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La PreskITW : Tomorrow’s World

La PreskITW : Tomorrow’s World

Deux noms, une étreinte et une évocation à la fois fantomatiques et intenses des espoirs, des relations humaines et des incertitudes de ce monde. Lou Hayter (New Young Pony Club) et Jean-Benoît Dunckel (moitié de Air) ont l’âme planante, un peu mélancolique, à la croisée des mondes anciens et nouveaux. A deux, ils sont Tomorrow’s World.

Ils sortent aujourd’hui leur album éponyme Tomorrow’s World chez Naïve. Parenthèse énigmatique, langoureuse et sombre d’une balade en terre des rêves et des utopies. La voix de Lou, entêtante, est le guide de cette douce traversée des sens où la voix et les claviers de Jean-Benoît servent de doux amants.

Ici, les 11 pistes sont des émotions profondes à l’essence envoûtante, fatalement douce. Tomorrow’s World est une berceuse trouble des sentiments du monde, profondément humanistes et optimismes, sous la mélancolie distillée par ses deux identités qui se fusionnent, se chevauchent, se choient et se consentent. Nous avons rencontrés ces deux poètes des temps contemporains, avant la sortie de leur album éponyme chez Naïve le 8 avril.


Que pouvez-vous nous dire de ce projet singulier Tomorrow’s World ?
Lou Hayter: Nous n’avions rien de programmé ou d’arrêté. Nous nous sommes retrouvés au studio. L’album est le résultat de cette démarche spontanée. Nous sommes très heureux du résultat. Nous voulions juste au départ créer ensemble simplement et partager quelques chansons. Nous étions si heureux en studio que nous en avions plus que prévu…

Jean-Benoît Dunckel: Être en studio ensemble était déjà un plaisir, c’est important. Vous savez lorsque vous êtes en groupe, cela peut très vite être pesant : le travail, la promo, les voyages. Naturellement, de manière innée, avec Lou on a aimé chaque instants passés ensemble, la préparation de l’album, le studio  puis l’écoute de ce que nous avions fait. Il faut apprécier les moments dans la vie et c’est ce que nous avons fait avec Lou. Je suis si heureux de cet album, qu’il existe physiquement. C’est une histoire de plaisir cet album.

[pullquote] Ce n’était pas programmé. C’est une sorte de réaction chimique pour moi, un feu où quelque chose brûle. JB [/pullquote]

Comment vous êtes-vous rencontrés ?
LH : Nous avons un ami en commun Alex Thomas (batteur) et il m’a recommandé à JB. JB a aimé ma voix et voulait me rencontrer. Je donnais alors un concert à la Flèche d’or donc je l’ai invité. Il est venu nous voir. On a discuté de nos goûts, de nos références musicales, puis très vite on s’est retrouvé en studio.

Définiriez-vous le son de Tomorrow’s world comme la fin du monde ou comme un monde nouveau, votre nouveau monde et une nouvelle vie pour vous ?
LH : Non, pas la fin du monde. Cela évoque plutôt un futur, un futur peut-être troublé d’incertitudes mais aussi avec beaucoup d’espoir.

JBD : Pour moi, il est la fin d’un certain monde. Après un temps de perturbations, ces dix dernières années,  où on a parlé de la fin d’un certain monde de l’industrie de la musique. Il y avait le déclin de grandes compagnies et puis les copies de musique sur internet donc beaucoup de mauvaises vibrations dans le monde de la musique.
Maintenant nous sommes dans une autre ère, une autre humeur. Il y a un renouveau, avec de nouveaux groupes et de nouvelles voies existantes. Nous sommes entrés dans un nouveau monde où internet est bon pour les musiciens car il y a des lois pour les protéger et il permet à de nombreux individus d’écouter de la musique avec par exemple le streaming. C’est la première fois qu’une nouvelle énergie règne et Tomorrow’s World, c’est une autre énergie, le monde du lendemain. Le titre « Tomorrow’s world » est lui-même très positif, car il marque la confiance dans l’avenir. C’est un message d’espoir avant tout.

