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Allen Poe – How Gardens Grow (Mixtape)

Allen Poe – How Gardens Grow (Mixtape)

Il fallait ne pas avoir froid aux yeux pour choisir Allen Poe comme nom de scène. Un peu comme si un rappeur français décidait de se nommer V.Hugo. On imagine aisément la levée de bouclier de la part de l’établishment littéraire scandalisé.

Loin de ces considérations, Allen Poe est un artiste venu tout droit de Versailles dans le Kentucky. Depuis quelques temps, son nom apparait fréquemment sur le circuit ultra concurrentiel des mixtapes US. Sa musique et son univers décalés nourrissent ce début de réputation grandissante.

Le choix des mots étant important, on évitera soigneusement de qualifier Allen Poe de  » rappeur « . Il n’entre pas vraiment dans cette catégorie. Du moins pas si l’on se contente d’appliquer les critères de jugements habituels qu’on applique aux MCs.

Allen se moque de la notion de performance et du flow. Les punchlines clinquantes ne l’attirent pas davantage. Ce qui l’intéresse, c’est promener son flow nonchalant sur des beats boom bap mélancoliques à souhait. On peut d’ailleurs lui reconnaitre un talent certain dans l’art de choisir ses productions et ses producteurs.

Le son de How Gardens Grow est l’oeuvre de multiples petites mains. Des beatmakers talentueux comme les espagnols de Cookin Soul (Don’t Delay) ou le voisin de Kentucky Nemo Achida (Lookin Fur Somethin).

Malgré le nombre de producteurs, le son de cet album est assez homogène. Il consiste en un Boom Bap délicat, plus propice à l’introspection qu’aux contractions de cervicale.

How gardens Grow est bourré de samples jazzy et de scratchs délicieux comme sur Sundazed. Une production brillante comme on en trouve peu à ce niveau. Les exemples pourraient se multiplier tant l’exigence au niveau des productions est constante. On citera ainsi Want You Sometimes et le très bon travail de Lushlife sur ce beat « chill » à souhait.

La musique est donc excellente sur How Gardens Grow. Mais si la musique est de qualité, il convient de noter la performance d’Allen Poe. Ne rappant jamais franchement, abordant des thématiques aux limites du rap.

Allen est l’archétype du presque rappeur qui adore le HipHop. Il y a ces références aux classiques (Street Dreams de Nas sur Lookin Fur Somethin) et des déclarations d’amour à un art qui a bercé sa jeunesse (Shrines From Dust). Il y a surtout cette introspection permanente qui nous fait penser au Brad Hammers de la belle époque. Allen Poe est certes moins torturé et moins sombre mais il met en place un univers particulier qui donne envie de le suivre. Au moins par curiosité.

Allen Poe - How Gardens Grow

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