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Kitty Pryde : Haha, I’m Sorry

Kitty Pryde : Haha, I’m Sorry

Jeune, blanche, son nom est Kathryn Beckwith aka Kitty Pryde, elle est de Daytona Baech en Floride. Elle a déjà sorti des titres mais son EP Haha, I’m Sorry est de loin le plus abouti et son single « Okay Cupid » est le premier à être accompagné d’un clip. On peut donc en déduire que c’est son premier single officiel, un petit titre Hip Hop frais qui va à l’encontre des clichés sur les rappeurs que l’on trouve fleurir ici ou là.

Kitty Pryde est dans la désinvolture, son flow est singulier, un peu nuageux mais les beats sont bien présents et les mélodies tabassent. Elle manie le second degré comme personne et force le respect, car elle en apparaît que plus insaisissable, chassant le lisse et y installant des frontières floues. Musicalement parlant, rien à dire, elle maîtrise parfaitement ses mélodies et ses chansons sont entêtantes à souhait. Pour cet opus signé chez Main Attrakionz’, elle travaille avec Beautiful Lou qui a collaboré avec A$AP Rocky et Lil B.

Rappeuse lyrique, ses paroles pourraient appartenir au rock ou au folk mais elle se glisse dans le rap, légitimement. Elle a des choses à dire et les dit bien, qu’importe la légèreté des propos. Elle livre un journal intime qui pourrait être soporifique mais grâce à sa patte et à son bagout, rien de tout cela, les dépenses de l’été deviennent un sujet intéressant sous son flow.

Décalée la belle l’est, talentueuse également. Et tant pis, si cela ne plait pas à tout le monde, il n’est pas obligatoire d’être pauvre, déprimé ou d’aborder des sujets lourds pour faire de la bonne musique et spécialement du bon Hip Hop. Pryde nous prouve cela, que les comptines peuvent être rappées et excellentes. Elle est comme elle est, mélange de petite princesse élevée au rêve américain et au bal de promo et provocatrice née, aimant le rap et Danny Brown, son idole. Elle ne prétend pas être autre chose que ce qu’elle est, ne change pas sa personnalité pour rapper, magique Kitty… Son EP Haha I’m sorry est un petit bonbon acidulé où l’acidité est omniprésente et c’est rafraichissant.

Douceur de son flow sur des beats provocateurs, rimes intimes sur la vie quotidienne, ses amis, le centre commercial, ses insécurités, elle conjugue l’ennui de la Floride en rappant et c’est tant mieux. Elle ne se prend pas au sérieux, flirte avec l’autodérision et c’est une de ses forces.

Enfant du web et de son blog, elle traine son flow, sereine. Et ce, même si après son premier EP au titre drolatique : The Lizzie McGuire Experience, « Okay Cupid » a attiré l’attention, celle du très sérieux New York Times, prouvant par là-même que les frontières et les limites peuvent être franchies et déjouées. Ici, le kitsh est revendiqué, contre-culture normalement mise à l’écart, et érigé en culture royale et sincère.

Le rappeur Riff Raff a collaboré à un titre, preuve qu’elle est crédible dans son rap. Sur Haha, I’m Sorry, et notamment sur l’un de ces cinq titres, « Orion’s Belt », elle cultive la cadence inégale, le flow décalé, girly à souhait avec nonchalance comme sur « Smiledog.jpg » ou plus fougueusement sur « Ay Shawty: The Shrekoning » feat. Dankte et produit par SELA.

Haletante, sa voix douce chuchote sur des beats accérés, syllabes étirées, sinuosité cultivée. Les rythmes saccadés et sa voix forment un ensemble hypnotisant, éthéré. Habile, elle contruit son flow. Elle rejette l’auto-satisfaction et la frime et en fait son fer de lance. En somme, une adolescente qui s’amuse de sa passion et où le talent est discret mais révolté, le sarcastique présent et l’insolence portée en diadème.

Ecoutez son Haha, I’m Sorry en intégralité :

Regardez son clip tout aussi décalé que sa musique :

Et si vous êtes fan, vous pouvez télécharger son EP Haha, I’m Sorry, gratuitement.

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