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Raashan Ahmad @ le Pan Piper

Au Pan Piper, nouvelle salle sympathique du 11ème arrondissement, il y avait des promesses de Hip Hop et de funk soul en suspens. Pour cette soirée Old School to New School #2, Raashan Ahmad venait fêter la sortie de son tout frais et excellent album Ceremony (Jakarta Records). La Californie, représentée à la fois par The Coup en première partie et Sir Raashan, était donc en force hier pour ce concert à l’énergie débordante et aux vagues groovy à souhait.

A 21h20 tambour battant, The Coup monte sur scène. Costume noir et barbe de biker, leur chanteur, Boots Riley a un tempérament de feu. Sorry To Bother You (anti Records), leur dernier album est finalement plus calme qu’eux sur scène. Rageuse musique, son flow décapite les injustices de ce monde et jamais ne s’arrête.

Mélange de beats explosifs au flow électrisant punk sur des harmonies sonnant très années 60’70 avec des soupçons de funk, The Coup est surprenant comme un coup dans le visage, une caresse cloutée qui réveille. Batterie, claviers, guitares, basses, c’est une orgie de sons et de vibrations brutes que le public savoure.

THE COUP

Puis à 22h56, Sir Raashan monte seul sur scène, casquette vissée sur la tête. Des samples, des basses, Fly résonne, délicieuse introduction à son HipHop old school. L’homme se sent bien, heureux d’être à Paname comme il dit en français, en se présentant. Son euphorie est palpable car il est là pour fêter Ceremony. Alors, en des mélodies électriquement jazzy, son flow guide les notes et perce les cœurs. Ce flow, reconnaissable entre mille, est encore meilleur que sur cet album justement, habitant la scène d’une élégante présence généreuse.

Son crew de musiciens chevronnés le rejoint petit à petit. D’abord la batterie puis la trompette retentissent, les claviers et enfin les guitares. Music démarre, son live band tisse des instrus douces et puissantes à la fois, lui, invite le public à sauter de toutes ses forces. Raashan Ahmad en concert, c’est un souffle bluffant, une tempête d’énergie invitant à la récréation jouissive la plus jubilatoire.

Le temps de demander si « Ça va bien » et Raashan enchaîne avec ses lascars. C’est le temps de The Remedy qui claque sur scène, furieusement bon, hautement jazzy. Il dégage une philosophie de vie et un vécu qui l’irrigue dans ses moindres veines et qu’il transmet avec aplomb et beauté. Sentiments au poing, mots en flèches, notes au tempo chaud, le voici qui continue avec Easy On Back.

Les vibrations sont touchantes, sa musique prend toute son ampleur sur scène. Hip hop dream jazz électrisant à l’engagement profond des mots, son live band lui offre un écrin à l’étreinte intense mettant son flow en avant. Le saxo est un compagnon de route à la hauteur de Raashan.

Raashan AHMAD

Alors No, No, No  suit en version plus lente et plus courte. L’intensité old school est bien au rendez-vous. Lui, n’hésite pas à faire participer le public comme un vieux pote que l’on est content de revoir, côté public, le même sentiment est partagé.

Boots Riley de The Coup remonte sur scène pour accompagner Raashan, leurs deux flows se marient à merveille et l’union faisant l’étincelle des mélodies, l’explosion des sens est totale sur ce titre issue de  Soul Power.

Se succèderont les titres de Ceremony, à la volée, tous les uns meilleurs que les autres, sans pause, seulement des invitations lancées au public pour que la célébration soit belle et festive. Elle le sera.

Des guests monteront sur scène Janice, à la voix puissante, puis Faya Braz, le beatboxer hallucinant du crew Under Kontrol qui a sorti un album 100% beatbox. Raashan partage la scène avec délectation et son flow se module aux beats imparrables de Faya Braz. L’impro révèle une autre face de Raashan, sa capacité à fusionner avec les autres musiciens et son talent de passeur de mots et de jongleur de rythmes.

Mama Nature est belle en live, vagues nostalgiques douces qui emmènent vers des autres horizons que seuls Raashan Ahmad peut faire atteindre. Se détache également le très beau How Long où élégance, harmonies et combats se rejoignent.

Ceremony est déjà un bien bel album, mais incarné sur scène par Raashan Ahmad, il devient une célébration au flow envoûtant, aux mélodies à la rythmique abondante et sauvagement tendre. Lorsque Raashan vous convie à un concert, il offre, partage les mélodies et les histoires de sa vie.

Les mots ne sont pas chez lui de simples particules de phrases. Ses syllabes entremêlées aux notes ont un réel pouvoir, celui de vous toucher, de vous faire vibrer et de vous réchauffer intensément.
Sa musique et son flow ne bâtissent pas de murs, ils les font tomber tout simplement.

Il sera demain, vendredi 19 avril au Festival Chorus, à Gennevilliers, au Tamanoir. Si vous l’avez raté hier, assurez-vous de le voir demain.

Raashan Ahmad Ceremony

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