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Finn LeMarinel : Violence

Finn LeMarinel est un être singulier bercé par des rythmes entêtants et personnels, des murmures et des bourdonnements qu’il fait siens. Loin de Trapped In Kansas, son groupe, il vient de sortir son premier projet solo Violence chez Ubisano Records, 12 titres autour de la violence, jeu de miroirs intimistes où coulent les espoirs et les turpitudes de la vie.

Créatif au plus haut point, sa musique résonne aux cadences de sa guitare, tantôt douce ou acide, mais éternel compagnon de Finn sur lequel il s’épanche et communie. Troubadour du macabre qu’il transforme en notes délicates et intenses, il mélange les styles sans peur, faisant des harmonies délicates qui sont portées par sa voix intense.

Ses cordes ont un éclat précieux tout comme sa voix, voilée et légèrement vaporeuse, ambrée pourrait-on dire. Lui analyse minutieusement les sentiments, sans un hurlement, sans fausses notes, seulement par à-coups mélancoliques, les cordes éphémères étant le témoin d’une sourde douleur. Les fissures sont là, bien présentes, le douloureusement capiteux s’y repend, sombre comme les thèmes qu’ils traitent. Pourtant de tout cela, un trait de lumière doux et clair pénètre et perturbe l’ensemble.

Ici, l’homme, un animal de plus, est décortiqué sous l’angle des pulsions de violence et de rage qui sont contenus dans son être et que Finn ne cesse de fouiller et de mettre en mélodies.

Des échos subtils, des changements de tempos, mais toujours hypnotiques et inclassables, il vogue sur ses créations, avec des coups de pinceau dans ses paroles énigmatiques et poétiques. Nul doute que cet artiste là est un petite merveille, joyeusement inquiétant, tendrement taciturne, étrangement parlant.

Ses notes sont des envolées comme des aveux issues d’un cahier écorné, des touches lumineuses à un puzzle inconnu, pourtant allégorie de la vie. Sa musique détermine un espace remué que tentent de structurer les lignes de forces de sa guitare. Ailleurs, ce sont des jeux de constructions sonores douces qui s’opposent à l’agitation et à la projection de sa voix et de sa parole.

Quelquefois même, les mélodies explorent le désaccordé, l’infini avec un côté chaotique affirmé comme Places Known qui en devient presque étrangement mousseux.

De sa guitare, il tire ce qu’il veut, comme dans Wrung, frénétique à souhait, les notes sont un tumulte, sa voix un plaisir furtif, une agonie douce qui balance et plonge dans des méandres inconnus.

Au détour des mélodies, il insuffle le silence allié aux notes pour reprendre sa respiration, comme dans Sown.

Plus loin, il décroche les étoiles au son de confessions en demie-teinte dans d’étranges dédales labyrinthiques comme dans Know Voices.

Quant à Is This All they Are et The Mayor ou Winter, elles sont intensément habitées par des échos et la guitare qu’il caresse ou tape frénétiquement pour obtenir un tempo boisé.

Enfin quand déboule Noone, une ballade douce, le soupir est sans issue, sans brutalité. Violence est éclaté, il est plusieurs. Par des paysages sonores où la spirale, la difficile respiration, la confession deviennent belles, ici le viscéral a trouvé ses lettres de noblesses, et est un équilibre doux, un souffle vertigineux, un flou qui soutient l’album délicieusement furieux, un cri humain fameux.

Finn LeMarinel, c’est la déchirure humaine en mélodie. Pour lui, on pourrait appliquer la phrase de Luigi Ficacci au sujet de l’œuvre de Bacon : « A partir de son œuvre, l’homme contemporain se trouve brusquement capable de connaître ce mélange de violence, d’angoisse, de peur du sacré, de désir, de désespoir, de déchéance, de recherche de l’amour, d’abjection animale présent en lui, cette manière devenant nécessairement constitutive de la beauté.»

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