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La PreskITW – Andrea

Andrea, nous l’avons découvert un petit matin avec Your Morning, extrait de son EP Cruising, petit délice de musique électro aux horizons multiples. Ses mélodies enivrantes bercent les espoirs de tempos crépitants et les attisent avec des harmonies douces, rythmées par des beats subtils.

Après son One Sample One day, nous l’avons rencontré en pleine préparation de son album, pour en savoir un peu plus sur cet artiste hybride à la musique séduisante dont la dernière piste, Over, colore le monde de teintes organiquement sombres et irisées.

Pause Musicale : Andrea, quel est ton parcours musical ?
Andrea : J’ai commencé la musique, quand j’avais 5 ans avec le piano. Au début, ce sont un peu mes parents qui m’y ont forcé, puis j’ai enchaîné sur la batterie à 7 ans. Je me suis très vite intéressé à la prod, car comme de nombreux musiciens, j’ai eu des groupes quand j’étais ado et personne n’étant très sérieux, les répétitions étaient dures à mettre en place.

Je me suis donc rendu compte que c’était assez difficile d’assurer un truc à plusieurs et je me suis dit que la prod, c’était un bon moyen de faire de la musique tout seul dans son coin. J’ai donc commencé il y a 5 ans à faire de la production et ça fait 1 ans et demi que j’ai lancé mon projet actuel.

3 Eps sont sortis, quelles sont les évolutions et quelles différences entre tes différents projets ?
Pour moi, ça marche à la découverte. C’est à dire que l’EP Bedtime Stories, c’est à un moment où il y a eu tous les mecs comme Fantastic Mr Fox qui sont sorti du lot et il y avait des textures et des rythmiques que je trouvais très intéressantes. J’ai donc essayé de les appliquer à mon son, sans trop changer ce que je faisais.

Quand à Cruising, l’EP qui est sorti plus récemment, c’est un peu l’EP de la galère, celui qui devait sortir sur mon label Moose en vinyle à la base, et en fait, ça a pris tellement de temps pour tout mettre en place, en terme de prod, j’ai passé 6 mois à les retravailler, à les tourner dans tous les sens et surtout pour réussir à enregistrer Rejjie Snow alors qu’il était aux États-Unis.

Je pense, à l’heure d’aujourd’hui, que ce sont les morceaux qui me ressemblent le plus, dans le sens ou il y a le plus de travail. Pour les prochains EP, cela va partir dans une autre direction encore, mais aujourd’hui, j’ai une texture qui fait que peu importe le style vers lequel je tendrais, on arrivera à reconnaitre que c’est moi qui l’ai fait.

Pour One sample, One Day, je créais quasiment un morceaux tous les jours et je trouvais ça intéressant d’installer une certaine rigueur dans la création.

Ton projet One sample One day est intéressant, un sample par jour, pendant 30 jours. Pourquoi ce projet ?
Cela faisait quelques mois que j’avais arrêté le taf pour faire de la musique à plein temps et quand j’ai fini mon EP, je me suis mis à bosser sur un album avec pleins d’artistes de différents horizons qui bossent avec moi, et cela prend beaucoup de temps. Cela fait déjà plus de 5 mois et cela devenait vraiment frustrant de faire de la musique, de bosser tous les jours pour des trucs qui vont sortir plus tard.

J’avais donc besoin de faire quelque chose qui avait une signification sur le moment. J’avais envie de montrer aux gens ce que je faisais. Pour One sample, One Day, je créais quasiment un morceaux tous les jours et je trouvais ça intéressant d’installer une certaine rigueur dans la création. Dans le sens où il y avait un système de dead line qui me poussait à faire des morceaux vraiment construits, au lieu de faire une démo. Je trouvais également ça très intéressant que les gens me proposent des choses à sampler et de leur donner un rôle à jouer dans ce que je faisais.

Pour ce projet, il y a de nombreux sons appartenant à des horizons différents et pluriels, quelles sont tes principales inspirations ?

L’avantage que l’on a aujourd’hui, c’est que l’on est tous parti du principe que l’on faisait de la musique pour s’amuser et que ce n’était pas un business.

