Close
Killer Mike : R.A.P Music

Killer Mike : R.A.P Music

On parlait tout récemment d’El-P et de son album C4C, et lorsque l’on aborde Killer Mike, on est obligé d’en reparler car le monsieur est producteur sur l’opus R.A.P Music de Michael Render aka Killer Mike. Du même monde, le hip hop underground, ils allient leur talent pour cet opus percutant, plus classique que celui de EL-P. Beats massifs, flow impeccable, featuring de renom : T.I et Bun B, Emily Panic, EL-P ou Scar sont là pour armer les sons et les chansons avec la force d’un sermon, la violence des poings levés, et l’engagement R.A.P : Rebellious African People’s Music. Killer Mike est un rappeur passionné et c’est son sixième album, fougueux comme à son habitude.

« Big Beast » commence l’album tout en puissance avec Bun B, T.I et Trouble qui attaquent la joute ensemble, avec des flows qui se marient parfaitement pour être efficaces et dynamiques, au rythme de basses surexploitées.
[soundcloud url= »http://api.soundcloud.com/tracks/35492057″ iframe= »true » /]

« Untitled » avec Scar, est simple, avec des beats peu présents, un refrain en choeur. Il frappe délicieusement, distillant toute sa méfiance envers les Institutions: Eglise et gouvernement sont ici visés.
[soundcloud url= »http://api.soundcloud.com/tracks/40265139″ iframe= »true » /]

« Go! » est rapide et explosif, le flow de Killer Mike se révèle dans toute sa technicité, il épate et les samples renforcent ce phrasé unique et entraînant.

« Southern Fried« , quant à lui, explore les beats du sud, les échos avec une résonance blues dans le flow…un autre univers brillamment exploré.

« Jojo’s Chillin » est inspirant, à la limite du hip hop historique et du funk old school qui affleure dans son flow et dans l’orchestration choisie, à base de basses saturées et de synthés magnétiques.

« Reagan » est à un tout autre niveau, plus engagé celui-là, intouchable tant le sujet est lourd: les conséquences de la politique de Reagan sur la communauté afro américaine. Elle résonne, profonde, intense et brute. Rien n’y manque, sans violence mais avec une immense objectivité, poésie moderne revendicative, un rap des entrailles.
[soundcloud url= »http://api.soundcloud.com/tracks/46600059″ iframe= »true » /]

« Don’t Die » suit, commençant doucement avec des samples doux mais cache bien son jeu car c’est une arme d’agressivité, saturée aux sirènes des flics, sons urbains par excellence, avec un flow un peu à la manière de Brother Ali. Le titre se signale par une dissonance dans la rythmique qui est comme cassée, et qui jamais ne s’arrête dans sa rapidité, avec urgence. L’urgence de mettre fin à la guerre qui peut voir le jour entre policiers et jeunes noirs, message direct tel une flèche.
[soundcloud url= »http://api.soundcloud.com/tracks/41786372″ iframe= »true » /]

« Ghetto Gospel » est tout aussi brute de décoffrage, avec une certaine douceur néanmoins, tirée du refrain des chœurs de Gospel tout en nuance et comme effacées par le flow percutant de Killer Mike.

« Butane » s’enfonce plus profondément encore dans le brut, l’intense avec EL-P qui pèse sur le titre, sombre et violent, avec un rythme saccadé qui fait toute la force du rap.

« Anywhere But Here« , continue dans l’univers lourd et moite avec en renfort Emily Panic. Un excellent titre avec une voix féminine qui contredit le rythme massif et les beats en nombre.

Puis, « Willie Burke Sherwood » commence comme une sonnerie, un appel aiguë qui se poursuit par le flow puissant et apaisé de Killer Mike, associé à des voix à l’unisson. Le titre est un joyeux bordel urbain, mi doux mi dur car autobiographique, parlant de son père policier et de sa soif d’apprendre.

Enfin, « R.A.P Music » est un boomerang, tranchant, introspectif malgré sa forme agressive, qui transmet un message franc et direct : la nécessaire lutte pour survivre dans les centres villes de l’Amérique contemporaine.

C’est donc un opus de très haute volée, fait à quatre mains, où chacun vient avec son identité compléter celle de l’autre. Où l’on apprend à aimer cet univers doux amère, brut, sans concessions, aux multiples sonorités frissonnantes et on reste happé par cette magistrale production, cette mise en abîme en terres hip hop.

Close