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Wise Blood : Id : melodies de pop enchanteresse

Derrière Wise Blood se cache Chris Laughman, un producteur singulier et un chanteur mélancolique. Originaire de Pittsburgh, l’homme avait déjà sorti un EP These Wings en 2011, enchaînant une pop troublée à des rythmes R&B aériens.

Revenu aux harmonies, son album Id, produit par Nicolas Vernhes (Dirty Projectors, Animal Collective) sortira le 25 juin via Dovecote Records. Avant sa sortie, Id est en libre circulation et en écoute intégrale, ici même.

Id est comme un manifeste pop, une renaissance de mélodies singulières, 12 pérégrinations en terres inconnues, à l’horizon incertain, à la beauté aux mille visages.

La balade est entamée avec Alarm. Portée par une voix feutrée, la mélodie est un réveil suave avec des crépitements contenant une urgence brouillée sous les harmonies.
Mélange de douceur tortueuse, d’échos d’instruments, de respiration et de suffocation, elle est une explosion orgasmique, un souffle dynamique. Ping pong sonique aux vagues de pop fluide, la piste tutoie l’introspection épanouie à la lame de fond fugace.

Chez Wise Blood, les rêves semblent se fracasser sur sa voix troublante et sa musique ressemble à des incantations inconnues. Là, une mélodie vocale indélébile, une musique de noces sombres pour monde inachevé. Lui a l’étrange collé en lui, et la virtuosité infinie.

Wise Blood construit des toiles de fond à son âme, une esthétique sonore émotive, avec une impulsion fatale comme AM 1020 nageant en des couches harmoniques multiples. Vaporeuse, la pop est néanmoins tranchante, sa voix martelant des rêveries songeuses. Les rythmes sont enivrants, les mélodies lunatiques.

En chemin, comme dans Rat, il explore de ses raffinements une pop soul avec des chœurs entrelacés. Ici, des riffs de trompettes inattendues hantent la piste et donnent l’addiction vénéneuse. Avec des samples en manipulation, la voix de Chris Laughman combine éléments rock, gospel, R&B dans une union du sensible et de l’émotion. Avec une pointe d’humour particulier, ses harmonies invincibles sont des mélodies fragiles et émouvantes.

Changeant de sens, évoluant dans des dimensions non routinières, Wise Blood démonte les ressorts habituels de la pop. Routine Reality est comme mécanique. Le désir ici se déchiquète, le puzzle décousu se fond dans une construction nouvelle…. Brume pénétrante dansant sur les failles mélodiques.

Puis, AMC Loews Waterfront 22 enchaîne avec des samples brouillés, des refrains coup de poing feutrés, et un flow singulier, à la limite du chant, perce. Voie hors champ, chemins de traverse aux sonneries versatiles qui happent comme une métaphore du monde saturé qui nous entoure, mouvement lent emportant sur son passage les âmes écorchées. Avec son va-et-vient habile, Wise Blood est dévastateur dans ses poèmes à la justesse actuelle.

Target reprend le fil du récit en une claque fouettant comme une respiration douce. La cadence sous-jacente bouscule et fait bouger sur une pop subtile aux tempos multiples. Wise Blood explore les sentiers bordés de saxophones et de samples aguicheurs, sous une nonchalance addictive.

Son chemin est sinueux, bercé par des mélodies différentes, un tempo jazzy sous les rythmes électro, en tout instrumental comme sur 8 P.M – 10 P.M. Il y resserre l’étau, démêlant les fils du temps en ancrant la mélodie dans une plage horaire qui se transforme et mute, créant des images et des sensations connues de tous comme la course folle du temps.

Spider Web, qui suit, est un labyrinthe tout en échos et en rythmes entremêlés d’un compteur minuteur, d’un bruit de moteur, de touches d’instru jazzy et d’une voix fluide qui sert de guide dans ce bric-à-brac qui colle à la peau, au refrain répétitif, courbe d’un temps qui se mord la queue.

Soudain, il repique dans l’instrumental entêtant avec 11 P.M. – 1 A.M, schizophrénique mélodie qui tape et se perd en mouvements infinis. Quand Universe is blessed, approche, plus torturé, l’air manque en apesanteur. Curiosité des sens, expérimentations de pop sauvage.

Loin du lisse, Wise Blood installe ses mélodies multi-couches qui glissent, passent, se chevauchent en sens contradictoires. Lui dompte les cadences, les agence en tableaux abstraits à la manière d’un Dali ou de Soulages. Il ne se perd jamais dans ce sens du rythme hypnotique qui fait de lui un artiste singulier à l’étrangeté éblouissante.

Chez lui, le mouvement et le temps sont travaillés jusqu’à l’extrême, jusqu’à la confusion des sens, jusqu’à construire de nouveaux repères face à un monde mouvant, chaotique.

Quelquefois, il fournit des respirations refuges comme sur 0.01$. La mélodie douce garde alors une agitation délicate aux sons des insectes et des synthés. Piste de délicatesse pop expérimentale qui apaise et fournit une parenthèse enchanteresse.

Malgré les souffles plurielles, Wise Blood est consumé par ses désirs. Ses mélodies brouillent les axes, codent les mouvements et les intensifient. Consumed, la dernière des pistes est un chapitre troublé qui perturbe et rend confus. En fond, un gospel se mêle à sa voix comme un chœur altéré, image de la vie.

Des bruits poussant les mélodies, des chansons sauvages et algorithmiques, Chris Laufman reconstruit une pop particulière. Wise Blood est une tempête de mélodies compressées et libres.

Ses harmonies tortueuses créent des interférences rebelles au monde contemporain et glissent un poème, au psychédélisme ravageur. Id semble dire que « Le présent est aride et trouble et que l’avenir caché, reste à déchiffrer »

 

Wise Blood : Id : mélodies de pop enchanteresse

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