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LaPreskITW : Jesse Marchant aka J/B/M

LaPreskITW : Jesse Marchant aka J/B/M

Jesse B Marchant aka J/B/M sort son deuxième album, aujourd’hui,  Stray Ashes, en France, chez Fargo. Folk sauvage à la poésie diffuse, il colore ses pistes de sa personnalité qui aime à la fois les rencontres et la solitude.

Dans cet album, lumineusement sombre, la dichotomie se décline en chansons, se métamorphose en évocations subtiles et en harmonies douces. Son folk délicat, est une allusion au monde qui l’entoure.

Paré de sa vision de troubadour, il décortique ses sentiments et les exposent en notes tantôt tristes, tantôt tendres, toujours belles. Nous avons rencontré Jesse Marchant (J/B/M), lui, qui parle un français parfait, pour en savoir plus sur celui qui se cache derrière ces initiales un peu énigmatiques.


Pause Musicale : Stray Ashes, c’est ton deuxième album, comment a-t-il été construit, deux après le premier, Not even in July ?
J/B/M : Cela fait en fait, un peu plus longtemps. Le premier a été conçu en 2008 donc ça fait trois ans. Je louais des maisons dans la campagne de NY pour une période 6 mois, j’ai donc écris les chansons comme cela. Dans l’une d’elle, il y avait une grande salle que j’ai transformé en un studio et j’ai enregistré l’album tout seul. Cela m’a pris du temps, car c’est assez difficile de travailler en solitaire.

Tu sembles très réservé et aimer la distance, est-ce la raison pour laquelle tu emploies souvent « You » dans tes chansons ?
Je pense que les chansons se reflètent sur le monde autour. Donc souvent, je parle de ce que je vois. Ça concerne souvent d’autres personnes mais le sentiment que j’exprime est à moi, je me reconnais dans ce que je connais moi-même, pour l’avoir vécu ou côtoyer donc c’est assez personnel.

Je ne sais pas pourquoi j’emploie « you » dans mes chansons, ça tourne comme cela dans ma tête. Quelquefois, ça parle de moi, mais je suis plus intéressé à parler des autres, je pense.

Pourquoi ce titre Stray Ashes, justement ?
C’est une des paroles de la dernière chanson. J’aimais bien les mots et comme image, je trouvais que c’était un bon thème pour l’album. Il a plusieurs significations pour moi, à la fois comme image et comme thème. Cela représentait avant tout, un sentiment que j’avais, même si il était abstrait.

On entend beaucoup de guitare sur cet album. La guitare, c’est l’instrument qui ne te quitte jamais ?
Oui, ça fait longtemps que j’en joue. j’adore, j’ai commencé ces dix dernières années à jouer d’autres instruments. Mais la guitare, c’est l’instrument sur lequel je joue le mieux et avec lequel j’écris, comme le piano mais seulement pour l’écriture, en ce qui concerne ce dernier.

Ta musique semble graviter, entre ligne aérienne et poésie, est-ce cela J/B/M ?
En fait, je dirais que oui. Je n’écris pas de poésie à proprement parler. J’aime la poésie, mais je n’ai pas une passion pour elle, je préfère la littérature. Je n’écris jamais de poème sans musique.

J’ai simplement une conception du son et de la mélodie et après je mets les mots dedans. J’aime raconter les histoires d’une manière poétique et c’est comme cela qu’elle s’insère dans les chansons. C’est bizarre d’ailleurs, je n’y pense pas trop. Je ne sais pas vraiment comment je fais. C’est instinctif et c’est très lent comme procédé.

Cet album cultive la dichotomie : sombre/lumineux, Doux/puissant / Grands Espaces/ Intérieur et des tensions entre anonyme/exposition, chaos et calme, sombre et lumineux, est-ce que tu ressens ?
Oui, il y a des extrêmes, c’est cela que je découvre dans mon caractère aussi. J’aime bien que ces extrêmes fassent partie de ma musique. Le plus difficile est de trouver comment les faire se chevaucher et les inclure dans ma musique, et en particulier, dans un album.

Je pense que si on trouve comment faire, ça donne au couplet et à la musique, une expérience plus profonde qu’une seule humeur, qu’un seul sentiment. Ce n’est pas quelque chose que je fais délibérément, je ne le cherche pas, ça arrive et ça exprime mes sentiments, mon humeur.

