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Hozier @ Nouveau Casino (Live Report)

Une petite foule allègre et en majorité anglophone occupait le Nouveau Casino, mercredi soir. Tous était là pour la même raison : Hozier.

En première partie, le charismatique Daniel James a interprété quelques chansons en toute simplicité, accompagné uniquement de sa guitare et de son pied droit en guise de percussion. Il a suivi Hozier tout le long de sa tournée européenne ; et on comprend pourquoi. Les deux acolytes ont en effet cet amour évident pour la guitare, instrument qui les guide dans tous leurs processus de création, qu’ils maitrisent tout deux parfaitement et qui, dans la cas de James, occupe l’espace et ne fait en aucun cas passer le minimalisme de l’orchestration pour de l’amateurisme. Parmi les titres joués, Ain’t No Money se détache, préférant cette version live à celle studio, dont les arrangements sont sur scène moins lisses et plus effervescents.

Si l’on devait trouver une comparaison, on penserait peut-être à Ed Sheeran, ce qui pourrait entacher les débuts frêles mais prometteurs du jeune chanteur. Cependant la voix de Daniel James, profonde et légèrement rocailleuse, lui permettra sans doute de se différencier de ce dernier.

Dans la salle, on devine, à travers les sourires et les yeux scintillants des spectateurs, que c’est un auditoire déjà conquis qu’Andrew Hozier-Byrne, de son vrai nom, aura pour public ce soir.

Accompagné d’une claviériste, d’une violoncelliste, d’un batteur et d’un bassiste, il arrive enfin, guitare à la main. La formation du groupe est des plus conventionnelles. C’est ce qu’on pourrait lui reprocher : un certain classicisme dans l’instrumentation de ses morceaux, dans leurs constructions et dans la façon de les interpréter. Peut-être.
Mais quand le prisme artistique par lequel il observe et nous décrit le monde est lui bien nouveau et bourré d’intelligence, le reproche est difficile.

Like Real People Do est la première chanson interprétée. Il est souvent dépeint comme un bluesman, un soulman puisque définitivement romantique. Mais il ne tombe jamais dans une sorte de mélo trop mielleux pour être touchant. Ses arpèges à la guitare viennent contrebalancer une utilisation magnifiquement puissante du piano, et le violoncelle, qui ajoute de la délicatesse à l’ensemble, nous ramène chez lui, en Irlande. Car si on peut le décrire comme étant musicalement « très américain », un peu country boy, c’est bien des vents froids des montagnes de Wicklow qu’il vient. Et quelques compatriotes sont d’ailleurs, ce soir, venus l’applaudir.

Lui, Hozier, s’excuse auprès des autres pour son mauvais Français. Mais tout le monde s’en moque, car dès le début du concert, le public est embarqué et l’acclame durant de longues secondes. Presque gêné, il n’en demeure pas moins « incroyablement heureux d’être à Paris, car c’est (son) premier show ici». Il précise aussi qu’il adorerait nous expliquer mieux le sens de ses chansons. Seulement il n’en a pas vraiment besoin, parce qu’en se démarquant par des mélodies extrêmement efficaces et des paroles subtiles et pertinentes, il a surtout compris l’importance du lien, très difficile, à faire entre les deux. Et c’est pourquoi une explication supplémentaire n’est même pas nécessaire.

S’en suit Angel Of Small Death & The Codeine Scene, qui est un véritable air de gospel. La salle n’hésite pas à applaudir en rythme et à chanter le refrain, que tout le monde connaît évidemment par cœur.

Le Nouveau Casino s’est bizarrement transformé en petite paroisse, même si les paroles, elles, ne pourraient pas être chantées dans une église. Et ce n’est pas pour nous déplaire. C’est, par ailleurs, une ambivalence sur laquelle il aime s’appuyer, puisqu’on retrouve sur le grandiloquent Take Me To Church une corrélation judicieuse entre amour et religion. Le candide Someone New vient, ensuite et pour de bon, déterminer l’ ’amour’ comme le champ lexical préféré de l’irlandais ; « I fall in love just a little oh a little bit everyday with someone new ». Et c’est peut-être un tout petit trop; les accords de guitare sont irrésistibles, mais pour ce qui est des paroles, il aurait pu trouver plus original.

Mais sa reprise de Whole Lotta Love de Led Zeppelin, ô combien le rattrape. Du rock à l’état pur baigné dans un bassin de bière et essoré par des mains de jazzmen est une idée de génie.

Tout comme 1 Thing, qu’il reprendra aussi, à la fin du concert. Chantée à l’origine par Amerie, la chanson n’est reconnaissable qu’au moment du refrain, avec ce fameux « Oh, oh » caractéristique du morceau original. Il expliquera que cette composition est le résultat d’une demande de la BBC Radio, et qu’ils ont tellement aimé la jouer, qu’ils ont décidé de garder cette cover sous le coude.

Quelques spots s’éteignent et les membres du groupe partent : « I’m on my own, now », a-t-il balbutié, pour nous chanter, seul, les morceaux Cherry Wine et To Be Alone.
Soudain, le sentiment de nous être faufilés dans la chambre du chanteur qui serait, lui, en train de jouer, pour lui-même, ses propres chansons, étreint. Cette sensation, des plus délectables, donne également l’impression de participer à un événement très intimiste, presque privé.

Puis la violoncelliste du groupe, à la voix cristalline, vient le rejoindre au chant sur In A Week.

Enfin, les autres membres du groupe réapparaissent sur Work Song : lent et puissant, mélancolique et bourdonnant. Il est certainement, grâce à ses chœurs affirmés et ses airs d’incantation, un des titres les plus bouleversants à écouter et à voir sur scène.

Puis finalement, après les magnifiques Take Me To Church et Sedated, For Eden est venue clore ce concert.

Et c’est à ce moment précis, alors que les spectateurs n’étaient pas encore prêts à le laisser s’en aller, que chacun mesure la chance de l’avoir vu en live, et qui plus est dans une salle relativement petite. C’est comme si ce soir, nous étions, en quelque sorte, là avant les autres.

D’ici deux ans, voire moins, ce jeune homme, à l’allure qui oscille entre celle d’un peintre maudit et d’un professeur de physique, sera sans aucun doute partout.

Et on se voit déjà grincer des dents à la vue des comparaisons – avec Adele, peut-être, ou Lorde, si ce n’est pas déjà fait. Alors on sera tenté de répéter, en bons rabat-joie que nous sommes, que nous l’avons vu il y a déjà plusieurs mois, avant tout le monde (ou en même temps que les premiers, tout du moins). Mais surtout, on se voit réécouter ses chansons, plein d’émoi, avec comme toile de fond le premier concert en France d’un artiste passionnant.

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