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Joey Badass – B4.DA.$$

Joey Badass – B4.DA.$$

Joey Bada$$ est destiné à être le nouvel hip hop young hero. Encensé depuis la sortie de sa mixtape 1999, le gamin de 20 ans porte un fardeau qu’on pourrait considérer comme trop lourd. Assumer ce statut de tête d’affiche qui se doit de maintenir le hiphop en vie est tout sauf simple. Surtout quand on est New-Yorkais et que la scène locale connait une décrépitude rarement atteinte.

Pourtant, Joey se fout de tout cela. Bien au dessus de ces veines considérations, le jeunot rappe avec l’insouciance de ceux qui ont faim et qui ont encore tout à prouver. C’est d’ailleurs tout le challenge de cet album intitulé B4.DA.$$.
Thématique ô combien usée mais essentiel dans l’univers rap, le passage du « je n’étais personne » au rang de « superstar » est un grand classique. La grande différence ici, c’est qu’on sent (où on a envie de sentir) une certaine sincérité dans les propos de Bada$$.
Comme dans l’introduction du terrible Paper Trail :

Before the money, there was love
But before the money, it was tough
Then came the money through a plug
It’s a shame this ain’t enough, yo

Sur une production signée DJ Premier, Joey dézingue le beat avec facilité. On sent toute l’application qu’il a pu mettre dans ce morceau, peut-être pour se mettre au niveau d’un Premier très en forme.

De manière générale, ce sont toutes les productions de B4.DA.$$ qui sont de très bonnes factures. Que ce soit le très soulful Like Me produit par J. Dilla et arrangé par The Roots ou le Save Children produit par Statik Selektah, l’album bénéficie de l’apport de gros noms qui ne déçoivent pas.

D’autres noms comme Freddie Joachim ou Samiyam viennent compléter la tracklist. Et pour quel complément ! Pour certain, Freddie Joachim est l’un des tous meilleurs producteurs du moment. Il le prouve sur Piece of Mind et surtout sur le planant On & On qui vont comme un gant à l’ami Joey. Un mot également pour la production brillante de Samiyam sur OCB et sa superbe boucle de piano. Le tout remarquablement arrangé par le groupe à tout bien faire The Soul Rebel.

Au final, malgré tout ces compositeurs, l’album est très homogène. Pour être à la hauteur de ces multiples écrins, Joey a décidé de faire du Bada$$ :

I’m something like the chairman of the board, ranted
I feel, invincible, like McMahon
One of the last original emcees that’s left standing on the planet Strike like a meteor, do remedial damage, damnit

Ce qui est intéressant avec Joey Bada$$, c’est qu’il est en permanence à la croisée des chemins. Entre propos à l’air futilité et assertions solennelles. Comme lorsqu’il raconte ces premiers émois amoureux (On & On ou Escape 120) ou qu’il décrit sa propre situation de noir Américain comme sur Like Me :

They want another black man in penitentiary
It’s even hard for that man standing next to me
Cause he could catch a bullet that was really meant for me
It’s like every step bring me close to destiny
And every breath I get closer to the death of me
I’m just tryna carry out my own legacy
But the place I call home ain’t lettin’ me

Autre contradiction, Joey Bada$$ est un gamin qui a grandi seul dans les rues de New York. Même s’il s’est fait tout seul, il a malgré tout souffert d’un manque d’attention. Il en a d’ailleurs fait un morceau touchant, OCB. Pourtant, Bada$$ s’accommode mal de cette célébrité soudaine comme il le raconte sur Black Beetles :

This ain’t the world we thought it was when we as in pre-school Sometimes it’s hard to be cool, sometimes I feel like I’m see-thru Sometimes I really wish, yo I wish that I could be you
Away from all the Hollywood acts and record contracts
I won’t say I take it back, because I worked hard for that

Finalement, la seule chose qui n’est pas équivoque chez Joey, c’est son amour pour le rap et ces glorieux anciens. On peut d’ailleurs s’amuser à chercher les nombreuses citations empruntés à des gros noms du rap dans ses textes (Notorious BIG, Nas,Wu-Tang…). Malgré cette déférence affichée, Joey Bada$$ est tout sauf passéiste. Sa musique est résolument tournée vers l’avenir et B4.DA.$$ est le meilleur exemple d’un boom bap mis au goût du jour.

Un boom bap qui s’adresse à une nouvelle génération de hip hop headz. C’est surtout en cela que cet album est extrêmement plaisant et qu’on peut dire que Joey Bada$$ a réussi. C’est bel et bien un hiphop hero.

Joey Bada$$ - B4.DA.$$

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