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J.Allen : Wonder City

J. Allen a le vague à l’âme contagieux et la mélancolie abyssale au poing. Rêveries intenses où coulent les espoirs matinés de regrets, ici le temps est étiré le long des mélodies impressionnistes où bourdonnent le cafard et la solitude de la ville.

Pourtant, les neuf pistes qui composent l’album Wonder City, déconstruisent ce trop plein évident de solitude pour en faire des mélodies libres, échos souterrains des grandes villes où se frôlent les individus.

Album sombre certes, mais où le clair-obscur scintille doucement telle une luciole. Wonder City est fiévreux, tout en nuances diffuses comme tamisées.

Ici, le chant feutré de J.Allen est profondément ancré dans le paysage urbain dont il capture les sons au gré de ses balades. Les pistes en font leur coeur battant, ville de tous les délices et de tous les désarrois, tantôt écrin, tantôt tombeau.

J.Allen faisait parti avec son frère de Meanwhiles, et Wonder City est sa première aventure solo, son journal intime de folk brut aux sons envoûtants. À travers lui, un espace unique est mis à nu, son espace intime, qui s’ouvre sur le monde doucement.

Originaire de New York, l’homme est un chanteur compositeur à la voix fêlée qui sait exploiter ses sentiments et les transformer en sentier mélodique boueux, mais lumineux.

Wonder City est une déambulation initiatique, un parcours où les accidents chaotiques sont érigés en passé qui peine à être remisé en vestiges. Les lignes du présent et du passé s’entremêlent donc, s’entrechoquant quelquefois en un brouillard vaporeux où les pas de J.Allen se perdent.

Loin des regards, isolé, l’homme dépeint le monde, avec une guitare et des batteries douces. Fractures de la vie en farandole, Oh My love est une confession destinée à l’envolée anonyme.

Chuchotement des sens, continu et intense, les rêves et les espoirs s’y brisent au pied des immeubles, au bord des caniveaux, joli rivière exigue comme sur Heavy Head, Halsey St, Other Slide of The Day ou Rain and Thunder.

Là, sur Afterglow, Wonder City, les mélodies crépitent tel un disque abîmé où la guitare douce et triste se pose et accompagne le mouvement lent de la musique. Complainte de la solitude qui se dégage calmement d’un folk sombre, où la ville prend les rêves des individus ou les aide à s’accomplir. Radio Power, plus chaloupé, offre un espace de retrait avec une douceur plus tropicale.

Brouillard et échos multiples se touchent et bientôt Half The Sky clôt l’album sur une fenêtre ouverte, un ciel ténébreux au loin, un rayon de soleil frappant la vitre.

J.Allen explore les fêlures et les crevasses de la vie en pointillé, sombre mélancolie qui écorne les pages de l’existence et les jours passés. Wonder City est tout en rupture et en intensité, aux embardées délicates, au chavirement sombre mis en lumière sobrement.

On dit que dans une sombre époque, l’oeil commence à voir, celui de J.Allen a un battement de cils d’avance.

2 comments

  1. AudelaDuCerclepolaire says:

    Bravo! une critique très bien écrite pour un artist particulier et merveilleux. Merci pour ça!

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