Avant, tu ne faisais que des chansons instrumentales. Pourquoi et comment être passé à l’écriture de chanson et au chant ?
Je ne sais pas vraiment. C’est juste arrivé un jour. J’avais déjà écrit des chansons avec des mots, lorsque j’étais très jeune et puis après j’ai arrêter. Je pense que j’aimais chanter, mais je ne savais pas si je pouvais le faire pour les autres. Cela restait du domaine du privé, je le faisais pour moi. J’étais timide avec le chant.

Même maintenant, je le suis encore. Alors qu’avec la guitare, lorsque je joue, c’est plus sécurisant donc j’ai chanter avec. Je pense que ça a commencé comme cela. Le chant, c’était une nouvelle manière de s’exprimer en addition de l’instrument. J’ai donc commencé à écrire des chansons, il y 6 ans ou 7 ans.

En parlant de timidité, l’approche de la scène maintenant, tu es plus à l’aise ?
Oui, bizarrement, jouer sur scène, c’est assez confortable pour moi. Je pense que c’est parce qu’il y a comme une séparation, une distance. C’est moins intime.

Quelques fois, lorsque c’est plus intimiste, je suis moins à l’aise, je crois. J’aime chanter en public mais je ne peux pas regarder les gens pendant. J’ai besoin d’un peu de recul, d’un monde intérieur pour pouvoir le donner aux gens. L’énergie, je la partage comme cela sur scène.

Sur cet album, les sentiments sont purs, acoustiques le plus souvent, les textures sombres avec toujours un rayon de lumière, tu es optimiste en vrai ?
Oui, je suis optimiste et heureux la plupart du temps, mais dans ma musique il y a une tristesse aussi. Mais, j’essaye de toujours trouver le meilleur dans les situations dans lesquelles je me trouve.

La nature est-elle importante dans ta vie, car elle semble résonner dans tes notes, avec des paysages oniriques et des saisons infinies ?
Oui, totalement. Je suis tout le temps dehors, je n’aime pas trop être longtemps, à l’intérieur. Même lorsque je suis en ville, je me promène souvent, j’aime être dehors. J’ai grandi en ville, mais ma famille avait aussi un chalet dans les bois. On passait les étés là-bas donc j’ai un coté de moi qui a besoin d’espace, de lacs, de montagnes, de la nature effectivement.

Tu récrée cela dans tes chansons aussi ?
Oui, je pense que j’ai besoin d’un calme nécessaire, pour écrire, que la nature me procure. Sans doute, est-elle aussi transposée dans mes chansons.

La ville t’inspire-t-elle également ?
Oui, car les expériences humaines se passent dans la ville. Je pense que c’est là qu’on collecte, qu’on connecte les émotions et les expériences. Après, je trouve simplement que ça aide à digérer d’aller dans la nature.

J’ai besoin de prendre ma respiration ailleurs. Je vois beaucoup de gens et lorsque je suis saturé et trop stimulé, j’ai besoin de périodes seul, en quittant la ville. La dernière fois, j’avais quelques jours libres entre des dates de tournée, j’ai donc pris une maison dans le désert et ça m’a fait du bien.

Dans Stray Ashes, on sent l’amour du mouvement en notes, est-ce quelque chose qui te caractérise aussi ?
J’aime le mouvement, c’est quelque chose que j’essaie de contrôler, car j’aime quitter. J’aime ce sentiment et ce que cela implique comme avoir moins de responsabilités et surtout n’avoir ni de risque de routine ni d’ennui.

Mais, c’est aussi difficile à vivre, car on se sent souvent comme déraciné. On n’a pas vraiment de maison et lorsque l’on vieillit, ça devient important donc j’essaie de trouver un équilibre entre les deux.

Sur ton album, as-tu une chanson que tu préfères ?
Non, je ne pense pas en avoir une en particulier. Quand je les ai enregistré, c’était difficile car je suis très critique sur ce que je fais. Je n’écoute pas ma musique lorsqu’elle est finie. Elle tournait chez Fargo toute à l’heure et c’est bizarre pour moi de l’entendre.

Et sur scène, une en particulier ?
J’aime beaucoup jouer On Fire On A Tightrope. Celle-là, en ce moment, je la ressens plus.

D’ailleurs, elle possède un clip cette chanson. Tu t’impliques dans les vidéos ?
Celle-ci comme une autre de l’ancien album, elle a été réalisé avec un ami réalisateur. On l’a fait ensemble, j’étais présent, mais je l’ai laissé y mettre la plupart de ses idées.

Ce clip est assez sombre d’ailleurs ?
C’est sombre, c’est ce que l’on partage en commun, ça et les images lentes. Je n’aime pas, avec ma musique, lorsque c’est trop rapide et que ça coupe trop.

