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June & Lula @ La Boule Noire

June & Lula @ La Boule Noire

Après l’écoute du disque de June & Lula, Yellow Leaves, aux mille harmonies portées par les deux voix entrelacées de Céline et Tressy, on attendait avec impatience de les voir en concert, des rêves plein la tête.

Hier soir, mercredi 29 mai, les voici enfin sur scène. Ambiance calfeutrée pour ces deux oiseaux du paradis, deux roseaux sauvages qui illuminent de leur présence la Boule Noire. Devant un public nombreux, June & Lula accompagnées de Matthieu Bot à la contrebasse et de de Romain Verset aux percussions, nous ont trimballés de cantates en berceuses, en passant par des ballades chavirantes, toute habitées par un même souffle ardent où le swing pure est leur état d’âme.

21h00, donc, à Paris et des notes qui claquent sur un swing qui envahit l’espace. Alternant les tempos différents, les cadences exquises, les deux filles, chanteuses à l’âme noire, saltimbanques lunatiques brillent avec leur hardiesse de musiciennes.

Battant le rythme avec fougue comme pour mieux restaurer une liberté souvent bafouée, June & Lula n’en font décidément qu’à leur tête, parcourant de leurs timbres harmoniques les terres inconnues et les sentiers boueux. Avec leur délicatesse intemporelle, Céline et Tressy instaurent une tension langoureuse, un jazz d’un autre temps pour mieux souligner les contradictions de ce monde et ses injustices qui se ramassent à la pelle.

De leur album tout juste sorti, les titres se succèdent pour peindre le conte des jours et des nuits de ce monde solitaire et ivre de blessures. Revert To the Wild d’abord qui permet de prendre le large, de larguer les amarres avec fracas. The Clown ensuite, incursion brève dans leur premier album Sixteen Times, pour introduire la suite de l’histoire de leur pierrot lunaire tendre. Le rythme addictif est cultivé ici avec Cursed Waltz  qui invite à une parenthèse enchantée, un âge d’or teinté de sépias et de volutes de fumée.

June & Lula savent jongler avec les ambiances, acrobates des sons à l’aisance innée. Elles possèdent le don de mettre de la puissance dans leurs envolées mélodiques et de revenir, sans crier gare, à une mélancolie poignante, naviguant dans une tendresse triste qui vous tient proche des larmes comme avec Near The Stars… Elles connaissent les rouages de l’équilibre de la vie, en demeurant dans cette atmosphère suave et poignante, resserrant leurs liens intangibles sur leurs mélodies à deux voix qui vous mettent à genoux comme Nacked Woman.

Elles sont sans pareille pour dévoiler l’humanité sous le vernis des histoires, pour faire résonner des récits que l’on connait tous, de près ou de loin avec une justesse tranchante. Par leurs harmonies, elles vous convient à voir les errances de ce monde, avec une profondeur doublée d’un espièglerie séduisante.

Les filles de June & Lula sont spontanées, impulsives. Il est donc aisé de les suivre lorsqu’elles partent dans le Gospel, quand elles s’enfoncent dans le cabaret saloon avec No More, introduit avec malice comme une chanson féministe. Battements de cils et chants d’esclave s’y conjuguent parfaitement et les revendications soufflent en un « no more » qui résonne de toutes les luttes bercées à la fin par la clarinette.

June & Lula @ La Boule Noire

Revenant à une berceuse de toute beauté, les godasses encore dans le passé, elles chaussent leur chant tout en volupté pour parcourir le ciel sombre et les étoiles infusées par leurs voix en canon sur The Moon Who Talked Throught The Wind.

La contrebasse se fait mère, les percussions enfants : vogue le cortège de notes et les battements du palpitant du public. Il fait sombre dans la salle pour cette petite ballade aux deux voix unies, berceuse douce des profondeurs de leurs êtres de musiciennes. L’amour des mélodies et des notes s’immiscent, le public retient son souffle sur cette image de veillée dans le feux de l’antre. Leur maison sont leurs mélodies, rassurantes.

Puis, Yellow Leaves arrive, murmures de petite boîte a musique. June & Lula nous propose une petite ballade des entrailles, à l’âme sombre d’hiver parée d’une lumière intérieure tamisée, obscurcie par les angoisses, adoucies par la musique. Elles voyagent dans un paysage onirique et nous embarquent non dans un paradis rêvé, mais dans la réalité brute simplement sublimée par leurs accords et leurs paroles touchantes comme sur Old Man Town.

Retentit alors une frayeur dans le public… Elles annoncent Flying Hat, la prochaine chanson comme la dernière…avant de se reprendre avec spontanéité pour dire que c’est seulement l’avant dernière…Le public respire.

La contrebasse débute alors et imprime sa saveur à la mélodie. Se dresse une image de salle de jeux dans le Las Vegas du début, jazzy à souhait, la cadence magnétique.
Jongleuse des tempos, auteures de canon à deux voix, elles sont des cavalières pour les instruments qu’elles domptent comme la clarinette ou les guitares. Espiègles, mutines, ici, on se sent invitée à un bœuf entre amis : jubilatoire.
Le temps des remerciements chauds et humains se glissent là, tendrement, généreusement.. sans artifices.

June & Lula @ La Boule Noire

Ici, Clap Your Hands retentit, introduite avec le sourire aux lèvres, comme « la chanson qui dit merde ». Effectivement, elles taclent les épreuves, multiplient les respirations jouissives et les tempos qui balancent les ennuis par la porte, même si ils reviennent par la fenêtre d’autres chansons. Elles disent merde à l’uniformité et battent les flaques d’eaux avec leurs bottes trop grandes, restes d’un âge désinvolte, muri par les réalités de la vie.

Elles invitent à la farandole des espoirs par leurs notes et leurs énergies grandes comme l’univers connu et inconnu comme cette chanson qui se prolonge avec les percussions jusqu’au « end » final.

Applaudies par un public conquis à leur monde, elles saluent puis reviennent à deux pour conter Billy, petite ballade avec la tristesse des autres en baluchon et le respect des histoires pour la différence..

Puis la guitare en bandoulière et à quatre, comme sur My Girl, chanson de leur ancien album, qui prend une autre dimension ici. Dès les premiers accords le public la reconnaît.

Swing à l’état pur, elle leur ressemble : délicieusement insolente, tendrement tolérante, furieusement spontanée. June & Lula insufflent la cadence, le souffle singulier qui est le leur, du côté des étoiles, sans oublier les caniveaux et la misère humaine, parlant des trajectoires plurielles des vies de chacun avec liberté et poésie.

« Oh yeah » résonne alors comme un au revoir temporaire, même après une petite chanson a capella improvisée… Leurs mélodies sont un espace de création vu à travers leur tempérament.
Elles, elles sont un même et seul être en deux êtres différents. C’est là, la définition parfaite de June & Lula : un coin de folie entre complémentarité, créativité et altérité où prend place un humanisme contagieux…Des foudres de scène à ne rater sous aucun prétexte.

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