[pullquote] C’est une histoire de plaisir cet album. [/pullquote]

Sur Drive comme sur la cover de l’album, on dirait deux évadés, un homme et une femme, à la Bonnie and Clyde. Êtes-vous en un sens comme eux ?
JBD : Cette image représente la fin d’une relation. Il pleut et elle pleure cette fin de relation. Elle s’enfuit de son amour. La voiture est comme une voiture-maison, un refuge pour mieux s’évader de cette relation. Peut-être aussi que ce que l’on entend dans la musique et ce que l’on voit sur la pochette montrent qu’il y a toujours un sens et une raison dans la vie. C’est peut-être que nous sommes en train de nous échapper de quelque chose. Peut-être de notre groupe précédent en ce qui nous concerne ! (il rit)

Il y a une influence de David Lynch, il me semble dans cette musique ?
JBD : Notre musique doit beaucoup à David Lynch. Nous sommes deux fans absolus de Lynch. Ses films ont un côté glamour, une sorte de magie noire, envoûtante et d’une certaine manière assez effrayante. Dans son cinéma, il y a des moments où l’on respire avec des images fortes, où l’on sent des vibrations bizarres et oniriques, mais sans forcément y voir un sens. Notre musique ressemble à ses films : pas de lois, en certains passages c’est assez planant et il y beaucoup de moments de respiration et de rêves permis pour que l’auditeur s’évade.

Sur « Pleurer et Chanter « , on a parfois l’impression d’entendre Gainsbourg & Bardot. C’est une référence consciente et voulue à eux tel un hommage ?
LH : Nous sommes de grands fans de Gainsbourg. Certes nous sommes une femme et un homme, nous chantons en anglais et en français. Mais, nous n’avions pas vraiment planifié de leur rendre hommage, mais si ça donne l’impression, c’est une jolie chose que nous avons réalisé.

Pourquoi ce choix du lo-fi comme sur So long my love ?
JBD : Les choses arrivent, nous n’avions pas planifié là non plus. Les instruments nous ont inspiré et nous avons réalisé ce morceau ainsi. Il y a beaucoup de percussions électroniques qui donnent l’impression Lo-fi. Dans le processus en studio, c’est venu comme ça, avec l’utilisation des claviers.
Ce morceau est comme deux univers en même temps : un rythme lo-fi et un clavier qui sonne comme une guitare assez sauvage venant se surimposer au reste. Ce n’était pas programmé. C’est une sorte de réaction chimique pour moi, un feu où quelque chose brûle. La voix de Lou est comme une sorte de mantra Blues tout comme les sonorités et les mélodies sont Blues. Tout cela forme un mélange étrange.
C’est finalement comme une relation amoureuse : sans doute les meilleurs moments sont-ils le début et la fin. La fin est souvent aussi intense que le début, comme cette chanson est intense. D’une certaine façon, la relation s’arrête mais n’est pas terminé car le désir existe encore, malgré tout. Le clavier dans le rythme lo fi représente finalement cet amour qui consume.

Vouliez-vous sonner très années 60-70′ ?
JBD (souriant) : Je ne sais pas comment sonner très 60’70’s. Nous voulions sonner émotionnel. Ce n’était pas très conscient, c’était un désir. En tout cas, nous avons voulu beaucoup d’émotions dans la musique. Les sons, les instruments font naitre des émotions et elles sont certainement très vintage dans cet album.

[pullquote] Notre musique,  c’est comme un modèle, un patron sur lequel chacun peut projeter ses propres rêves, ce que chacun a en tête. JB [/pullquote]

Comment se présente « Tomorrow’s World » en concert ? quelle est sa configuration ?
LH: Nous avons fait une tournée aux USA où nous n’étions que tous les deux sur scène. Maintenant nous avons un batteur qui joue avec nous donc nous sommes 3 sur scène.

Il y a un peu plus de 6 mois, Lou, vous déclariez « ne pas vous être parfaitement à l’aise avec la scène et préférer le studio ». Et maintenant ?
LH : Je n’aimais pas trop être en avant sur scène, mais c’est en train d’évoluer. Je m’adapte peu à peu au fait d’être au premier plan. J’apprends mon nouveau rôle. J’aime de plus en plus. Quand j’ai commencé à New York, j’étais derrière mes claviers. Pour moi, c’est nouveau d’être en avant et de chanter. En tout cas, j’adore être dans un groupe, chanter avec eux, être avec d’autres musiciens, en osmose avec eux. En revanche l’exposition sur une scène n’était pas trop naturelle pour moi, alors que j’aime écrire, vivre et interagir avec un groupe.

Quand on écoute l’album, cela fait penser à un film en créant des liens avec le subconscient. Comment avez-vous réussit à créer un tel univers cinématographique et est-ce une volonté ?
LH : Nous avons écouté beaucoup de musique lorsque nous préparions l’album. Dans la mesure où JB a réalisé des B.O comme celle de Virgin Suicide, il a apporté cet art. Il y a une influence certaine du cinéma sur notre musique. Ensemble, ce n’était pas vraiment prémédité et il est venu comme cela en travaillant.

