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Bigg Jus : Machines That Make Civilization Fun

Bigg Jus n’est pas un inconnu, loin de là. Il est comme EL-P, un ex membre de Company Flow, un collectif fondé dans les années 90, à l’origine d’un hip hop militant et underground. Il sort, après sept ans de silence (Poor People’s Day, denier album de 2005), son nouvel album Machines That Make Civilization Fun. Derrière ce titre intriguant, se cache un hip hop mouvant, dans la droite lignée de EL-P, avec peut-être la poésie en moins. Bigg Jus milite pour un hip hop créatif et mutant où les textures synthétiques sont en force et où les rythmes saccadés sont violents et en nombre illimité, ce qui rend l’atmosphère bouillante, à la limite de l’overdose. Vous l’aurez compris, il ne s’est pas du tout assagi et en est même très loin. A la frontière de l’électro la plus indisciplinée, ses compositions, à la limite du dérangeant pour certaines d’entre elles, ne laissent pas indifférents et c’est un euphémisme que de dire cela. Mélodique d’un certain côté, cette jungle peut être explorée, mais reste vierge et excitante.

Bigg Jus, c’est avant tout une machine de guerre qui prône l’anarchie ou la révolution lorsque le monde lui semble au bord du chaos et qui s’applique à parler de tout : religion, économie, réseaux sociaux, jeux vidéos où même politique étrangère, toujours en mode révolte et de désespoir profond. Il s’élève par exemple contre la politique monétaire, les relations internationales en anticonformiste et novateur reconnu. Le besoin d’innover au niveau des sons est tel qu’il l’allie à la volonté de réveiller les consciences. Complexe et nébuleux, l’opus est quelquefois insaisissable.

En effet, il faut sans doute plus de deux écoutes pour réussir à contempler l’opus et sans doute plus pour y trouver une seule lueur d’espoir. Là où El-P, son ex compère trouve de la mélodie et une poésie toute contemporaine dans l’Amérique actuelle, Bigg Jus n’y réussit pas et ce n’est d’ailleurs peut-être pas son intention. Dans le noir et profondément en colère, il semble avoir perdu tout contrôle comme sur « Game Boy Predator« , énumérant les titres de jeux vidéo sur un beat sonnant résolument vidéo. Il explore un monde apocalyptique ou post apocalyptique et si sur certaines pistes plus complexes, on décrypte mal le message, il en va ainsi sur « Empire is a Bitch« , « Polymathmatics« , « Machines That make Civilization Fun« , ou « Hard Times for New Lovers« , elles ne sont pas pour autant mauvaises, les beats sont puissants, la machine foudroyante.

Le rythme est, tout au long de l’opus, intense, les samples innombrables comme dans « Black Roses« , moment intense de perdition. Massifs et denses, les beats s’emballent pour mieux rendre l’ambiance oppressante, si ce n’est angoissante comme dans « Samson Op-Ed« , petite pépite du genre. En guerre, il l’est clairement comme sur « Advanced Lightbody Activation » ou « Food For Tought« . Un flow soutenu, véritable arme de poing, il convainc ou, tout au moins, semble convaincu à la manière d’un prêcheur contemporain. La révolte gronde à chacun de ses titres et il est clairement dans la radicalité extrême, sa musique comme ses paroles empruntant ce chemin. Accusateur, novateur et hors du conformisme ambiant, il montre une voie possible toute radicale et sans concessions, à vous de voir si vous souhaitez la suivre ou juste savoir si elle existe, histoire de vous rassurer.
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Soyez prêts pour la révolution qui s’annonce, musicale cette fois.

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