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Young Fathers @ Point Ephemère

Young Fathers @ Point Ephemère

Dead, leur premier album est à peine sorti il y a deux semaines chez Anticon / Big Dada, que déjà Young Fathers hypnotise également en live. Samedi 15 février, ils étaient sur la scène du Point Éphémère pour un concert indélébile.

Après une première partie alternative et crépitante de Law, voix grave sur ecchymoses lo-fi labyrinthiques, ces trois artistes d’Edinbourg ont les harmonies chaudes en offrandes et le rythme tempétueusement ténébreux en cadeau.

Soul expérimentale, R&B tribale, hip hop alternatif, trip hop alambiquée, tout chez Young Fathers est somptueux et addictif. Sans répit, leurs voix et leurs identités plurielles se combinent pour livrer une musique des tripes, des échos suaves en sus et de la créativité en ponctuations infini.

Pendant 45 minutes, ils ont mélangés leur puissance douce à leur percussions enragées, à l’écho de leurs âmes teintés d’espoirs suaves. Trio qui semble se mouvoir comme un corps entier, leurs trois cœurs battant à l’unisson, ils livrent de leurs cadences magnétiques une réflexion sur l’existence. Tempérant leurs passions, toisant les habitudes, ils partagent avec Wu Lyf et BRNS, cette même rage dans les harmonies, cette même présence bestiale, hautement poétique.

De multiples lectures de leur musique sont alors possibles, de nombreuses émotions se bousculent à l’écoute de leurs harmonies incandescentes et uniques. Charismatiques, les Young Fathers sur scène sont une énergie qui bouscule, une poésie intense qui chavire et qui se fait murmure de l’âme ou clameurs des profondeurs de l’être. L’expérimentation en boucles, ils explorent les tréfonds de l’esprit et en font des pistes étoilés à l’horizon infini.

Young Fathers sur scène ressemble à s’y méprendre à une métamorphose continue, prenant possession des esprits et de vos corps. Ils vous rappellent à quel point vous êtes vivants et vous font vous souvenir des ravages des désirs. La lutte s’y fait douce, les sentiments brouillés et les rythmes paradoxaux. La tension en orgie harmonique, la radicalité en douceur, ils rendent l’altérité belle.

Mystiques et animales, ils proposent un voyage pour éprouver la réalité d’une différence, d’une diversité de l’humanité et du monde. Alors le choc esthétique retentit, fragments de vie déclinés en mélodies qui happent.

L’émulation en triangle, le cœur en trois, ils militent pour des cadences magnétiques. Guerriers des émotions, griots des temps passés, leur approche est unique, leurs balancements hypnotiques. Young Fathers a conquis à voix nus, samedi soir, le point Éphémère et ce n’est qu’un début. Férocité douce et harmonies brutalement hypnotiques, YF sont les derniers Mohicans d’une tribu qui nous ressemble tous.

Avec eux, la phrase de Baudelaire prend tout son sens « Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux, – Qui réfléchiront leurs doubles lumières – Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux ».

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