JBD : Nous avons dans Tomorrow’s World ces moments où la musique est lente, instrumentale. Faire une BO est très complexe, étrange : ce n’est plus comme au temps d’Enio Morricone où il y avait un orchestre et des mélodies.
Sur cet album, si l’influence du cinéma est réel, ce n’est absolument pas une BO car la musique n’est pas conçue pour être synchronisée à une image, pris pour cela.  Alors que la musique de Virgin Suicide l’était. Sophia voulait quelques passages de musique dans son film. Notre musique avec Tomorrow’s World est un peu de la pop cinématique, douce.

Je disais  cinématographique car elle a un haut pouvoir évocateur qui crée des images. Avec vos mots et vos sons, vous faites votre film sonore.
JBD : c’est cinématographique comme lorsque vous rêvez et que le lendemain vous vous dites que c’était une histoire bizarre. En tout cas, la musique a un fort pouvoir évocateur d’images que beaucoup ont dans la tête sans y penser.
Vous savez lorsque l’on ferme les yeux et que l’on s’endort, les nerfs des yeux fonctionnent toujours, produisent des couleurs et le cerveau transforme ces couleurs en rêves. Cela crée des artefacts de couleurs qui nous influencent.
Notre musique, c’est un peu pareil : c’est comme un modèle, un patron sur lequel chacun peut projeter ses propres rêves, ce que chacun a en tête. Il y a aussi beaucoup de mélancolie dans notre musique, car nous sommes mélancoliques, comme d’une certaine manière tout le monde en ce moment.

Qu’en est-il de Air, est-ce fini ?
JBD : Je ne sais pas si Air est fini. Ce n’est pas officiellement terminé. Nous faisons une BO en ce moment. Mais nous allons vers une pause, car je pense que quelque chose est mort. Sans doute le coté pop de Air qui est en train de disparaître. Quand on écoute Air, il y a de moins en moins de voix… Je suis en train de disparaître (il sourit).
Nous avons besoin en ce moment de réfléchir chacun de notre côté et d’avoir nos propres projets quitte à mieux se retrouver ensuite.

[pullquote] Non, Tomorrow’s World n’est pas la fin du monde. Cela évoque plutôt un futur, un futur peut-être troublé d’incertitudes mais aussi avec beaucoup d’espoir. Lou. [/pullquote]

Avez-vous des projets séparés l’un de l’autre, comme Darkel pour Jean-Benoît ?
LH : Je travaille sur deux projets très différents en ce moment dont une chanson plus « club » et c’est vraiment intéressant de pouvoir exprimer deux aspects de sa personnalité ainsi.

JBD : J’ai d’autres projets en effet, comme Darkel : j’ai déjà fait une bonne moitié de Darkel. J’ai aussi un projet d’album avec B. Johnson, un musicien islandais. Nous avons fait des choses vraiment incroyables tous les deux. Nous travaillons dessus et l’album va bientôt sortir, mais nous ne savons pas encore quand. Mais ce que je fais avec Lou me prend aussi beaucoup de temps, nous avons créé trois ou quatre autres bons morceaux sur lesquels nous travaillons. Enfin, je travaille avec Agnès b. sur un projet de film.

Avez-vous des dates de concerts ?
JBD : Oui, le 12 avril à la Maroquinerie.

LH : Nous jouons aussi à Londres en avril et en mai.

JBD : Nous avons 10 dates de prévues dans plusieurs villes européennes dont Brighton pendant l’été. Nous avons eu des concerts aux Etats-Unis notamment au cours du festival OOH LA L.A. C’était Oléolé..

Une dernière question, qu’est-ce que vous écoutez en moment ?
LH : J’écoute Toro Y Moi….

JBD : les Beatles et Philipp Glass, j’adore, c’est un mec étonnant.


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Site de Tomorrow’s World


Dates de concerts:

12 avril 2013: La Maroquinerie /Gonzaï Party

26 avril : Printemps de Bourges avec Lescop et Thomas Azier

15 mai : Londres, ICA

16 mai : Great Escape Festival, Brighton

17 mai : Melkweg, Amsterdam

23 mai : Lille, L’Aéronef

24 mai : Rouen, Le 106

25 mai : L’Europavox, Clermont-Ferrand.

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