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Feu de Joie rêveur et électrique avec la Presk’itw d’Emily Loizeau + Concours

Feu de Joie rêveur et électrique avec la Presk’itw d’Emily Loizeau + Concours

Avec un hommage à Lou Reed, un bébé, une pièce et un nouvel album, tout cela a infusé et nourri Emilie Loizeau de racines supplémentaires et de notes poignantes à la douceur survoltée. 

Artiste humaniste, troubadour moderne à la plume gracile et ouverte sur un monde contemporain en implosion, elle en dissèque les émotions au travers d’histoires intimes en une fable qui croise des résonances sociétales en des notes à la beauté chimique, rêveuse et électrique.

De cet album Mona, sorti chez Polydor, Emily nous en conte l’histoire, sa vision des émotions et fait voler les coeurs en un grand feu de joie, le 10 novembre prochain à La Cigale pour une décharge émotionnelle qui se vit sur scène et pour lequel on vous y invite, avec un concours.

Magie des mots et respirations troubles ourlées d’une lumière à la délicatesse brute, rencontre avec une artiste touchante qui dit le monde et le coeur, sous forme de fable et d’harmonies à l’alchimie poétique.



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Ces 11 chansons qui constituent une plongée en eaux troubles sont-elles finalement une quête de lumière et une vibration émotionnelle ?

Oui, c’est une recherche de la lumière, ça, c’est sur. En tout les cas, une envie de transformer. L’histoire, c’est effectivement quelqu’un qui est en train de se noyer, mais qui veut garder en elle la conviction qu’elle va remonter à la surface, chercher la lumière.

Pour moi, c’était faire dans mon geste d’une histoire assez tragique un hommage à la vie et un feu de joie. J’ai du accompagner ma mère dans son déséquilibre psychique et sa psychose dans les dernières années de sa vie. Une maman qui avait été formidablement vivante, présente et inspirante et peu à peu dévorée complètement par sa psychose.

Cet accompagnement a été douloureux et solitaire pour ma soeur et moi, très difficile. Cela a été restructurant et déshumanisant en fait, mais il y a parfois eu des rencontres qui nous ont fait gardé foi en la lumière. Avec ce parcours, je me suis rendu compte que c’était tabou et qu’il n’y avait pas de place pour accueillir ces gens-là dans notre société pour leur permettre d’avoir une vie parmi les autres, au sein d’un monde qui bouge et qui a des émotions.

Je me suis rendu compte que cette place là était indispensable et qu’une institution un lieu de vie et je voulais rendre hommage à cette dimension de vie qu’ont ces gens, car on a tous en nous un état de déséquilibre qui peut pointer son nez, cela fait partie de la vie et c’est un peu cela que je voulais dire.

« Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve. »

Ma manière à moi de transformer tout cela en feu de joie, c’était d’en faire du drôle, de l’absurde, du caustique, et en même temps du réel. Dans tout cela, il y a eu beaucoup de crises de fou rires, de situations absurdes, de situations belles, émouvantes et tragiques, mais ce sont des choses dont je voulais parler sans nier la noirceur, la douleur et la mélancolie, et en en faisant une quête de lumière.

En plus de cela, depuis deux ans que je l’écris, j’ai l’impression que l’on vit des choses quand même qu’on ne soupçonnait pas. On imaginait pas un instant en arriver là, là où on en est aujourd’hui. Je crois qu’il y a eu une envie très forte de dire « créons de l’espoir » pour demain. Ce n’est pas un disque politique mais en fait un peu.

Cette histoire intime a des résonances sociétales : Sommes-nous tous au fond de l’eau, dans un sombre printemps qui n’en finit plus, rescapé d’un naufrage, à l’image de votre grand père, porteur d’un héritage qu’il faut faire vivre coute que coûte ?

C’est comme cela en tout cas, que je le vis, c’est vrai. De parler de l’histoire de mon grand-père pendant la seconde guerre mondiale, laissant les siens derrière lui, vivant un naufrage, c’est vrai que cela était assez étrange. Pendant que j’écrivais une chanson basée sur des témoignages, d’un seul coup, je voyais des résonances permanentes avec ce que les gens traversent aujourd’hui de manière totalement différente, mais finalement je me suis dit que l’on était tous des déracinés potentiels.

On est tous potentiellement voués à être un jour sur le fil de la vie et en migration. C’est ce que je me suis dit et cela débouche sur une question que je me pose dans la pièce de Mona, en mettant ces deux histoires en parallèle – cet enfant qui vit un naufrage intérieur et qui finit par se noyer de l’intérieur en buvant trop d’eau et ce marin pendant la Seconde guerre sur ce bateau coulé par les allemands. Ce marin, c’est l’histoire de mon grand-père qui écrivait à ma grand-mère sur le point de donner naissance à ma maman.

J’ai donc toujours mis en échos ces deux histoires et la résonance pour moi, c’était qu’un traumatisme aussi profond qu’une guerre ne peut pas ne laisser aucunes traces. Cela laisse forcément une trace intérieure en l’individu qui l’a vit mais aussi aux générations suivantes, c’est obligé en fait. C’est comme un galet sur l’eau qui fait des ondes.

On ne peut pas éviter cela et pour moi, cela posait une vraie question sur ce que l’on vit actuellement : Quels adultes en devenir ces enfants ont ceux qui ont vu leurs frères, pères, soeurs, échoués sur les plages, rationnés en lait sur une île grecque et qui ont été accueilli sous la pluie dans le froid, parfois même violentés à la frontière. Quels plaies vont-ils porter en eux toutes leurs vies.

C’est fou de ce dire que l’on a pas fini d’apprendre. On est absolument responsables de cela, de l’état du monde de demain et de ce qu’on laisse comme héritage émotionnel aux enfants et de ce qu’on en fait, nous en tant qu’adultes.

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