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La PreskITW : Genaro Bardy – L’œil généreux

La PreskITW : Genaro Bardy – L’œil généreux

Un regard qui pointe les accords humains et les assonances des individus, dans chaque recoins, Genaro Bardy, est un photographe à la patte singulière, offrant des parenthèses aux éclats atypiques. De ses photos, aux grains doux, aux harmonies cinglantes, lui dévoile l’âme et les émotions.

Avec son appareil, il escalade les coeurs, les figeant sur des papiers glacés, sans en oublier l’âme.
Aux quatre coins des événements, à Paris, Londres, en Inde, en soirée ou en reportage, Genaro glisse des sourires dans ses images et des angle de vue tempétueux comme sur nos nuits suédoises où il y fut l’un des passeurs de ses jolies moments éternisés pour tous dans son boitier, par son objectif.

Sourire d’ange, paroles douces échangées avec ses sujets en des mouvements furtifs qui capturent un instant, on a interviewé un artiste à découvrir et à chérir qui sans le savoir, a su peut-être, voir en vous ce que personne n’avait encore mis à jour.



Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. Henri Cartier-Bresson

Pause Musicale : Comment as-tu commencé la photo ?
Genaro Bardy : Je travaillais pour des agences de communication et puis, le jour mon départ de l’une d’elles, mes collègues m’ont fait un petit chèque-cadeau, même si je n’étais pas resté trop longtemps dans la boite.

Je suis allé à la Fnac et je me suis acheté un appareil photo. J’ai fait des workshop pour apprendre à m’en servir et très vite, je voulais pratiquer donc je ne dormais pas beaucoup. Je me levais très tôt, à 4h du matin, 6h du mat et je faisais de la photo. Je sortais dans la rue et j’essayais des trucs. La photographie de rue, c’est assez génial quand tu rentres dedans : c’est un excellent moyen de progresser, tu as des sujets photographiques partout, tout le temps, en permanence, en bas de chez toi, il faut juste y aller.

J’ai pratiqué dans la rue, pendant longtemps, c’est ainsi que je suis entré de plein pied dans la photo et après, la manière dont je suis rentré dans la photo professionnelle, c’est un autre parcours, très différent.  J’avais un blog depuis 2008 avec plus ou moins de régularité et j’ai eu une période où mon blog fonctionnait assez bien et ça m’a permis de faire de belles rencontres, notamment avec des journalistes et de les suivre sur des reportages.

J’avais toujours le désir caché dans un coin de ma tête, d’en faire mon métier mais le vrai point de départ, c’est l’envie d’en faire mon métier sur un reportage au Mali et où j’ai rencontré des free lances et pour moi,  c’est un voyage initiatique et humainement exceptionnel. Le sujet était fort aussi, c’était pendant l’intervention française au Mali, on est passé au Burkina Faso puis, on a remonté le Niger en pirogue a deux avec un journaliste qui est devenu un pote depuis.
Je suis rentré de ce voyage-là en espérant faire du photo journalisme, ce que je n’ai pas fait pleinement, mais en tout cas, j’ai réussi à faire cette première étape qui est formatrice et fondamentale dans mon parcours de photographe.

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© Genaro Bardy

Si tu avais l’opportunité de choisir un photoreportage, ça serait quoi ?
J’adorerais suivre un artiste sur une tournée, le processus artistique complet sur un temps long et raconter cette histoire-là, car la musique comme la photo a tellement changé ces dix dernières années que c’est un sujet qui m’intéresserait énormément. J’ai d’autres envies, mais tant qu’elles ne sont pas réalisées, je préfère les taire.

Pour toi, la photo c’est quoi ? Transmettre un message ?
Oui, enfin transmettre un message pour moi, c’est plus du journalisme.  La photo est dans ce cas, un outil pour raconter une histoire réelle et qui est importante dans ce processus. Mais le mieux effectivement, c’est qu’il y ait un message car tu racontes toujours une histoire avec une photo.
Pour moi, la photo c’est au moins 3 émotions : celle que j’ai quand je la prend, très particulière, l’émotion quand tu la vois et celle quand tu la partage et que d’autres la voit, qu’il y a une interaction. Le plaisir que j’ai dans la photo, ce sont ces trois émotions là et qui sont parfois très différentes les unes des autres.

Quels sont les photographes qui te font rêver ?
Ceux qui me font rêver aujourd’hui, sont issus du photo-journalisme comme Corentin Fohlen, William Daniels ou Louis Witter. Après, il y en a aussi des photographes de concert comme Sarah Bastin. Les attitudes, les couleurs, les émotions, tout me touche chez elle.

Quand tu photographies des concerts justement, comment les prends-tu?  Tu vis le concert ou la soirée ?
Il y a un truc particulier, c’est que lorsque je prends des clichés, je n’entend pas beaucoup la musique, j’essaye de capter l’attitude des gens, des musiciens comme du public, leur énergie et donc je suis ultra concentré, dans ma bulle, pour aller vite et ne rien manquer d’un instant. La musique est plus une trame pendant que je prend des photos, elle est lointaine.

Qu’est-ce que tu cherches à capter dans ces moments-là ?
Ce que je veux capter, c’est de l’émotion et une dynamique, ce sont des moments fugaces et la beauté de certains gestes.

