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PAPA – Tender Madness [Ecoute Intégrale]

PAPA, groupe originaire de L.A, a une douceur contagieuse, rythmée par les synthés, la basse de Danny Presant et le chant de Darren Weiss également batteur. Ici les batteries, les claviers et le chant en fusion clashent sous une fausse nonchalance hantée d’un grain de folie dissimulé sous les mélodies.

Après un EP en 2011, A Good Woman,  ils dévoilent ici leur premier album Tender Madness, à la fois nostalgique et sensuel. PAPA a l’âme américaine en bandoulière soufflée par des récits dont la sainte trinité semble être l’Amérique plurielle, les femmes et la folie. Parfois mélancoliques, leurs rythmes puissants sont des échappés belles, offrant une invitation à l’évasion étrange et entêtante.

Après une intro s’enfonçant dans une abstraction instrumentale qui s’immisce immédiatement dans la tête, Put Me To Work claque sur des lignes de batteries et de basse entêtante portées par la voix singulière de Darren.

Young Rut enchaîne avec ce même rythme lancinant que la voix de Darren provoque. Sous les cadences, leur signature est reconnaissable, résonances sombres de leur identité qui brille par des clairs-obscurs tendres, avec des pointes de nostalgie.

Les va-et-vient de PAPA sont contagieux, brouillant les notes, culminant dans des harmonies musclées au souffle sulfureux puis se radoucissent, flirtant avec les limites qui jamais ne sont dépassées comme sur Forgotten Days, petite piste tenace et versatile.

Quand PAPA semble se laisser enfin saisir, il fuit dans d’autres sortes de mélodies comme sur Cotton Candy, le rythme chapardé à d’autres cieux, le chant allié des cadences qui glissent et heurtent les synthés et la batterie.

Condensé d’Amérique, troubadours tour à tour pop ou rock, ils mêlent le présent au souffle du passé, perturbant les frontières comme sur If the Moon rises. Darren Weiss y chante “Ain’t it so good to be young / In America and watch the world burn”, la section rythmique en force subtile, leur tendresse chambrant les étoiles, et offrant à la tradition américaine une autre perspective et un recul certain.

La mélancolie enflammée continue avec Get Me Through The Night appuyée par leurs orchestrations épiques qui contrastent avec le chant nonchalant de Darren. PAPA sont des chantres conscients des problèmes contemporains qui s’en échappent avec leurs mélodies, sans gommer la tristesse, mais en la magnifiant.

Puis If You’re My Girl, Then I’m Your Man se colore d’un romantisme passé, d’une force de récit cachée sous cette fausse désinvolture qui en devient magnétique avec ses ralentissements irrigués de touches de claviers, bordés de sa batterie rageuse et de sa basse survolté dans l’ombre du chant.

Un pas de plus est fait avec Tender Madness, ballade où la fragilité est mis en exergue, sous les notes ralenties comme un cœur battant à l’abandon, bercé de nostalgie et d’une rage nonchalantes.

Étrange mélange irisé qui coupe le souffle par ses rythmes singuliers qui cassent les traditions, tout en les employant, les déviant et les reconstruisant à leur image comme sur Got To move. Alors I am The Lion King débarque, électrique rappelant à la fois Springstreen et E-street, ancrant les synthés dans un rythme addictif et à des résonances souples aux rythmes chauds.

Inspirés par ce qui fait l’Amérique, en bien comme en mal, marqués de sa culture plurielle, comme celle de la consommation (Disney) ou du songwriting élégant traditionnel, eux la fusionnent, la recrachant sous une forme autre, brassant de nouveaux repères, se réappropriant son âme sous des embardées non conformistes au second regard.

Quelquefois trash, d’autres doux, PAPA navigue en eaux troubles, prenant un malin plaisir à la troubler encore et encore, en coulant les convenances, respectant pourtant par certains côtés leur background américain. Irrigué d’influences diverses, PAPA livre les confessions troublantes de deux trublions qui exposent les contradictions américaines, sous un duel entre basse sale et chant doux, bordé de batterie agressive.

Alors Replacements (Curls In the Grass) clôt l’album par une ballade brumeuse qui oscille entre sensualité, éclectisme et nostalgie avec la voix de Lydia Rogers, la country au poing. Sulfureux, leur style tache, attache et relance. Le trouble consume en un miroir des temps présents aux reflets des temps passés. Ils rayent les nuits tranquilles et les jours sans trouble, dans la paisible maison d’Amérique.

Ils seront au Festival des Inrocks le 8 novembre à Paris et le 9 novembre à Toulouse. Un moyen d’embarquer avec eux sur leurs terres teintées de nostalgie qui heurte avec leur nonchalance enflammée, imbibée d’un goût sulfureux et éclectique.

PAPA est un nom qui ne s’oublie pas et qui se murmure à l’infini. Leur album est disponible chez Mercury.

PAPA - Tender Madness

Tracklist :
1 Papa
2 Put Me To Work
3 Young Rut
4 Forgotten Days
5 Cotton Candy
6 If the Moon Rises
7 Get Me Through the Night
8 If You’re My Girl, Then I’m Your Man
9 Tender Madness
10 Got To Move
11 I Am the Lion King
12 Replacements (Curls In the Grass) feat. Lydia Rogers

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