Close
The Tallest Man on Earth : There’s No Leaving Now

The Tallest Man on Earth : There’s No Leaving Now

Derrière The Tallest Man on Earth se cache Kristian Matsson auteur-compositeur suédois de talent. Dylan des temps modernes avec un soupçon de Don McLean, il est une sorte de troubadour contemporain, marqué par la vulnérabilité assumée de l’homme qui transparaît dans ses chansons. A la frontière du folk américain, le grand, le bon, Kristian vous emmène dans son univers boisé où le silence et le calme font équipe avec la tempête. Ballades à couper le souffle, paroles qui vous déchirent le coeur, les titres qui composent l’opus, There’s No Leaving Now, le troisième, sont beaux, dans la simplicité ardente, rendue brûlante par la voix chaude et vagabonde de Matsson.

Ici pas d’épique, juste des notes, belles et justes à se damner. Sous la simplicité et le dépouillement se cache des nuages sombres et épais, des félures à vif. Ce sont des obscurités jouissives exploitées avec une certaine inquiétude mais qui sous la plume de Kristian Matsson deviennent de belles petites choses.

Pleine incursion dans son univers, randonnée en chansons, l’orchestration est intimiste. Ici tambours, batterie, guitares et pianos se mêlent aux mélodies pour en faire des notes éternelles, des blessures figées. Méditatif et introspectif, une couleur domine, celle des sentiments et une mélancolie à la limite du bluesy et délicatement folk habite les sons et les imprègne. Sa voix altérée vous promène dans des songes.

Blessé, Matsson n’est jamais sinistre. Il se tient à l’orée de sentiments tristes, en finesse et tout en retenue, un pied dans le vide et les yeux tournés vers la nature omniprésente et puissante. Fracturé, toujours inspiré, l’homme dompte les notes et sait permettre des envolés, bel oiseau de passage dans les fjords nordiques. Cultivant les sons fragiles, il aime sentir qu’ils peuvent s’effondrer tout comme les sentiments. Sentinelle des chemins de montagnes abruptes, il aime à marcher proche du gouffre, le vide le séduit. En découle, une fragilité, un équilibre instable et incertain, tout au fil de l’opus.

There’s No Leaving Now, c’est une voix dans la nuance qui répond aux guitares, tantôt douces, tantôt plus énervées. Dix pistes, dix contes qui ressemblent à ceux d’Andersen, lumineusement sombres. Ses notes frisent l’extase tout en retenue et en finesse. Ses paroles frôlent souvent l’abstrait comme si on se rapprochait trop de l’essence même de l’artiste, de l’homme surtout. L’abstraction ainsi retenue permet alors la distance et installe la poésie au coeur de l’opus.

Plus soucieux d’évoquer des sentiments douloureux, il est poignant et juste à la fois. De sa terre natale, la Suède, on sent la rudesse du climat et les paysages majestueux, presque désertiques où la nature a tous les droits et où l’homme paraît simplement ridicule. Mais sa musique sonne comme celle du sud des Etats-Unis courtisant quelquefois le blues et les débuts du folk. Intimiste, seul la batterie, timide, vient vous sauver, vous faire sursauter sur certains titres.

Histoire et lambeaux d’existence, contes cruels, vissicitudes, Matsson les explore pour en donner le meilleur : le fil de la vie, et le met hors du temps, ni présent, ni passé. Sa voix rauque se cambre, ardente et sauvage.

« To just Grow Away » entame l’opus. Woody Guthrie habite Matsson, sa voix crépite, accompagné d’un petit son « made in home », qui respire la nature et également la tristesse dissimulée sous un coin de la guitare.

« Revelation Blues » enchaîne, plus rapide. Des guitares douces habillent le morceau, folk nature, des promesses non tenues en objet.

« Leading Me Now »  vous trotte dans la tête, refrains de guitare entêtants. Matsson vous montre la voie, sentiments à fleur de peau, il raconte une histoire et des échecs.

« 1904 »  est une ballade avec des guitares multiples, nostalgie envoûtante, une mélodie efficace, où la mort est abordée.

« Bright Lanterns » est, quant à elle, une mélodie haletante, touchante, sur l’indifférence de la nature, véritable cri de colère qui lui va bien et qu’il sait si bien transmettre aux travers de ses sons et de sa voix lumineuse.

« There’ No Leaving Now », accompagné d’un piano, Matsson est presque a capella, tellement son jeu est feutré. Il illumine la mélodie, chaleureuse même si le coeur se voile, chanson de larmes, chanson où l’âme profonde se dévoile, seule.
[soundcloud url= »http://api.soundcloud.com/tracks/50139185″ params= »show_comments=false&auto_play=false&color=ff7700″ width= »100% » height= »81″ iframe= »false » /]

« Wind and Walls » est plus dynamique, les guitares accélèrent et pourtant une douce torpeur vous envahit comme si vous aviez trouvé votre foyer, après de longues pérégrinations… Malgré les rêves étouffés qu’il aborde avec désinvolture et brio.

Si Little Brother est un joyau pur, la voix de Matsson porte, ses paroles assassinent sa souffrance, profondément.« Criminals » est simple, presque traditionnelle et permet de reprendre son souffle.

Enfin, « On Every Page » vous touche en plein coeur et vous coule. Sa voix cassée est toute en force sur les paroles et les mélodies, vague calme et sereine mais déchirante… Il clot l’album dans les sentiments pleins, profonds. Frontalement, il vous force à regarder la souffrance, vous hante avec sa mélodie et sa vulnérabilité explore les sentiments noirs.

Un bien belle tranche de vie, un bien beau morceau de mélancolie révoltée, de souffrances insufflées dans des mélodies ravageuses. L’homme est touchant, sa musique transperce l’âme.

Voici l’album en écoute intégrale :

[soundcloud url= »http://api.soundcloud.com/playlists/2113557″ params= »auto_play=false&show_artwork=true&color=ff7700″ width= »100% » height= »450″ iframe= »true » /]

 

Il sera en tournée :

03-07 Londres, Angleterre – Hackney Empire

04-07 Amsterdam, Pays-Bas – Paradiso

06-07 Berlin, Allemagne – Lido

29-07 Newport, RI – Newport Folk Festival

17-08 Hasselt, Belgique – Pukkelpopp

Et le 02-11 à Paris, au Pitchfork Music Festival et ça tombe bien l’homme est réputé pour être encore plus talentueux sur scène.

Close