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Lorde – Pure Heroine

Lorde possède la grâce des mélodies mêlées à un souffle ardent de pop atypique. Derrière son visage angélique, se cache une artiste belle à la cadence intrépide, à la saveur sans pareille. Pour l’avoir vu en concert, Lorde est de ces artistes qui illumine la scène de sa présence magnétique.

Après son EP The Love Club, Ella Yelich O’Connor aka Lorde dévoile son premier album Pure Heroine, disponible déjà en digital et qui sortira en physique le 28 octobre prochain chez Mercury.

Pure Heroine se situe dans les sentiers battus de la pop, loin des sonorités actuelles, une main de velours gantée dans des harmonies édifiantes, pop intrigante à la saveur espiègle et sombre. Lorde est à mille lieues d’une Lana Del Rey, de qui on la rapproche à tort, ne jouant pas sur son physique, n’étant pas une pâle copie d’une héroïne aseptisée qui fait de sa musique une com digitale pour grandes marques.

Ne faisons pas offense à Lorde avec ses comparaisons comme la société aime a en faire. Elle est la digne héritière d’elle-même et l’on peut simplement la classer si il le faut, dans la même famille que Mo, Kitty ou Lauren Mayberry, la chanteuse de Chvrches, ces filles bien dans leurs baskets qui réfléchissent et amènent une conception des harmonies et du monde différentes.

Pendant que certaines pensent qu’être féministe, peut se résumer au combat contre le mademoiselle remplacée par un généreux madame, Lorde serait sans doute de celles qui pensent que la parité des salaires serait la vraie lutte et qui en profite pour prendre un titre aristo en le conjuguant impérieusement au féminin Lord-E.

Ce E résume à lui seule, la grande différence de Lorde. Elle ne semble pas aspirer à la gloire facile que la société décrie tout en la mettant en avant, faisant de l’audimat avec ce qu’elle conspue hypocritement. Repéré à 12 ans par Mercury, filiale d’Universal, gros label si il en est, elle ne s’est pas pressée pour faire son premier album.

Allant à contre-courant du temps court, de cette urgence qui semble régir la société entière, paumée entre argent facile et consommation qui semble définir une personne, elle va à l’essentiel. Elle construit ses harmonies, méprise le « bling bling » vicéralement dans Royals et embraie solidement sur ses émotions et sentiments d’elle, Lorde, 16 ans au compteur comme sur Tennis Court.

Ne résumons pas non plus cet album à un âge seulement, certes les thèmes parlent de la peur de grandir, de vieillir mais ils touchent tous les âges, vu la société et ses horizons peu dégagés qui donnent par instant l’envie de retomber en enfance, pour gagner un peu de légèreté. Ne parlons pas de maturité que l’on aurait à 40 ans et pas à 16 ans, car voyez vous, certains restent immatures sans aucun souci tout une vie.

Pop Hybride, Pure Heroine est un album de référence qui explose les codes

Lorde est douée d’un sens aiguisé des tempos et pour les jeux de construction harmonique, les mettant en miroir d’eux-même, les baignant d’un souffle magnétique entre romantisme et candeur rebelle.
Elle crée des mélodies crépitantes de rythmique sombre, de percussions disséminées et de mots oscillant entre constat et critique. Sa pop est si sulfureusement mystérieuse et atypique, que l’on semble oublier que la pop non superficielle n’est pas chose aisée comme sur 400 Lux.

Cultivant les contraires, harponnant les contre cultures et les mixant aux cultures dites classiques, Lorde est un tourbillon de mélodies. Elle semble s’alimenter du monde actuel et pourrait être un produit actuel, si elle n’avait pas ce quelque chose qui fait la différence. Un amour pour la littérature et une passion pour les harmonies bordées de percussions qu’elle construit à la fois avec un angélisme sombre et une profondeur adulte.

Loin de la pop des icônes pré-pubères qui semble vouloir formater des petits soldats sur ce même moule, Lorde creuse, façonne et harponne comme sur Ribs. Ses thèmes lui ressemblent, il navigue entre adolescence fugace et nonchalance poétique, d’où une atmosphère crépusculaire et lunatique se dégage.

Pure Heroine est habitée de cette voix puissante et magnétique. Par-delà les limbes du conformisme, elle enflamme l’asphalte et les étiquettes qu’on faudrait trop facilement lui coller comme sur White Teeh Teens.

Lorde est une artiste singulière, hybride, faisant la jonction de mondes vus normalement comme concurrentiels.

Elle est une enfant de la culture, de la ville comme de la banlieue, une fille mondialisée qui découvre le monde géographiquement après l’avoir étudier comme sur A World Alone, consciente des réalités et des difficultés du temps présent. Elle est une artiste qui se fout de ce que l’on pense d’elle, bravant les critiques, refusant les couronnes, elle garde la tête froide avec cette façon bien à elle d’être sagement intrépide.

Dans le système, mais à sa périphérie, le monde lui appartient.

Si il fallait la rapprocher d’une artiste, ce serait sans doute de Fiona Apple dans son approche inconditionnelle des mélodies, dans son jeux avec les dissonances, les aspérités, rendant les altérités complémentaires comme sur Still Sane.

Co-écrit avec le producteur Joe Litle, son électro pop mutante, s’anime de pulsations et de percussions profondes alliées à des synthés envoûtants. Le minimalisme de la production met en valeur la voix de Lorde, créant des échos et des résonances lointaines comme sur Buzzcut Season.

Ses mots sont comme enluminés d’un essentiel réduit au minimum. Bafouant les étiquettes, les convenances, ses mélodies ne connaissent pas les frontières des genres qu’elle transcende avec délectation comme sur Team.

Il serait dommage de passer à côté de ce bel album qui réconcilie avec la pop irisée, mélancolique et si contemporaine qu’on en oublierait presque que la musique de Lorde semble être le miroir brouillé de notre société. Elle souffle sur celui-ci et l’embue différemment.

Pure Heroine élabore un nouvel alphabet des sens, transformant les notes, qui naissent autant de l’harmonie que des contradictions. Ses mélodies sont insufflées par notre époque et par ses circonstances, elle est une héroïne des temps modernes, observant d’un œil ironique la société étriquée et conformiste qu’elle combat en harmonies addictives.

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