Tu parles de fugacité dans les moments et de musique ? Quels sont tes rapports aux deux ?
En photo, il y a un rapport au temps différent et une manière de graver les choses.
Mon rapport à la musique est très différent, elle fait partie de ma vie. J’en écoute beaucoup, tout au long de la journée. J’ai une manière d’écouter la musique. J’ai une playlist pour tout, j’ai des trucs que j’aime et que je suis capable d’écouter en boucle, et en général, c’est une playlist par saison. Dans la semaine, 3 ou 4 fois, je rajoute une chanson ou deux que j’ai envie d’écouter et au bout de 3 mois, ça fait 150 chansons. Ce n’est pas énorme, 50 chansons par mois, mais sans doute plus que certains. J’écoute, pour ainsi dire en permanence « ma radio personnelle ».

Est-ce que quand tu photographies la nuit, spécialement les soirées, y’a t’-il une atmosphère spéciale qui s’impose dès le départ et as-tu un moment que tu préfères photographier?
Non, il n’y a pas de moment particulier que je trouve plus beau qu’un autre, tout me parle, même le plus commun. En revanche, la nuit est évidemment très différente du jour, pour les gens qu’on y trouve.

Dans tes photos, dans celles que j’ai pu voir tout du moins, celle notamment où il y a des individus, on sent une certaine générosité, une envie d’aller vers l’autre, est ce que tu ressens cela toi aussi ?
J’aime aller vers les gens et leur parler pendant que je prend des photos. Comme ce que m’a appris la photo de rue, depuis que j’en fais, je suis toujours allé vers eux, je leur parle et je leur montre les photos.
Lorsque tu fais de la photographie, tu as plein d’échanges et tu rencontres plein de monde et finalement dans les concerts et les soirées, c’est un peu la même chose.
Quand je passe du temps avec les gens qui sont sur mes clichés, c’est un temps que j’aime, trouver les attitudes et ce qu’elles racontent des gens, à un moment donné.

Une photographie, c’est un arrêt du coeur d’une fraction de seconde. Pierre Movila

Et dans tes photos de voyages, c’est la même démarche ?
Totalement la même. Qui est accentuée selon les pays où tu vas car tu as « le syndrome de l’étranger ». A la fois, tout est neuf pour toi donc tu as l’impression que tout est beau et tout est incroyable. Et le « syndrome de l’étranger », c’est aussi que toi, tu es différent donc incroyable. Tu es une sorte d’objet qui crée un autre type d’interaction avec les autres, partout dans le monde.

Est-ce lorsque tu photographies, tu as une musique dans la tête ?
Non, quand je prend le boitier, non. J’ai besoin de tous mes sens lorsque je photographie, j’ai juste la musique du réel en tête, celle des bruits et des gens.

Est-ce que prendre une photographie de quelqu’un ou de quelque chose te vide ou te nourris?
Ca me vide, car cela demande de l’énergie, de la concentration. Dès que tu as une interaction avec quelqu’un, la photo retranscrit également l’énergie que tu donnes.

Tu rêves de quoi en tant que photographe ?
En tant que photographe, de photo-journalisme, c’est une direction vers laquelle j’ai envie d’aller. J’ai envie également de voyager et que mes clichés me fassent voyager aussi, ça oui. Je voudrais aussi exposer mon travail comme mon Paris Désert, j’en ressens le besoin.

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© Genaro Bardy

Paradoxalement, on se sent seul lorsqu’on est photographe ?
Oui, la plupart du temps, que ce soit dans son métier et dans les diverses démarches, mais surtout et avant tout face au boitier. Car la photo, c’est un regard que tu poses et c’est surtout ton regard face au monde. Et, en même temps, une photo seule rien que pour toi, ça n’existe pas, donc c’est avant tout pour les autres, c’est une démarche généreuse qui t’inclue. Il y a une générosité dans la démarche, mais la pratique et le métier sont solitaires.

Dans tes photos, il y a une patte et une réelle signature, tu le ressens comment toi ?
J’espère toujours que ce soit dans le cadrage, l’émotion mais la manière dont le gens le perçoit c’est également, souvent dans le traitement des couleurs.  Oui, j’espère car il y a une vision personnelle et une personnalité dans chaque photo.

Y’a t’il une citation que tu aimes plus que tout ou qui te définit ?
Il y a celle de Cartier-Bresson qui avait dit quelque chose que j’aimais : « ce n’est pas toi qui prend la photo mais c’est la photo qui te prend ». c’est exactement ça. Tu vois un truc et tu ressens la nécessité de prendre la photo à ce moment précis. Ce moment-là, c’est un quart de seconde avant le déclenchement, où tu mets ton coeur.

Note : Genaro Bardy a récemment lancé sur Kickstarter un appel à financement pour son projet « Desert In The City », qui permettront à l’artiste d’exposer son travail dans une galerie parisienne. Si cette campagne est d’ores et déjà un succès, il vous est toujours possible de découvrir le travail de Genaro, et de la soutenir en vous offrant un livre ou quelques tirages de ce projet.

Découvrir le projet « Desert In Paris »

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© Genaro Bardy
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