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Interview de Cheek Mountain Thief (Part. 2/2)

Mike Lindsay aka Cheek Moutain Thief est un artiste généreux qui se livre sans détour dans sa musique et en interview.

Pause Musicale : Si vous aviez à vous définir vous diriez que vous êtes plutôt optimiste ou pessimiste ? Parce que lorsqu’on écoute l’album, on entend les deux, des sentiments contraires comme la luminosité et l’obscurité par exemple.[pullquote]Ce qui compte, c’est comment vous prenez les choses et comment elles vous mènent à réfléchir[/pullquote]

Cheek Mountain Thief : C’est un reflet du temps passé à Husavik, un endroit où vous ne connaissez pas grand monde. Si vous avez ce type de sentiments à l’écoute de mon disque, c’est bien, car ça n’était pas toujours merveilleux ou gai, mais je suis profondément une personne optimiste. En même temps, c’est difficile de répondre à cela, ce n’est jamais aussi simple que cela, jamais oui ou non, noir ou blanc. L’important ce n’est pas d’être positif, il y a toujours des moments où l’on doute de soi et il peut y avoir un environnement qui vous fait vous sentir mal à l’aise à un moment. Ce qui compte, c’est comment vous prenez les choses et comment elles vous mènent à réfléchir à ce qui est bon ou mal et à limiter leur action sur vous-même.

Et effectivement, il y a des moments sombres dans l’album et je ne savais pas si les gens seraient réactifs à cela. Je ne le vois pas particulièrement comme un album sombre, mais il y a des pistes avec moins d’amour ou peut-être trop remplies d’amour, au point que ça en devient douloureux. Je ne sais pas vraiment.

PM : Si vous faisiez un autre album, serait-il fait en Islande ou en avez-vous fini avec ce dernier ?

CMT : Je voulais depuis longtemps être en Islande, je l’avais prévu. D’ailleurs, depuis ce projet, j’y vis.[pullquote]Pour un autre album, ce serait peut-être dans un autre pays, sans doute l’Éthiopie.[/pullquote]

Je devais normalement faire l’album puis revenir à Londres, mais ma petite-amie m’a demandé de l’épouser. Donc je vais être en Islande pendant un petit moment et je vais même faire plus de musique là-bas.

PM : De quelle manière ?

CMT : J’ai cette idée de construire un studio permanent à Husavik et d’inviter de nombreux artistes internationaux à y enregistrer leur album. Mais pour moi, en ce qui me concerne, pour un autre album, ce serait peut-être dans un autre pays, sans doute l’Ethiopie. J’y suis allé pendant un mois, en novembre dernier et j’ai adoré ce pays.

PM : Où êtes-vous allé en Ethiopie ?

CMT : Je suis allé, ou plutôt on y est allés tous les deux, au Nord Est et au Sud-Ouest, en utilisant les transports locaux, beaucoup de bus. La musique y est là-bas hallucinante.

Au Nord, c’est plus traditionnel. Avant d’y aller, Je ne savais pas à quoi m’attendre. Quelques personnes que je connaissais en étaient revenues en me disant à quel point c’était sympa, magnifique, et ça l’est réellement. Les gens sont si aimables et tellement chaleureux.

Mais il ne faut pas pour autant oublier le sida et les enfants mourant de faim, ce qui est toujours d’actualité à l’est du pays et que vous ne voyez pas si vous n’y allez pas. Il est important de ne pas l’occulter.

Les Éthiopiens sont si fiers de leur pays. Lorsque j’ai dit que j’étais anglais, ils m’ont dit à quel point ils avaient été blessés par mon pays dans les années 80 quand celui-ci traitait l’Éthiopie comme un pays qui ne pouvait pas s’aider lui-même. Donc ils me disaient qu’ils n’aimaient pas la BBC. J’étais si surpris, vraiment. Je ne m’y attendais pas. Après, je leur disais aussi que j’habitais l’Islande et que je suis un peu islandais aussi maintenant.

Oui, j’irais là-bas je crois pour faire un autre album.[pullquote]Sam Genders est un génie, il doit faire de la musique.[/pullquote]

PM : En parlant d’album, vous étiez avec Sam Genders, à la fondation de Tunng en 2003. Il a sorti récemment un album Black Light sous le nom de Diagrams, l’avez-vous entendu ?

CMT : Oui.

PM : Vous en pensez quoi ?

CMT : Je déteste… Non non, je rigole, j’ai adoré, vraiment ! C’est très différent du mien. Sam est un génie, il doit faire de la musique. Il a quitté Tunng et n’a pas fait de musique pendant un long moment. C’était son choix, il avait d’autres projets. C’est un mec génial, une personne généreuse. Il a passé du temps à faire son album, c’est un bon album, vraiment bon, mais je pense qu’il peut faire un encore meilleur album maintenant que sa passion est revenue et il le fera.

Et peut-être qu’un jour même on en fera un ensemble, on en parle quelquefois. Mais pas un album de Tunng.

PM : Le 14 septembre vous serez en concert au Point Éphémère, serez-vous seul ou avec plein de musiciens sur scène ?

CMT : Je vais venir avec au moins 7 personnes du projet. Pour certains d’entre eux, ce sera la première fois qu’ils sortiront d’Islande donc c’est quelque chose d’important. Peut-être jouerons-nous avec The Magnetic North, un projet similaire dans sa conception, et un groupe du même label que moi. En tout cas, ça sera excellent.


A écouter Mike parler ou chanter, vous avez envie de partir à l’aventure sans peur et même avec délectation. C’est en verve qu’il revient à la musique, heureux d’avoir accompli son projet et d’avoir trouvé le bonheur.

Cet album est une invitation contagieuse aux songes et au dépassement de soi. Ici, les sentiments sont retranscrits en mélodies multi-couches qui appréhendent le monde et le racontent tout en délicatesse. Mike est un joueur d’harmonies née, un adulte qui a la faculté rare d’appréhender le monde avec un regard enfantin et dont la profondeur a quelque chose d’intensément poignant.

Optimiste, il saisit la nuance des couleurs qui font la vie, les capturant en mélodies et en paroles belles et intenses. Les cuivres, les cordes sont ici toute en majesté, lumineux, ils mettent en lumière l’artiste et l’homme qu’est Mike Lindsay.

Les tintillements sonores ponctuent l’opus, berçant langoureusement les pistes malicieuses de douces envolées lyriques.

Disque d’un détour devenu parfaitement lui, bouleversement tranquille mais dense du monde, son opus est une de ces pépites qui peuvent vous transformer à la manière dont il a chamboulé sa propre vie.

A l’abri du monde, ce n’est pas un retranchement qu’il a choisi mais simplement un retour à l’essentiel qui manque cruellement à la société. Une société qui comme disait Oscar Wilde connait le prix de chaque chose, mais a perdu la valeur de tout. Mike Lindsay, vous fait redécouvrir cela, le primordial, d’une manière intense et sobre, comme si vous découvriez le monde pour la première fois.

Pour finir en beauté, écoutez trois pistes de son premier album Cheek Mountain Thief qui sort le 20 août chez {Pias} et Full Time Hobby. Ne rater pas cette magnifique pérégrination sonore et initiatique qu’il offre et que vous pourrez gagner en jouant à notre concours le jour de la sortie de l’opus, grâce à {Pias} et à PM.

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