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Sohn @ Nouveau Casino

Sohn @ Nouveau Casino

Artiste des clairs-obscurs, des écorchures qu’il transforme en prières douces, syncopées par les échos des égratignures du monde actuel, Sohn dévoile une âme sombre contrebalancée par une voix d’ange.

Après The Wheel  et Tremors, son premier album dévoilé il y a peu, il était sur la scène du Nouveau Casino samedi soir pour une heure de grandes chevauchées chimériques, bordées de lancinances mélancoliques qui sont siennes.

Sohn attise les sentiments, mettant en scène ses mélodies dans un noir qui enveloppe les âmes, charriant les démons de chacun à la faveur de 6 néons qui peuvent symboliser des cierges métaphoriques, lueurs d’espoirs d’une cathédrale humaine ou les fantômes du passé qui les hantent.

L’obscurité étreint les corps tandis que Sohn prend place, assis, capuche sur la tête comme un boxeur des harmonies ou un moine des sentiments profanes. Entourés de deux musiciens, il frappe fort.

Ses harmonies trouvent les néons sur son chemin qui répercutent les teintes des mélodies, tantôt glacialement froides avec le blanc, tantôt enflammées avec le rouge sang, tantôt vertes comme des espoirs diffus, sous les courroies de ces harmonies entêtantes, ellipses du monde chaotique où la poésie y trouve refuge.

Ransom Notes et Red lines balancent leurs frissons, envoyant valser la lune comme on congédie un astre secondaire qui n’a plus sa raison d’être. Mouvements et métamorphoses y cadencent les cieux. Pulsations tristes flanquées d’un chant mélancolique qui cogne subtilement les cœurs, se succédant dans une transe douce tout comme Warnings.

Lui est un jongleur de sentiments, il les façonne en harmonies électriques, la versatilité de l’âme en cadeau comme avec Oscillate. Ronde entêtante, le vague à l’âme prend à la gorge, avec une nostalgie palpable, mêlée d’une dynamique autre, à peine dévoilée, celle des plaies qui saignent.

Sohn assis, guide la cérémonie des sens, tandis que les néons déploient leur saccades, obligeant parfois l’auditeur à fermer les yeux pour mieux ressentir la musique et sa force, aveuglé non par la lumière mais par les émotions qui y ruissellent et prennent d’assaut les cœurs comme sur Veto ou Tempest, gospel sombre rythmé de stroboscopes en apostrophes.

Quand Sohn monte alors dans les aiguës comme sur Fool, le reste du monde semble futile, l’essentiel étant dans ses notes accrochant des vrombissements et une puissance assombrissant la poésie intimiste qu’il distille partout.

Cabossant les cœurs, saccageant les esprits avec douceur, il fournit des uppercuts droit dans l’âme avec Bloodflows, parenthèse chaude perdue dans des dédales d’harmonies à la beauté austère.

Sohn, cet artiste qui excelle dans les jeux d’harmonies instrumentales à base de beats électroniques syncopés et hypnotiques, propose un poème sur scène, de ceux qui dit que les murailles peuvent être éventrées par les mélodies, dans un embrasement de rythmes lumineusement sombres. Ces mélodies forment des bombardements d’atomes harmoniques qui composent des météoriques.

Sohn martèle, sous les cicatrices, l’espoir, la nostalgie d’un futur aux ombres qui s’éclaircissent, conscient des néants qui l’entourent, et des failles le long des routes. The Wheel, qui clôturera le concert, en est la synthèse, rappelant que l’ivresse infinie est la jouissance créative.

Peignant la société avec des harmonies qui lèchent les ténèbres et bousculent les émotions, il fait jaillir les sentiments refoulés. Ses harmonies sont des élans, des incisions dans la torpeur, des salves ardentes et des tourbillons à la douceur vitriolée comme sur Lights.

Il est des puissance d’écorchés qui sont des consonances, des adéquations harmoniques qui font acte, libérant les corps des balancements habituels pour les pousser vers des bousculements entêtants comme sur Lessons.

A chaque piste, tel Artifice, il dévoile les musiques de l’âme, les apostrophes des esprits et les désespoirs du temps présent.

Son orageuse lumière a dominé le Nouveau Casino, organiste d’une tempête entre deux tourmentes, embrasant les corps à l’infini. Avec ses profondeurs aériennes, Sohn éclabousse l’asphalte passionnel et passionné des pensées.

Son électronica émotionnelle, ancrée dans une froideur pastorale se dilue et mute. Son intensité jamais ne se relâche, paralysant par moment, le mélodrame en fond de notes.

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