mondes, ils le font en fanfare et en délicatesse. Riche fusion des sens et des sons.

Suddenly Painlessly entame le bal tragi-comique. Staffan y guide les instruments de sa voix prenante, les rythmes s’imposant d’eux-mêmes, en une cohorte intense. The Middle enchaine, les rythmes tonitruant doucement s’emparent du morceau, discordances et tambourins s’entrelacent pour rendre la mélodie aérienne.

Hospital Song est belle, complainte menée par la voix de Staffan soutenue par des choeurs décalés, un peu en sourdine. La rythmique, la guitare et la trompette un peu à part se joignent au morceau et équilibre l’ensemble, entre songe et réalité, joie et mélancolie.

Let’s Stay Together, est simple et efficace, les notes permettent des envolées tantôt dynamiques, tantôt plus lentes que la voix et les instruments suivent dans un tempo décalé, contradictoire et lumineux.

If You’re On Fire débute presque a capella, puis sombre dans une mélancolie toute enragée, avant de finir en chaos bien construit que les guitares explosent.

Quant à When I Get To Heaven, elle sonne jazzy d’un autre temps, celle des comédies musicales en noir et blanc et des clubs de jazz, épicentre du monde ancien. Une certaine modernité est cependant introduite par les choeurs et une mélancolie joyeusement incarnée par la voix de Staffan.

War On Summer, suit, avec un début instrumental. Staffan, poignant, intervient, habité de ses démons et apporte une autre touche à la mélodie, gaiement cruelle, délicieusement traînante.

Enfin On Overseas Exchange a un « je ne sais quoi » de drolatique, de clown triste décadent et de comédie à l’ancienne avec un Cary Grant en verve sous les traits de Staffan. Ici les instruments sont des acteurs à part entière qui tiennent le dialogue et soutiennent la malice contenue dans ce titre et la mélancolie jamais bien loin.

Singinging clot l’opus en beauté, magistralement triste sous une mélodie entraînante qui semble dire le contraire. Contractions intenses, métaphores de la vie contenues en entier dans ces neuf pistes, irrisées et changeantes, au gré des sentiments et des accidents de parcours.

Francolin célèbre la vie, sans pourtant gommer ni masquer ses imperfections. Le groupe s’en fait le chantre, le troubadour triste, qui a cependant un pied dans l’optimisme que peut offrir l’existence à certains moments. Au fond, ils nous rabibochent, le temps d’un opus, avec elle, et le font merveilleusement bien.

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