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Howl : Happy Valley

Howl : Happy Valley

Howl c’est Frank Moxon / Josh Banham. Malgré son jeune âge, 18 ans, Howl possède déjà une maturité impressionnante et un talent immense. Il vient de sortir Happy Valley chez Teen Suicide Cult, un collectif d’artistes. L’opus comporte 10 pistes énigmatiques à la tension sous-tendue, et parle de rêves, d’amour et de mort.

Loin des clichés, dans un intemporel lointain, ces 10 morceaux sont de petites merveilles, changeantes comme les humeurs, profondes comme l’existence. Elles sont un mélange calme d’ambiance nuageuse, de sons saturés où le chaos est là, tapi dans l’ombre. Derrière la mêlée sonore, il distille une philosophie passée à la déchiqueteuse et une détresse intense croisée à des espoirs moribonds.

A la manière de King Krule, il défie les lois de la gravité avec ses odes aux guitares lourdes tout en réverbérations, teintées de minimalisme délicat et de beats électroniques qui se conjuguent pour faire naître la chair de poule sur vos bras désemparés.

D’inspiration profondément cinématographique, l’opus est composé de pistes sombres où le clair-osbcur électrise l’ensemble, sans y être pesant. Là, les mouvements sont le coeur battant de l’opus qui lacèrent, découpent et dépècent le temps et l’espace, créant des harmonies inhabituelles, à l’ombre du monde.

HV commence l’album, complainte instrumentale où la mélancolie omniprésente et se termine en un brouillard bouillonnant.

Forests suit, doucement. La voix de Howl est douce et grave, comme un songe sans nom. Elle suit des mouvements lents et haletants dans une sérénité troublée par une sombre étreinte. Forests est une caresse dans des limbes vaporeuses et liquoreuses.

XL enchaîne tout en retentissements inattendus. Ici, les voix sont tendues, fracassées et langoureusement entremêlées à des sons saturés et brouillés. Le labyrinthe sonore ainsi crée est séduisant. Son atmosphère est un mélange de noirceur douce et de calme ténébreux qui se meurt tout en résonances.

Dedicated To Chow Hsuan est un interlude tout en murmures et percussions. Telle une incantation, la piste semble être un hommage à un chamanisme diffus ou aux pensées philosophiques intimistes qui deviennent explosives à y trop songer.

Leo Johnson est une ballade bordée de guitare et de synthés. La voix de Howl y est un appel profond, qui retentit sous la douceur diffuse de la piste.

La mélodie semble déchirée dans son échine par une ligne de basse sombre et angoissante en échos. La piste distendue invite au recueillement mélodique sur les cendres de l’existence. Paradoxalement, elle est la première à se terminer en une envolée légère et non en tourbillon.

Falling, quant à elle, est un torrent embrouillé de sons envoûtants. Là, le calme a cédé sa place à la rage douloureuse qui tourmente doucement puis se mue en murmures chantés où la réverbération est à son paroxysme, renforcée par la guitare en échos.

Lucid est semblable à un conte. D’abord le contexte est posé puis le retour à la réalité revient en force, porté par deux voix. Celles de Leigh et de Howl dialoguent en une fusion mélodieuse, où rock et soul s’unissent sur une piste de beats à majorité électro. La divagation est douce-amère, et la séparation des voix se fait jour, comme deux faces d’une même histoire qui deviennent contradictoires. Bientôt les beats les recouvrent et les noient dans leur propre échos.

Wake suit en délicatesse. Elle est une douceur brossée par une guitare calme où la voix de Howl y fond. C’est un parcours intimiste où seuls témoins, nous sommes comme mis à nu devant ce dépouillement sobre et cru. Les beats accompagnent le mouvement, impuissants.

Quant à The Himalayas,  c’est un champ d’échos où les synthés en sont la haie. La voix de Howl est intense et perdue dans une immensité sonore sans fond. La contradiction est comme mise en exergue, tandis que les choeurs embarquent l’ensemble dans un murmure rythmé infini.

Enfin, Gold Dust enchaîne. Les choeurs tordus se frayent un chemin parmi les échos de plus en plus intenses. Voix de velours, légèrement feutrée, Howl décline tout doucement en force brute…puis s’incline et s’efface.

Délicatesse rageuse, noeuds de notes et fracas de beats, poésie par poignée. L’univers de Howl est abyssale. Ce sont des murmures qui possèdent la force des hurlements et la lucidité des écorchés de la vie.

Deux bonus. Le premier :

et le second :

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