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[Live Report ] Benjamin Clementine @ La Cigale

Il est des artistes capables de tout, Benjamin Clementine en est clairement un, que l’on avait déjà pu apprécier sur scène et qui comptait parmi notre sélection des 20 meilleures chansons de 2013.

Avant-hier, il était, avec son piano à queue, en tête à tête avec un public venu nombreux le voir à la Cigale, lundi soir. A 20h40, Benjamin Clementine se glisse derrière son compagnon de vie, ovationné un long moment. La salle est suspendu à ses lèvres et à ses gestes dans l’attente de la première note.

Une communion silencieuse précède donc son tour de chant. Vêtu de noir, les ténèbres le bordant, l’homme chante l’existence parfois sombre, parfois illuminée de teintes plus chaudes, mais jamais roses, ce qui lui donne la puissance des sages.
De ses mélodies trempées de soul intimiste, de blues délavé, Benjamin brasse des harmonies graves aux pays des cieux. De sa souplesse de velours, il retient les doutes, installe les ponctuations de son récit ténébreux.

L’homme, fauteur de troubles, mélange les styles. A s’y méprendre, on pourrait croire entendre de la soul, mais Benjamin Clementine écrit de la poésie, une poésie qui se fait récit émotionnel, où la musique classique reprend ses droits de manière non conventionnelle.

Par touches diffuses, ses textes prennent vie, racontant son histoire, la partageant avec un public séduit. Ce n’est pas la tristesse qui se dégage de ses harmonies, mais bel et bien l’espoir flambant, étincelant qui est contenu dans ses murmures de l’âme.

London en est la preuve, le souffle qui dessine les rivages noires d’un blues soul à la William Blake, le partage de notes hantées d’un chant qui dit la joie, la souffrance, le courage, la détermination.

Car à chaque note, le public ressent cette ambivalence, cette force brute à peine cachée dans les harmonies tumultueuses se cachent les hasards de l’existence, les obstacles rencontrés dans la vie de chacun. Benjamin Clementine, de son jeune âge en fait une poésie, avec ses notes vagabondes à fleur de peau.

Les promesses brisées, les doutes et la vie en suspens, tout cela Benjamin Clementine l’emporte de sa voix rauque à la poésie amère. Son road trip est paré de velours d’où parvient un swing triste qui réveille les fantômes du passé et convoquent les silhouettes du futur d’un chant puissant. Parfois, ce dernier ressemble à un gospel de solitude, où les plaies ouvertes deviennent des mélodies qui claquent à la force du piano, à la puissance de ce chant si intense.

Le public est à l’unisson, et lorsque Benjamin Clementine interrompt son chant pour parler, il murmure timidement au public, ravi de partager avec cet artiste si singulier.
Attentif aux changements, au temps qui passe, aux rues qui changent, avec son piano, il trace un sentier gorgé d’émotions, décrivant la valse du temps comme un funambule des sentiments. Il raconte avec un humour tendre les tours de la vie, l’espièglerie du temps et les croche-pieds de l’existence.

De ce fait, Benjamin Clementine invite à remettre les choses à leur place, à s’ajuster aux événements, à transcender les éléments, à courir sa chance et à ne jamais s’agenouiller.
A contre-courant du présent, tout devient symphonie avec lui, sonates d’automne pour nuit d’été, lui, le soliste du printemps pour soirées d’hiver, réchauffant de son chant la dureté de la vie sans en gommer les failles, les mettant en valeur sans commune mesure.

Parfois la mélodie triste au piano pleure pendant que la voix de Clementine s’envole, les touches de piano dévoilent un dévouement doux, une foi harmonique intense.

Quelques notes de piano, une tempête qui gonfle, Maestro Clementine balance son Cornestone. Hope hope scande la rage qui se fait poétique, Clementine excelle et accroche les cœurs comme un cri de l’âme profond et sauvagement intimiste.

Les applaudissements tombent en rafale, lui salue, effectue un premier rappel et enchaine de sa mélancolie délicieuse torsadée de notes lactées, déchirant l’asphalte et cambrant les étoiles.

Le merveilleux I Won’t Complain résonne, le piano étouffe l’acidité des propos, le chant étire les rêves de lendemain sans oublier les ronces d’hier. Clementine est tout cela, une mélodie rouge sang aux notes pourpres au chant fauve. La mélodie laisse nu, démuni devant tant de beauté.

Il fera deux autres rappels, ayant du mal à s’en aller. Deux rappels qui semblent lui ressembler avec Adios ! It wasn’t me you were looking for, Emmenez-moi d’Aznavour, en précisant que son français est chaotique mais qu’il aime à la chanter donc « je m’en fous, je le chante ».

Il quittera la Cigale avec un dernier cadeau, à 22h passé, une reprise de Nina Simone, Ain’t Got No…I’ve Got Life, arguant que ce qui compte finalement c’est l’individu et sa liberté.

« I’ve got life, I’ve got my freedom
I got life, I got life
And I’m gonna keep it
I’ve got life and nobody’s gonna take it away
I’ve got life » résonnant bien après la fin du concert. On espère qu’il en sera ainsi pour le premier album que Benjamin Clementine est en train de préparer. Longue Vie Benjamin Clementine et merci.

Benjamin Clementine à la cigale

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