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On y était : Fink au Trianon

Fink est un performer mondialement acclamé, si l’on se réfère au site du Trianon. C’est avec ces mots en tête que l’on pénètre dans l’enceinte du 18ème arrondissement. On l’avoue, Fink est un artiste que l’on chéri mais que l’on prend trop peu le temps d’écouter. C’est donc avec l’envie de (re)découvrir le garçon que l’on débouche dans une fosse quasi-pleine. On y découvre une ambiance bonne enfant, bière et blouson de cuir.

Sur scène, un duo s’affaire et captive peu à peu l’attention du public. Ce jeune duo répond au doux nom de Douglas Dare. Ce qu’on a très vite compris, c’est que ce groupe a un brillant avenir devant lui. Une musique puissante qui contraste avec la voix vacillante de l’interprète. Inspiré, un membre du public hurle le nom de James Blake. Difficile de lui donner tort tant la musique de Douglas Dare rappelle Blake à ses débuts. Un groupe à surveiller assurément.

Changement de plateau et les guitares sèches s’accumulent au-devant de la scène. On n’en dénombre 4 sans compter les basses planquées à l’arrière. Ce détail insignifiant n’est pas sans impressionner une partie du public. On a hâte que le concert commence.

Les spéculations fusent dans le public sur les titres qui seront joués. Evidemment, personne ne réclame les mêmes mais tous s’accordent à dire que l’on s’apprête à vivre quelque chose d’unique. Promesse alléchante qui rend l’attente encore plus pénible.

Quelques jeux de lumière plus tard, Fink fait son entrée sur scène. Tout en sobriété. D’un léger salut de la tête à une salle qui l’acclame déjà, le héros du soir se dirige d’un pas aérien vers le micro et saisit l’une des quatre guitares à sa gauche. Le temps d’un sourire, le concert était lancé.

Résonnent alors les premières notes de Sort of Revolution plaquée sur sa guitare accompagnée par un percussionniste qui marque la cadence avec entrain. On est fasciné par l’harmonie simple de ces accords. Ce qui frappe surtout, c’est cette voix claire et profonde qui emplit le Trianon d’un groove délicieux. La salle se transforme en cathédrale pendant trente secondes qui semblent durer une éternité. Fink tient chacun des spectateurs présents en son pouvoir. Comme un boxeur sonné après un coup trop violent, c’est tout le Trianon qui titube. Puis vint l’explosion. Le public hurle son bonheur et il ne cessera de le faire pendant 1h30.

Les morceaux qui s’enchainent avec une déconcertante facilité avec notamment des morceaux issus du dernier album Hard Believer. La beauté majestueuse de Truth Begins et son jeu de guitare éthéré et surtout le superbe Hard Believer.

Ecouter Hard Believer dans un Trianon aux aguets permet de prendre conscience de la richesse de la musique de Fink. Hard Believer respire le blues. Le jeu de guitare et la solennité du morceau y font penser immanquablement. Conscient d’assister à un moment rare, le Trianon se tait pour mieux se saisir de chaque note de ce morceau magique. Le chant de Fink quand à lui ramène à cette folk qu’il aime tant. Folk dont on sait qu’il a contribué au renouveau.

Il entonne alors Yesterday Was Hard On All Of Us et tout devient évidence. Ce morceau est une somptueuse ballade aux arrangements pop affichés empreinte d’une joyeuse nostalgie sur fond d’ambiance planante. Entre ici et ailleurs, la voix de Fink nous replonge dans nos souvenirs enfouis qui ressortent le temps d’un concert.

On pourrait croire qu’un concert de Fink n’est qu’une succession de morceaux folk intimistes. Il n’en est rien. Fink se permet d’accélérer le rythme en sortant un Blueberry Pancake de son chapeau. Et, c’est tout le public qui se met à danser en tentant de suivre le rythme effréné de la batterie. Une folie ! Et le pire, dans tout cela, c’est que l’on se trouve à danser sans même s’en rendre compte.

Le set se termine sur Shakespeare. Un morceau à l’écriture soignée qui nous invite à désapprendre ce qu’on nous a appris. Parce que tout cet apprentissage n’est qu’un vernis et qu’il nous faut se concentrer sur l’essentiel. A voir Fink évoluer sur scène, on devine que ce morceau est à l’image de son créateur. Avec Fink, nul besoin d’artifice et de discours superflu, la musique suffit amplement.

Le bref rappel est l’occasion pour Fink de jouer un Berlin Sunrise repris par le public à l’unisson. Beau moment et superbe moyen de conclure une prestation de haute volée. Sans jamais donner l’impression de forcer, Fink a mis le Trianon à ces pieds. Sincèrement heureux d’être là, il était venu partager un moment de bonne musique. Pari réussi !

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