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Interview de Cheek Mountain Thief (Part. 1/2)

Dans cinq jours, sort le premier album solo de Mike Lindsay aka Cheek Moutain Thief, opus poétique à la force délicate et volcanique. Nous l’avons rencontrés à Paris pour vous.

Mike Lindsay a l’allure sympathique et simple, comme si vous l’aviez toujours connu. La discussion commence et doucement, l’homme à première vue timide est un passionné, un homme sans a priori. Parti de Londres pour enregistrer son premier album solo en Islande, Mike y a posé ses valises.

Pause Musicale : Vous avez fait cet album seul ?[pullquote]Pendant que leurs enfants jouent, les mères vous invitent pour vous montrer leur collection de disques…[/pullquote]

Cheek Moutain Thief : J’ai fait cet album seul. Je l’ai produit. J’ai fait ce projet de A à Z, en terme de production et de paroles. J’ai rencontré beaucoup de musiciens là-bas qui s’y sont investis. Une vraie tribu, environ 8 personnes qui jouent de la guitare, de la batterie et de la trompette. Peut-être en tout 15 personnes dont des adolescents, originaires de la petite ville de Husavik où je me suis installé.

Au départ, je n’avais aucune idée de ce que j’allais produire. Je voulais juste faire un album. Là-bas, il y a un bar ouvert tous les samedis pendant l’hiver. C’est un pub où toute la ville a l’habitude de se réunir. J’habitais à deux kilomètres de cet endroit donc j’y allais. Beaucoup d’adolescents y jouaient de la musique, une musique saturée, brute de sons, aux riffs de guitare. Les rencontres y étaient spontanées. Ce type de rencontre où les mères, pendant que leurs enfants jouent, vous invitent pour vous montrer leur collection de disques.

PM : Seul sur ce projet, mais êtes-vous toujours un membre de Tunng ?

CMT : Oui, nous travaillons même sur un nouvel album.

PM : Pourquoi alors avoir choisi de faire un album solo ?[pullquote]Je suis donc devenu un voleur de la montagne islandaise, un chapardeur d’inspiration.[/pullquote]

CMT : C’était juste le bon moment. On faisait un break avec Tunng. Certains du groupe allaient avoir des enfants, on venait de finir notre tournée et on savait qu’on allait faire un nouvel album tout prochainement avec Tunng.

J’étais aussi très inspiré par l’Islande car j’ai séjourné à Husavik quelques jours à ce moment-là. Et j’ai trouvé que c’était un lieu incroyable. C’était aussi un défi personnel, car je n’avais jamais travaillé seul. Je voulais faire quelque chose tout seul pour me prouver que j’en étais capable.

Sans penser au départ, aux aboutissements d’un tel projet, juste la volonté de faire de la musique, mais pas forcément un album abouti et destiné à être commercialisé. Mon premier but étant avant tout pour moi et pour me confronter à ma capacité à créer seul face à moi-même. Et ça a été un moment fabuleux.

PM : D’où vient le nom de Cheek Moutain Thief pour l’album ?

CMT : C’est un nom complétement descriptif pour l’ensemble de l’album. Ca vient du nom islandais des montagnes en face de la cabane dans laquelle j’ai vécu en Islande pendant deux mois. Ça décrit aussi ces magnifiques montagnes qui plongent dans la mer. « Thief » vient du fait que je suis allé en Islande sans idées préconçues, juste avec ma guitare, mon ordinateur portable, et que j’ai monté un studio. Je suis donc devenu un voleur de la montagne islandaise, un chapardeur d’inspiration.

Pour moi, ça représente bien l’ensemble du projet.

PM : Selon vous, quel esprit avez-vous voulu insuffler à votre album et à votre musique ?

CMT : Je pense que l’album est devenu quelque chose que je n’avais pas imaginé. L’album a l’esprit du voyage et de ma présence sur ces terres. Il a aussi l’esprit des gens de la communauté de Husavik. L’esprit de l’album c’est aussi l’histoire de sa création, mais aussi celle d’une romance.[pullquote]Je suis tombé amoureux d’une femme, mais également d’une terre[/pullquote]

Je suis tombé amoureux d’une femme, mais également d’une terre, d’une communauté entière, d’une nouvelle vie. Et là, ma musique représente tout cela.

PM : C’est aussi une musique qui est un hymne à la nature, non ? Inspirée par elle ?

CMT : Effectivement, c’est aussi un album très inspiré par la nature islandaise, les paysages, les instants féeriques. Lorsque vous écoutez cet album, je ne suis pas sûr que cela fasse penser instinctivement au Nord de l’Islande. Pour moi, la musique n’avait pas seulement pour but de décrire le paysage ou de faire « islandais ».

C’est surtout une musique de sentiments, de ressentis, je pense. C’est tout cela que j’ai fini par créer sans le vouloir, grâce aux rencontres. Mais la nature effectivement n’est pas absente de mon inspiration. Le titre du projet est tout entier dédié à la nature. On ne peut pas être indifférent à l’influence de la nature islandaise. C’est comme un pays des merveilles magique et préhistorique ; C’est complétement délirant. Il n’y pas d’arbres peu d’animaux, ça vous touche, ça vous prend aux tripes.

Dans les sonorités, il y a cette nature brute.

PM : Pourquoi avoir choisi l’Islande ?[pullquote]C’est devenu un véritable changement de vie[/pullquote]

CMT : J’y suis allé d’abord une semaine en 2006, pour la fin de l’année. Cette semaine a été extraordinaire. J’y ai rencontré quelqu’un qui m’a fait découvrir les lieux puis on ne s’est plus parlé pendant 4 ans et c’est là qu’on a été sur les routes avec Tunng. Finalement, j’y suis retourné une semaine à Husavik, en 2010, l’hiver. Il faisait très froid mais malgré cela, c’était absolument magnifique. Et j’ai trouvé que l’endroit était parfait pour faire de la musique. Je travaillais encore avec Tunng mais je me suis rendu compte que je voulais aussi faire quelque chose seul.

Et c’est devenu un véritable changement de vie.

PM : Vous êtes-vous inspiré de la littérature islandaise pour votre travail ?

CMT : Non, peu. J’ai simplement lu des sagas. L’une d’entre elles traitait surtout du côté matriarcal de la société islandaise.

Les femmes y ont beaucoup de pouvoir et l’ont gardé jusqu’à aujourd’hui. Dans une de ces sagas, une femme est mariée par son père à une autre famille, elle accepte mais n’aime pas son promis. Elle est aimée d’un autre homme dont elle se sert pour tuer son mari avec une hache, mais dont elle n’est pas non plus amoureuse. Les hommes s’entretuent pour venger chacun leurs morts. Cela montre comment les femmes peuvent utiliser leur pouvoir sur les faibles hommes. Je ne crois pas que les choses aient beaucoup changées.

D’ailleurs, j’épouse une islandaise. Donc j’apprends beaucoup de tout cela.

PM : Félicitations !


[MAJ]La deuxième partie de l’interview de Cheek Mountain Thief est à lire ici… [/MAJ]

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