Je pense que c’est aussi compliqué et large à définir que le panel de sons que les gens me proposaient. Même si c’était leurs propositions, je samplais des choses dans lesquelles j’avais une certaine sensibilité.

Depuis le départ, j’ai de nombreuses influences. Mes parents m’ont éduqués avec Portishead, Massiv Attack et beaucoup de rock aussi. J’écoutais beaucoup de métal à un moment donné, puis du hip hop comme du R&B. Même si je suis un très mauvais critique musical, ayant la critique assez facile, je pense qu’il y a du bon dans tout. Peu importe le style, peu importe le morceau, il y a toujours un truc à garder, à sauvegarder. Je trouvais également que ça aurait eu moins d’intérêt de faire 30 morceaux dans un même style, comme 30 samples de R&b ou autres.

Comment définirais-tu ton style, il me semble que ta signature est très organique, très électro ?
Organique, effectivement, c’est un peu le mot qui m’a été donné quand j’ai commencé à sortir des sons. En fait, j’ai bossé chez Warner pendant un certain temps, je faisais des morceaux pour d’autres artistes, et c’était l’époque Ed Banger, Justice. La ligne artistique que l’on m’avait donné était de faire de l’électro rock et j’étais frustré assez rapidement de faire de la musique sur ordinateurs mais également de faire de la musique d’ordinateur seulement.

Pour moi, ça manquait souvent de vie, c’était se confiner à quelque chose d’un peu stérile. Il n’y avait pas cette espèce de mouvance aérienne, la possibilité de rajouter une guitare pour donner une autre atmosphère. Du coup, naturellement, j’ai toujours enregistré des bouts de sons dans la rue, des trucs que j’entends dans mon appart et j’ai rajouter tout cela dans les morceaux pour donner un espèce de vie à ma musique.

Quel est ta tribu musicale, celle de Flume, de Giraffage ?

L’avantage que l’on a aujourd’hui, c’est que l’on est tous parti du principe que l’on faisait de la musique pour s’amuser et que ce n’était pas un business. On veut contrer cette vision des choses, donc on est tous devenus potes les uns avec les autres, que ce soient Marcel, Giraffage, Bondax, Kharma Kid, Flume ou Schlomo, même si certains ont des genres de musique plus éloignés d’autres pour certains.

Il n’y a pas de tribu réellement mais des liens d’amitiés, c’est notre genre de musique plutôt qui est une tribu. Tous les artistes qui viennent d’Internet, qui s’en sortent grâce Internet, qui se sont connus par internet comme Dream Koala ou moi, il y a une cohésion très agréable entre nous et la possibilité d’avoir des avis de potes qui viennent de partout.

Tu as fait la première partie de Flume à la Gaité lyrique, comment cela s’est passé ?
C’était plutôt marrant. C’était vraiment très cool, même si ça ne change pas une carrière radicalement, pour l’ego c’était impressionnant de réussir cela. C’était dans une salle moins grande que la Machine du Moulin rouge où on avait joué avec Dream Koala et Bondax, mais la Gaité Lyrique est superbe. C’est une des salles les plus impressionnantes de Paris, dans le sens où il y a une structure, un son proche de la perfection.

De plus, l’avantage de faire la première partie de Flume, c’est qu’il y avait des gens qui venaient de partout de la France exprès pour le voir.  Je me suis donc attaqué à un public qui ne me connaissait pas ou presque pas, alors que d’habitude quand je joue à Paris, il y a toujours des gens qui me connaissent car ça fait un moment que je fais des dates. Convaincre un public qui ne te connait pas, c’est vraiment excellent, comme de pouvoir échanger avec eux après le concert.

Tu as fait des collaborations nombreuses, comment tu les as rencontrés ? Tous par internet ?
Effectivement, le plus souvent par Internet. Rejjie Snow, par exemple, c’est un coup de chance. Je ne le connaissais pas du tout. C’est un pote qui m’a envoyé un son à lui, Shrine Of Jehovah.

