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Young Fathers – Dead (Ecoute Intégrale)

Il est des musiques lumineusement sombres qui vous accrochent instinctivement, avec un souffle singulier, de leurs harmonies piquantes. Celle de Young Fathers en fait intensément partie.

Ce trio d’Edenbourg, formé de Kayus Bankole, Graham Hastings, Alloysious Massaquoi, s’apprête à sortir son premier album Dead chez Anticon / Big Dada et déjà, leurs harmonies, en écoute intégrale, transcendent.

Dead, ce sont 11 titres qui bousculent, agrippent et interpellent dès le premier No way, entrée majestueuse dans leurs contrées atypiques.

Là, les transes ombragées de rythmes rampants se succèdent, leurs voix raclant les désillusions pour les rendre belles comme sur Low, petite piste mutant en un lancinant hip hop mouillé d’autres harmonies, parfois minimalistes, souvent brouillées d’incandescentes furtives mais profondes.

Pendant que les « Genres » occupent les tribunes des journaux, eux les taclent. Transgenres, ils bafouent les frontières, mixant du hip hop à de la pop alternative dans un R&B psychédélique jusqu’à sur certains titres en faire une volcanique mélodie.

Des distorsions de synthés, des échos de tribus singulières, Young Fathers semble s’y distinguer comme une avant-garde, entremêlant des traditions ancestrales à un futurisme sublime. Les percussions y sont distillés, sous le rap irisé des Young Fathers comme sur Just Another Bullet.

Guerrier poétique, un peu à la Wu Lyf, un peu BRNS, comme sur le très beau transperçant War oscillant entre rage et caresse sauvage, réchauffée des chœurs échos de l’âme. A l’écoute de leur opus, il nous réconcilie avec le genre humain, pluriel, dans sa belle singularité.

D’harmonies en distorsions, de souplesse en brutalité, de rap âpre en gospel doux, Young Fathers est un trio qui couche sur le flanc de plusieurs manières, touchant différentes parcelles des identités, parlant à vos envies contradictoires.

Appelant à un réveil, sous leurs mélodies à l’urgence irrévérencieuse, bruitées des rêves contemporains comme Get Up, ils attaquent frontalement comme sur Dip, intense et infini. Chant contemporain croisant l’intemporalité, tissant sa propre flèche du temps, leurs enlacements de mélodies percutent.

Le cœur battant traverse des humeurs contraires, des horizons masqués comme sur Paying. Les couches et les teintes s’entremêlent, fusionnant en des clairs-obscurs obsédants comme sur MMMMH MMMH, sorte de ténébreuse poésie.

Alors Hangman flotte dans une torpeur qui se fait récit, ouvrant sur une progression planante, explosant en différents segments qui s’y renouvellent. L’intensité du message ne s’y perd jamais, les tambours encadrant l’obscurité des mélodies, la douceur y transperce telle une flèche, avec des notes en archanges sombres.

Comme il a commencé, Dead résonne des chants entêtants, guérilla poétique d’un nouveau genre, glissant sur fond d’embrouillant hip hop, offrant un trip hop extatique, sauvagement beau.

Young Fathers, ce trio d’écossais mystique, semble illustrer cette pensée de Francis Bacon, « la conversation n’est qu’un bruit de cymbale », allumant le bûché de la violence du monde en une étreinte ou une lutte. Ils seront le 15 février prochain au Point Ephémère.

L’album est disponible en pré-commande ici.

Young Fathers -Dead

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