Stray Ashes, ce sont des sentiments, une collection construite de ceux-ci ?
Oui, ce sont des sentiments et aussi une période de vie où il y avait des sentiments assez identiques. C’est une période particulière également, assez séparée du reste de ma vie, comme une parenthèse.

Est-ce difficile justement de dévoiler ses sentiments en musique ?
C’est difficile de trouver quels sont-ils et de trouver les bons mots pour les exprimer. Mais une fois que l’on les a trouver, on relie les paroles et lorsqu’on les chante, on a l’impression d’être honnête. C’est un bon sentiment car là tu sais que tu les exprimes d’une façon claire. Lorsque j’arrive à transposer mes sentiments et à les partager avec le monde, c’est ce que je préfère avec l’écriture et la composition.

Pourquoi signes-tu seulement avec tes initiales ton nom d’artiste ?
C’est vraiment quelque chose de ne pas trop réfléchi. Quand j’ai commencé à enregistrer ma musique, j’ai du la nommer, donc je mettais mes initiales avec celles de la chanson. J’ai tout simplement gardé cela, lorsque j’ai commencé à partager ma musique. C’était très innocent. Peut-être que je changerais pour le prochain.

Les mots et les mélodies à composer sont des approches différentes, comment les assembles-tu ?
Je rentre les mots dans la mélodies. Il faut d’abord que je les trouve pour qu’ils aient la bonne sonorité. Je joue tout le temps de la guitare ou du piano.

Souvent, c’est d’abord une mélodie que j’ai à la guitare, que je joue. Lorsque je l’aime, je la rejoue souvent. D’autres fois, ça va être une mélodie qui me vient pour la voix. Mais je ne sais pas moi-même comment cela fonctionne, c’est une énigme comme processus.

Tu as travaillé avec John Congleton (enregistrement et mixage) avec McKenzie Smith (batteur de Midlake) et Macey Taylor (A.A Blondy basse), comment cela s’est passé ?

Macey Taylor, je le connaissais car il jouait de la basse pour A.A Blondy et que je jouais avec eux sur une tournée. J’adore la manière dont il joue et j’aime aussi le mec, il est très sympa. J’avais tout enregistré et je n’avais pas encore la basse. Je voulais donc qu’il l’enregistre à la fin, qu’il mette ces idées dessus. Je suis allé à Texas pour faire le mixage avec John, que j’ai connu par mon manager, et on a enregistré la basse aussi.

C’était très intéressant d’écouter enregistrer quelqu’un d’autre sur mon disque. Le batteur Mc Kenzie, c’est pareil, j’aime sa manière de jouer et c’est un de mes amis. On a réenregistré quatre ou cinq morceaux avec la batterie, car je voulais qu’il fasse quelque chose d’autre, mieux que moi. J’aime collaborer avec des gens qui ont un monde différent et les mélanger au mien.

Stray Ashes a un pouvoir évocateur, cela inspire des images en déroulement sous vos yeux. Tu les as quand tu composes?
Oui, ça commence avec des images, j’aime que cela commence ainsi et que cela vienne de mes images.

Comment s’est déroulé la rencontre avec Fargo et quel est ton sentiment par rapport à la France ?
Cela s’est fait par mon manager. Le disque n’était pas encore sorti en France et donc, je suis heureux que cela ce soit fait avec Fargo. Au divan du monde, lorsque j’ai joué pour leur festival (Fargo Rock City),  j’ai adoré l’accueil et j’adore la ville donc ça serait plaisant de venir plus souvent jouer ici. J’ai une tournée de prévue en septembre et octobre prochain. J’ai hâte de rejouer ici.

Tu écoutes quoi en ce moment ?
J’écoute beaucoup le nouvel album de Phosphorescent, j’adore ce groupe. Souvent dans la voiture, pendant ma tournée aux États-Unis, j’écoutais, Black Mills.

Que voudrais-tu que les gens retiennent de Stray Ashes ?
Que ça leur donne un sentiment de sécurité, de sérénité. Qu’il te fasse te sentir bien, c’est important, j’aimerais qu’ils ressentent cela.

Attention, restez connecté, car à partir de demain, vous pourrez tenter de gagner l’un des 5 albums dédicacés de J/B/M.


TrackList de Stray Ashes :
01. Ferry
02. Only Now
03. You Always Keep Around
04. Winter Ghosts
05. Forests
06. Thames
07. Moonwatcher
08. Crooked Branches
09. On Fire On A Tightrope
10. Keeping Up

LaPreskITW : J/B/M -Jesse Marchant

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