J’étais en train de préparer mon EP et je cherchais justement un rappeur pour l’un de mes titres. Mon pote lui parlait déjà et on a commencé comme cela. Il n’était pas aussi connu que cela à l’époque, et après 5 mois, on a finalement enregistré dans un studio. Là, il prépare son album et on bosse sur deux-trois morceaux ensemble et c’est une superbe rencontre.

Comment choisis-tu les remixes que tu vas faire comme The XX ou AlunaGeorges par exemple ?
The XX, j’avais entendu le morceau, il n’y avait aucun remix de prévu. The XX, j’ai toujours voulu les remixer car j’aime leur musique qui est tellement minimaliste et planante que tu peux y accoler ton univers au leur. J’ai bossé toute une nuit pour le sortir le matin. Si je le refaisais maintenant je ne ferais plus pareil, mais il a eu un écho énorme, se classant 4ème du top blog monde donc beaucoup de gens en ont parlé.

Quant à AlunaGeorge, cela vient d’une frustration. Il y a quatre ans, ils avaient mon ancien manager et j’ai toujours voulu faire un morceau avec eux mais ils ont explosés très vite donc cela ne s’est pas fait.

Je les ai remixé de la même manière que The XX, c’est à dire que j’ai bossé toute la nuit, je l’ai envoyé à leur manager et il y a eu un peu de diffusion de faite. Grâce à ce remix qu’ils ont aimés, ils m’ont invités à leur concert au Nouveau Casino et on s’est enfin rencontrés.

Généralement les remix, ce n’est pas vraiment réfléchi dans le sens où je ne me demande pas pendant des mois ce que je peux remixer. Je tombe sur un son qui me plaît et cela vient naturellement ensuite. C’est très amusant comme mon dernier, Mantra.

Tu écoutes quoi en ce moment ?
Je n’écoute pas de trucs récents car je trouve qu’il est difficile de digérer de la musique rapidement. J’évite donc pour ne pas me diluer car je suis en train de bosser sur mon album. J’ai des artistes fétiches comme Lapalux, qui pour moi est un dieu ultime de la prod, très impressionnant au niveau de la technique.
Je l’ai rencontré à la Bellevilloise quand il avait joué avec Dream Koala. Il a un niveau comme Flying Lotus, quand il te montre des choses, tu décolles de joie.

Je réécoute aussi Bon Iver en boucle, un des artistes les plus magnifiques je trouve, même si c’est très différent de ce que je fais. Avec une simple guitare et sa voix, il est capable de créer de la musique aux dimensions énormes. J’ai écouté James Blake aussi, notamment son dernier et c’est très bon.

En terme de collaboration, quelle est celle qui te fait rêver?
Il y a un morceau excellent, Fall Creek Boys Choir, avec Bon Iver et James Blake. Ce seraient donc eux, je les voudrais sur un morceaux à moi, ils ont tellement une voix unique et en prod, ce serait travailler avec Lapalux.

Ta musique est souvent planante. Dans ton album à venir, tu t’achemines vers un son plus violent?
Il y a un truc qui me dérange dans la musique violente, il y a des mecs comme Ta-ku qui le font parfaitement bien car il a un coté hip hop qui fait que tout va être mélodieux et que c’est top mais ce qui se fait dans mon style, c’est de la violence pour la violence et je ne trouve pas ça intéressant.

Je tend, je pense vers le son de mon remix de Stwo, mais c’est difficile de sortir un morceau calme puis un morceau violent. Mais, grâce à l’album, je vais réussir à créer une atmosphère globale où je vais pouvoir placer tout autant des sons super dansants et des sons plus violents, et plus clames, donc il y en aura. Ce sera très large, car il y a de nombreux artistes qui ne se seraient jamais rencontrés si ils n’étaient pas venu bosser sur mon album.

Tes projets dans l’immédiat ?
On a monté un label, Moose, avec Julia Losfelt et on a de nombreux projets à venir. D’ailleurs, on organise une soirée Jeudi 26 septembre au Social Club avec Breton, Tommy Jacob, Julia et moi. Puis, je dois également finir mon album et partir en tournée d’ici janvier prochain.

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