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Talisco – Run

Talisco passe aux choses sérieuses avec son premier album Run. Derrière des envolés brumeuses d’harmonies brutes, l’urgence se ressent à chaque note, chaque poussée de chant. La saveur de l’instant baigne tous les contours de Run, ce premier album que Talisco sort aujourd’hui chez Roy Music.

Your Wish commence le parcours, cadençant les échos des cœurs, plus proches des cieux, plus profonds que les étendues sauvages.

De notes en étoffe, de caresses rythmées en lancinances profondes, le chant de Talisco sur Love se fait valse de deux, mélancolique à souhait,  entre ombres et lumières.

A la lueur d’harmonies incandescentes mêlées d’une rugosité farouche, Talisco dompte des rythmes aux souffles éparses, tapissant les chemins sauvages de suffocations de guitares et les paysages imaginaires de respirations mélancoliques et abruptes.

Avec des jeux de tempos en entrefilets, The Keys brusque alors la course, charriant les bourrasques des sentiments, crapahutant dans les chahuts des ténèbres éclairant d’une ombre souple, les teneurs du cœur, les brumes des esprits. Ici, la ligne de côte se mélange à celle des nuages, les sens se chevauchent, embellissant d’une brume de poussière les nuées des notes, décrivant les vagues du chaos singulier et les valses du pluriel.

Sans un répit, Talisco fournit les salves qui rendent libres, les cadences qui agissent sans contraintes. Sa musique s’affranchit des latitudes, brassant des tempos sombres, sauvagement doux comme sur Follow Me.

Férocement délicat, tendrement ténébreux, l’ombre s’y épaissit et s’acharne à mettre en relief les sentiments comme sur Sorrow, avec des salves soul et un goût dilué de blues. Chez Talisco, les guitares percutent la batterie, convolent avec le chant, resplendissent plus intenses.

Par ricochet, jonglant avec les sens, les notes ardentes broient les solitudes et disent les bleus de l’âme, en filigrane. Écorchant comme une épine, son chant crie la fragilité de la vie, les cadences infernales des joies et des peines, les mélanges des émotions tel un démenti violent à l’inéluctable comme sur le très beau So Old.

Les basculement se succèdent, les émotions s’y chevauchent. Avec Run, rien n’est maussade ou neutre, tout est contenu dans des syllabes clairs-obscurs, les teintes doucement brutes, des textures silencieusement collectives.

Tout au long de cet album, Talisco dit « la liberté est choix « . Alors,des notes acerbes parcourent l’échine, déploient des ballades tristes tamisées par une foi du lendemain. Par ses mélodies, Talisco étend ses notes, circonduit et allonge les périodes et le temps.

Bring Me Back poursuit la course, celle qui dit qu’il n’y a jamais de repos même pour les individus libres, arguant que la passivité tue. Esprit solitaire et rêveur, Talisco y scande ses songes comme sur Glory. Tissant ses harmonies sur le canevas des solitudes, sur l’éclat des douceurs, sur les cendres des nuits passées, Talisco, avec Reborn, court vit et devient.

Pop rock aux accents folks, Everyone laisse un goût de cavalcade, décrivant une chevauchée qui interroge la justice, le lointain, déclarant tout en harmonies suaves, la fin de la frontière.

Alors Lovely clôt la course dans un souffle mélancolique, disant l’essentiel. Run ne dit qu’une chose : « Deviens qui tu es ». Cinématographique, Run marque une rupture entre deux espaces, un instant fugace d’une éternité délivrée.

Talisco en jouant des coudes y glisse un sens pluriel, marcher sans but devient alors un objectif. Au tic-tac de l’horloge, le voyageur qu’il est, répond par le martèlement de sa semelle, par le claquement de ses mélodies couleurs tempête.

Au hasard de sa course vagabonde, Run procède d’un même mouvement, celui de se dresser vers le ciel et de se laisser traverser par la vie.

Battant l’éphémère, courant après le temps, ce premier album est une respiration versatile, un démenti de l’asservissement. Christian Bobin disait que « rien n’est plus contagieux que la liberté ». Run en est l’apôtre.

Talisco-Run

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