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The Broken Orchestra : Shibui

The Broken Orchestra : Shibui

Il est des musiques qui se cueillent, se recueillent et vous étreignent doucement, mais pleinement. Il est des mélodies qui sont un instant, une collection de moment privilégiés et de sensations brutes distillées par des notes, des voix, et un projet. Ici, le projet collectif est un havre de douceur, d’harmonies subtiles et illustre ce que les individus peuvent faire de meilleur, lorsqu’ils s’englobent sans gommer la personnalité des uns et des autres.

The Broken Orchestra, c’est cela, un collectif d’artistes d’horizons divers, unis par leur amour des musiques, leur attirance pour les notes et le désir de partager, de confronter leurs identités aux autres. Dans un monde, où il devient difficile d’échapper à un moule imposé par plusieurs sources comme une référence, il est des gens qui choisissent, signent et signalent qu’une autre voie est possible, sans moule, sans étiquettes. Shibui, c’est cela, la rencontre orchestrée tambours battants par deux producteurs Pat Dooner et Carl Conway-Davis qui ont pris leur temps, ont collecté, construit un album infusé par leurs identités, nourri et porté par d’autres artistes, pour la plupart féminine.

Deux hommes donnant pleine voix à des artistes féminines, à égalité d’eux, s’incarnant en elles, fusionnant avec elles, voilà qui laisse rêveur et songeur.

Il y a des alchimies et des mélanges auxquels on n’aurait pas pensé et qui lorsqu’on les écoute nous paraissent ne pas pouvoir avoir été autrement. D’un titre poétique, comme si de quelque chose de cassé, renaissait le meilleur, The Broken Orchestra est tout sauf éclaté ou brisé. Il est une machine, un souffle neuf, une tribu à faire des mélodies délicieuses où se glissent des influences différentes qui réapprennent à vivre ensemble, à former un puzzle à plusieurs dimensions.

Aux sources de The Broken Orchestra, Pat Dooner et Carl Conway-Davis savent créer des mélodies singulières et faire appel à des individus, des artistes doués, qui partagent une vision différente du monde, un univers métissé où les barrières sont balayées d’un revers de la main, d’une note, d’un souffle courageux.

Justement, c’est cela Shibui, un album chez Phonosaurus Records, qui sortira le 23 octobre prochain. Shibui, c’est 10 titres et tellement plus encore.

C’est une note, des sensations et une beauté subtile, discrète et délicate, mais un effet efficace, irrésistible et irréversible. Le cœur palpitant de l’album, ce sont les mélodies incarnées par des voix qui sont les faces singulières d’un duo de producteurs. Six femmes, six styles qui habitent l’album et colorent les mélodies d’une présence radieuse et de caractère, apportant leur identité et la coulant en une fusion dans les mélodies.

Ces six femmes aux styles différents, rendent l’album un et complexe. Natalie Gardiner qui commence, est une chanteuse à la voix douce, qui jamais ne l’élève, mais pourtant capte l’attention sans effort avec des berceuses contemporaines. Over & Over est une soul douce et langoureuse où quelques accords de jazz l’étreignent.

Le dépouillé est voulu, dans les voix comme dans les orchestrations. Subtile équilibre séduisant et lancinant.

C’est aussi Lady Paradox qui brasse hip hop et jazz, avec son flow délicat ponctué par son accent anglais acéré et acerbe, amenant une dose de sucré-salé. Elle pose son flow sur Reach The Stars, entre en scène, fébrile. Son trip hop est une musique où les instruments et les beats font corps avec elle. La douceur de la mélodie fait écho avec sa voix tantôt douce et son rythme subjugue les instruments et les dompte.

C’est ensuite Inyang Bassey, voix intemporelle incarnant l’émotion brute et puissante. Elle se révèle capable d’être tour à tour douce, amère, sauvage, elle qui posait sa voix sur le titre de Moby, The Right Thing. Sur Take Back The Day, comme Lost & Found, elle continue dans une délicate texture où mélodies et voix féminine enclenchent une alchimie délicieuse.

Loin du chaos, ces mélodies vous offrent une douce protection, un ailleurs singulier, vaporeux et nuageux qui vous emporte.

Puis, l’étincelle sucrée dissidente dans les tons comme dans les teintes qu’elle propose, c’est Lauren Jade, empruntant à la fois à la soul, au jazz et au folk. Elle qui crée une ambiance embrumée, brumeuse, aux failles certaines et séduisantes. Sur In the Same Way, les percussions et les beats résonnent comme des tintillements. Le temps n’a pas de prise, sa voix grave est envoûtante et crée une dissonances avec les instruments plus doux.

Quant à Anne Stott, c’est la douceur suave, grave par moment comme sur Closer ou plus mélancolique teintée d’une certaine nostalgie toute jazzy, où le groove aérien vous enivre comme sur To A Place.

Enfin Belle, une voix puissamment soul, faussement fragile, sur Fine Balance, oscille entre la douceur et le coupant, le rythme au poing.

Shibui commence avec une introduction toute instrumentale, aux douces mélodies, qui résonnent comme une porte d’entrée dans le singulier.
Ici, le mélange est une tentation, une voie devant laquelle on ne peut que s’incliner. Il se clôt comme il débute, sans voix, juste en envolées de notes dépouillées, mais intenses.

Entre, les voix féminines bercent Shibui d’un doux équilibre, lui donnant un écrin délicieusement profond. The Broken Orchestra nous offre un beau moment, une parenthèse enchanteresse. A la fin, rêveur, on se demande si ce n’était pas la réalité, tant elle est entêtante, encore présente, et si belle que l’on peine à la quitter.

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