Close

The Acid – Liminal (Ecoute Intégrale)

The Acid avait croisé notre route il y a maintenant presque un an et nous avait conquis à la force de leurs mélodies singulières. En contre-plongée dans des  harmonies faisant fi des règles d’apesanteur et des convenances, The Acid dévoile son premier album Liminal qui sort aujourd’hui chez Infectious/ Pias Coopérative.

Liminal est une pérégrination dans des eaux profondes, bordées de limbes imaginaires. Eux des jongleurs de tempos qui construisent des récits sibyllins qui heurtent les cœurs et les basculent dans des sens atypiques. The Acid, ce trio poétique, réussit un premier album somptueux qui résonne d’un minimalisme divin.

Ici, nul superflu, mais des émotions à contre-courant des autres, nimbant les sentiments qui y fourmillent par centaines, dès l’introduction. Animal entame la transe, ponctuations de percussions aux cadences magnétiques, rythmées par la voix de Ry X qui donne vie à l’ensemble.

Tissant des harmonies tempétueusement délicates, The Acid en appelle à l’asphalte et à l’aérien, le mixant aux recoins des ténèbres comme sur le beau Veda. Là, les plaies, les bosses et les asymétries deviennent poétiques, œuvrant à un éveil des sens singulier.

Alors lorsque les harmonies délicates s’embrasent, les rythmes se chargent d’un souffle ardent, flirtant avec des murmures à la délicatesse brodée de rage comme sur Creeper, titre plus tranchant.

Traversée en terres belles et mélancoliques, The Acid bat les torpeurs pour en faire des tourbillons, arguant d’un courage mêlé d’une créativité irrévérencieuse comme sur Fame. Leurs notes chavirent les teintes, reconstruisent un romantisme dilué dans un organique cotonneux, couplé à un synthétique lancinant.

D’une main de maître, d’harmonies vaporeuses à la force souple, ils emportent sous des cosmiques textures qui se fondent dans des interstices, multipliant les mirages sonores.

D’ellipses en notes tendres, de boucles en murmures tentaculaires, de guitares en torpeur léchant l’électro distillée en infimes parcelles, The Acid comme sur Ra, torpille les certitudes, annihile les doutes avec ardeur et tendresse. De résonances sombres en échos lumineux, les fluctuations battent dans les veines irréelles de ce groupe atypique.

Renversant avec leurs harmonies qui fortifient les différences, les rehaussant d’une parure atypique, eux ne craignent pas d’émoustiller d’une autre manière comme le si beau Tumbling Lights qui semble résumer une époque entière.

Avec les poussières du siècle, ils rebâtissent une utopie silencieusement intelligente, ré-approuvant le temps et non l’urgence, ré-apprivoisant l’essentiel. A coup de notes à califourchon sur des sentiments troublants, ils domptent les néants pour les transformer en éblouissements auditifs qui se chargent d’une douceur coupante, appelant à des interrogations harmoniques qui claquent comme Ghost.

Rétablissant un réveil singulier, Basic Instinct prône l’instinctif sur le normé, la liberté sur l’asservissement, l’atypique sur cet éculé « normalité », en somme, la révolte.

En dehors des évidences, Ry X, Steve Nalepa et Adam Freeland offrent une révolution douce, de celle commencée en marge. Eux la continuent de leurs notes couleur souffre, de leurs cœurs entrelacées en harmonies fusionnées de passion. Sans l’ombre d’un doute, Liminal est un album avant-gardiste, un manifeste à la manière du premier album de Alt-J.

Si parfois, il semble que les gens courageux manquent en nombre de nos jours, The Acid est à l’extrême opposé de cette lâcheté ambiante. A écouter Red, ronde tempétueusement exquise, à tendre les cœurs sur Clean et à tomber à genoux à l’écoute de Feed, une seule et même pensée vient à l’esprit : The Acid répare les cadences du monde avec leur album, doux miroir d’un monde que l’on appelle de ses vœux.

Il est des albums essentiels, celui-ci en est un comme on en fait bien peu. De reconstructions en souffle incandescents, de rages en douceurs, les contrastes y fusionnent en une géométrie expérimentale. Maitres en l’édification d’harmonies, ils offrent un récit magnétique au gré des courants qu’ils créent, n’hésitant pas à les dévier, les chavirer pour mieux naviguer en eaux sombres, dans des limbes hybrides, aux confins des limites.

Alors en trois points, leurs signe de ralliement, ils mettent le feu aux étoiles, sans crier gare, laissant là les auditeurs, ébahis par tant de beauté rageusement douce.

The Acid - Luminal (Ecoute Intégrale)

Close