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LIARS : WIXIW

Il y a des disques qui sont infiniment grand, d’autres microscopiquement petit, celui-là WIXIW (Wish You) est immensément grand dans l’infiniment petit, car chez Liars, les barrières sautent, les sons se mélangent aux voix, le flou est total, mais la beauté et la subtilité sont ici entières. WIXIW est le sixième opus du groupe New Yorkais Liars et déjà le plus beau, il sort le 4 juin (label Mute) et déjà il vous envahit intensément. Liars a la passion et l’habitude de se renouveler perpétuellement dans le rock expérimental, après « They Threw Us All In A Trench ans Stuck A Monument On Top » résolument post-punk puis « Liars » plus rock et « Sisterworld » plus introspectif, cette fois-ci il offre avec WIXIW une face synthétique et toute électronique. Et même si on entend toujours une guitare, une basse et une batterie, elles sont essentiellement englobées dans un étrange spectre informatique qui fait feu de tout bois.

Angus Andrew, Aaron Hemphill et Julian Gross sont de la race des bidouilleurs musiciens, avant-gardistes et mettant un poing d’honneur à décoller toutes les étiquettes que la société se sent obligée de vous apposer. Leur démarche est politique tenant en une seule phrase et résumant l’ensemble du projet et donc de l’opus : “If we aren’t confusing people, it’s not us, If we aren’t confusing ourselves with what we do, then we’ve failed.” lâche l’emblématique Angus Andrew… Et ils y réussissent parfaitement.

La voix d’Angus Andrews est une voix à la dérive, un peu Thom « Yorkest », « radioheadeuse », mais un peu seulement, car ils offrent bel et bien un voyage singulier en terres expérimentales avec de purs moments d’extase où les émotions se changent en sons et deviennent contagieux.

« The Exact colour of doubt » débute l’album comme un poème qui semblerait vide, mais qui peu à peu se remplit et se gorge en intensité jusqu’à devenir plein, intense et omniprésent. Une mélodie douce presque sourde résonne pour mieux occuper l’espace et vous habitez intensément avec une voix perdue qui pourtant vous enlève toutes certitudes.

« Brats » commence électro avec des beats répétitifs, la voix d’Angus Andrews surgit comme sortie d’un mégaphone, en écho, une étreinte sombre, subtile et entière, une tonalité rock qui se libère tout au long… Une sonorité qui vous interroge subtilement et qui se fait tourbillon et s’éteint tout aussi soudainement qu’elle a commencé et vous laisse quoi.

« Who is The Hunter » est une bien étrange rencontre avec un sombre inconnu habile à vous faire passer par plusieurs états, grâce notamment à des sons synthétiques pour la plupart portés par une voix généreuse, triste voire incertaine. L’état de grâce a plusieurs couleurs et celle-là est indéfinissable tant les intensités varient au gré des pistes et au sein même de celles-ci, sans jamais aucun ornement, dépouillée, elle s’offre à vous, nue, sans compromis, sans demandes implicites, simplement elle et ce qu’elle dégage. A la fois chasseur, à la fois chassé, on se sent tour à tour proie et victime dans un mouvement habilement volatile et insaisissable.

« Flood to Flood » commence tel un conseil de guerre dans une tribu, lumineuse malgré les ténèbres tout autour menaçant, elle donne envie de se compresser contre quelqu’un jusqu’à ne plus sentir le vent, la danse macabre qui s’offre à vous est séduisante, gageons que vous n’en ressortirez pas indemne… Un jeu inconnu qui convainc et toujours la voix entêtante, la musique happant cette dernière, vous ne sentez plus vos pieds, immobiles vous ressentez la chanson.

Car, Liars a la faculté de vous faire ressentir la vacuité du monde et de vous convaincre tout à la fois de sa beauté, de sa raison d’être, et de sa lutte. Contradictions mélodiques et éveil des sens sont au rendez-vous crépusculaire des pistes.

« His and Mine Sensations » est, quant à elle, une succession de bulles sonores saccadées, glissantes sur le sol et auxquelles il faut prendre garde, car voyez-vous l’intensité ne sied pas à tout le monde. La vibration électro prend tout l’espace et la voix creuse son sillon, brillante telle une tentation incarnée..

A chaque piste, vous êtes presque convaincus que les sons vont mener à l’explosion et vous attendez celle-ci avec impatience, mais elle ne vient  jamais, car les limites ne sont jamais dépassées, elles sont effleurées subtilement d’un revers de la main. Jamais non plus les sons ne débordent l’espace qui leur est imposé, mais au contraire ils demeurent libres et infinis…C’est seulement vous qui êtes au bout de vos limites, tant vos émotions défilent entières grâce à Liars.

« WIXIW » enchaîne telle une foule de dissonances et de discordances exploitées qui en deviennent presque mélodiques, quelques notes simples et une voix comme dédoublée vous souffle des paroles jusqu’à la fin, le synthé en boucle comme rayé vient mourir à vos pieds…Des émotions livrées brutes et traduites en musique que la voix transporte….envers d’un décors inconnu…ensorceleur.

« III Valley Prodigies » est comme une respiration ou la musique d’un train roulant, la voix transparente vous mène ou s’achève dans le voyage, nul ne le sait… Vos mouvements de coeur ralentissent dans l’attente de la suite…qui reste une inconnue..Hymne à la souffrance ou à la jouissance, difficile de le dire.

« A Ring On Every Finger » est, elle, portée par un choeur en harmonie décalée soutenue par des rythmes électro variés, un mouvement à bascule saccadé et une option à prendre mais le flou total : arrêter ou accélérer…… Encerclé par les voix… L’issue n’est pas celle que l’on croit… Ou que l’on veut.

« No.1 Against The Rush » offre une ambiance aérienne du monde invisible de l’infiniment petit, rythmée de plus en plus intensément…La voix vous rattrape, subtile et l’équilibre est atteint.

« Octagon » résonne de beats mécaniques, de battements électro, intensité tout en profondeur, voix murmurant par séquences…Le fil de la poésie certaine est domptée, la mise en scène majestueuse du dépouillement bien réel s’échoue coupante comme une vague douce.

Enfin sur « Annual Moon Words » guitare et beats s’unissent avec des effleurements de sons et de voix pour mieux vous ramener tout doucement vers la sortie, vers le monde vécu… Ils vous font une haie d’honneur singulière qui clôt l’album dans une apothéose d’émotions.

La bouteille est pleine, le spleen sombre et lumineux, ils vous ont réveillés et laissés là, vous respirez mieux. Ce disque est, dans un autre univers, comparable à celui d’Alt-J, car ils nous livrent tout deux une terre vierge qu’ils ont construit de leurs mains, aux mélodies inconnues, aux sonorités étranges, un intense mixte merveilleux et diablement cohérent… Lorsque le disque s’arrête, il agit encore telle une drogue et coule toujours dans les veines et au travers des oreilles… Trop tard, Liars sont hautement addictifs et furieusement talentueux et WIXIW : un opus puissant où il fait bon se perdre…

Cédez donc à la tentation, celle de l’écoute intégrale et ne prenez pas peur, vous n’en sortirez pas identiques, la musique, qui vient des tripes et qui vous agrippe en douceur les entrailles, est la plus majestueuse et vous vibrez déjà à l’unisson dissonante.

Le disque est en écoute intégrale :  ici.

Sachez qu’ils seront en concert au Nouveau Casino de Paris, le 7 juin avec Ouï FM et en attendant, faites connaissance avec eux :

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