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Keaton Henson : Dear

Keaton Henson : Dear

Keaton Henson, une plume, un coeur battant, palpitant de mille feux sombres. Jeune londonien de 23 ans, il vous transperce le coeur de sa voix sublime et vous pique au vif.
Fils d’un acteur shakespearien, il sait manier ses souffrances pour les rendre belles et mettre la poésie dans un passé qui semble le torturer lentement. Non destinées à l’enregistrement, ces dix pistes intimistes sont pourtant sorties sur un album intense Dear, chez Oak Ten Records.

Comme une lettre envoyée, sans entête, où l’on couche ses peurs, ses doutes, ses sentiments, Dear est un exutoire éclatant. Méditation mélancolique à la Bon Iver ou à la Sufjan Stevens, Keaton sait manier les sons et les allier à des paroles imagées, percutantes.

Beauté des mélodies et de sa voix contenant toute la tristesse du monde, fardeau sans doute trop dense pour une petite carcasse humaine. Ici, le sombre  est majestueux et lui, une âme profonde, un joli cadavre intensément à la renverse. Délicat avec une puissance vocale qui regorge de mille sentiments, il vous prend au tripes, presque trop facilement et sobrement.

Ici, l’âme à nu verse des larmes brillantes où les mélodies remplissent le coeur et l’esprit et berce la mer des émotions, dans une étreinte fugage mais intense. Nul doute que Keaton Henson a une beauté ténébreuse et est à fleur de peau. Furieusement, l’artiste vous conquiert en un son, une note et un talent intense.

Ecorché vif, l’homme généreux est au creux du partage, grâce à des chansons touchantes, petites étincelles de vie infinies. Mélancolie à la portée intense, musique folk acoustique et un brin bidouillée, l’homme verse de la poésie à ce monde qui quelquefois en manque cruellement.

Dear est un aparté avec lui-même, un entre-soi entre-nous, un retour sur des douleurs passées mais jamais un apitoiement sur soi, seulement un récit torturé, avec des failles assumées. L’opus tire une partie de sa beauté de ce courage rare et sans concession, celui de faire un éclairage nu et cru sur lui-même.

Là, les instantanés privés sont légion. Ils sont teintés de douleur toute émotionnelle et fiévreuse allant de pair avec une solitude mi-imposée mi-saisie au vol et faite sienne. Un artiste sombre qui crée une lumière tamisée de ses blessures vous déchirant les tripes avec calme et volupté.

L’opus commence par Prologue, introduction presque entièrement instrumentale et sauvageonne où des bruits d’oiseaux, une voix féminine et des tintements prennent place : l’abandon en musique.

You Don’t Know How Lucky You Are suit. Accords de guitare à l’envolée qui se font plus intenses, Keaton entame le morceau tel un incendie, voix intense, désespoir un peu cassé, la puissance est posée, le masque déjà tombé.

Sans laisser l’ombre d’un répit, Charon débute. Crépusculaires, les guitares attaquent, l’acoustique est délicate. Keaton chantonne puis sa voix délicate déroule la mélancolie enchantée, crescendo délicieux, embrasant tout sur son passage.

Oliver Dlaston Browning aux guitares cliquetantes, au souffle doux intense, amène la poésie toute intense de Sarah Minor.
Là, une lettre à autrui vous attend, les sentiments au poing, une guitare douce accompagnant la berceuse triste de Keaton, lui le troubadour bouleversant.

A genoux, Small Hands vous tend la main avec une guitare plus enjouée qui débute le morceau. Ici, rien de superflu, juste les notes, la mélodie et Keaton chantant un folk des entrailles, sublime incandescence à tomber, votre coeur se décompose.
Damnés vous êtes, damnés vous acceptez, pourvu que la musique jamais ne s’arrête telle une tragédie grecque.

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Lorsque vous semblez être à bout, chaviré par toute cette vague d’émotions, Flesh and Bone, monte d’un ton, d’une note, crescendo de l’intensité, dans une mise à nu entière. C’est une complainte mélancolique qui vous cueille, tristement lumineuse et dépouillée. Une solitude métaphorique en pleine ville.

Nest est une autre face, plus rythmée, tout aussi envoûtante et belle, malgré la tristesse au couteau, la fragilité enflammée de l’artiste.

Dans une société de la préséance et du paraître, ne rien cacher et ne pas mentir sur ce qui vous touche paraît héroïque, voie à suivre inattendue qui devrait être la règle.

Not That You’d Even Notice vous l’enseigne et enfonce le clou. Ne vous y trompez pas, sur un air entraînant, la mélancolie est ruisselante, en choeur. L’appel à  l’autre avec l’espoir qu’il revienne, prend tout son sens : seul, abandonné dans l’immensité d’une foule, Keaton s’immole en paroles.

Quant à Party Song qui clôt l’opus, il vous achève, brûlant :

A travers son opus, Keaton Henson crie sa leçon de vie flamboyante en se dénudant. Elle pourrait se résumer ainsi : connaître la valeur de ce qui remplit votre vie avant la perte. Par sa voix, l’amour résonne et la respiration profonde de l’artiste vous étreint et vous fait autre.

Keaton Henson n’en reste pas là et prépare un EP intitulé Lucky, qui sortira le 23 juillet. En attendant, délectez-vous de ces quelques titres tirés de Lucky.

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