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Bulles d’utopies : retour sur le Pete The Monkey 2016

Rarement simple festival n’aura construit autant de ponts et des passerelles pour un nouveau monde, rarement un rendez-vous musical emplit aussi intensément les coeurs, en montrant qu’un autre monde est possible.

Dans cette avalanche de chaos et de rages larvés sous des clichés bâtards fleurissant ici et là, Pete The Monkey est un havre de paix où il fait bon se perdre. Prendre la route vers un ailleurs en bord de mer n’est pas si commun, lorsque la destination choisie donne l’espoir, en harmonies et en communion collective. Une destination concrète aux engagements souverains et aux promesses à chaque fois dépassées.

Bulles d'utopie : Le Pete The Monkey 2016

Passer le portail de ce festival hors norme, le monde est coloré, les individus y pensent collectif, y construisent l’altruisme d’un nouveau type : du plus petits gestes, discuter avec de parfaits inconnus dans la file menant au camion Fundi Pizza, parler avec les architectes émus d’avoir ériger un bel amphi en bois, écrin aux émotions, jusqu’à danser dans la grange ou sous la grande scène couverte d’un velum transparent, même échanger avec les artistes après leur set : Tout y est possible.

Au Pete The Monkey, on y découvre des familiers comme Roscius, magicien des notes, qui met le feu à cet amphi orné de loupiotes toutes droites sorties de forêts de lutins, autour d’un live qui fait vaciller les coeurs et les âmes.

S’y croisent les festivaliers d’une saison à une autre devenu réguliers d’une même famille, partageant les mêmes envies : s’émerveiller toujours, être ouvert aux autres et accueillir les nouveaux, ceux venus pour cette cinquième édition. Il n’est pas rare d’entendre, pendant que les gens s’installent à un concert : vous les connaissez? Qui joue? et les autres de répondre, non comme d’autres endroits où adresser la parole aux autres est devenu une agression.

Bulles d'utopie : Le Pete The Monkey 2016

Au PTM, vous n’êtes jamais seuls, un rebord de cagette, dans une barque tapissée de foin, sous un arbre aux songes, dansant au fond d’une clairière bordée d’un feu de camp, sur une balançoire près d’un camion Bazaar, mélange d’ordinaire enfantin et d’un monde adulte responsable et engagé : voici le mixe intrépide et merveilleux du Pete The Monkey.

Bulles d'utopie : Le Pete The Monkey 2016

La brise souffle, les concerts s’y succèdent et le temps se fige. Pour ce cru 2016, des folies, de la joie, une immense joie au milieu d’un océan de tristesse toute contemporaine. Îlot préservé d’un monde en devenir, celui que l’on voudrait plus grand contaminant les autres continents d’un territoire ravagé, au Pete The Monkey, on revit.

Au clair de lune, au soleil couchant, au matin doux, la foule est belle devant ces artistes venus là partager leur soif des autres. Island et leur fougueuse mélancolie, Jungle By Night et leurs fusions émouvantes de cuivres et de pulsations espiègles qui ont fait danser le public jusqu’à l’ivresse.

Bulles d'utopie : Le Pete The Monkey 2016

Au coin de l’amphi, la douce pop poétique de Juliette Armanet a retenti, laissant les gens transis d’amour pour ses notes vagabondes, caresses veloutées d’un swing nostalgique. Ici, les artistes s’entremêlent, le magnifique Jacques faisant une incursion sur scène, dans le monde pop onirique de Flavien Berger. Chacun prend place dans cette douce parenthèse aux émotions en cascade, avec plaisir et avec le coeur. Chacun y apporte un bout de soi pour un ensemble composé de tous, constitué de nos rêves, de nos espoirs, de nos souvenirs, s’appellant aujourd’hui et demain.

Le voyage au Pete The Monkey est continu, infini, métissé, envoûtant comme avec Nicolas Cruz, incontestablement le troubadour d’un groove aux assonances folles, aux vibrations transcendantales où fermer les yeux et lâcher prise était beau. Jusqu’au petit matin, les coeurs bercés par les rythmes électro mutants de Clement Bazin, les âmes rassérénées par Ok Lou, douce chantre d’une électro RnB de velours aux assauts troubles d’un groove ravageur, les rafales de notes ont des assonances d’amour sur ce petit bout de terre, coincé entre ciel et mer qu’est Saint-Aubin- sur-Mer.

Sous un ciel azuré, où le vent aime à rappeler son existence, Bagarre a enflammé les corps, sous leur énergie tempétueuse, mouillant les âmes d’une humeur révoltée et chamailleuse, sous le tumulte de leurs notes incandescentes. A ce moment précis comme à beaucoup d’autres, au PTM, la foule ne forme qu’un individu fait de toutes les différences et les qualités de chacun, le cumul de tout ce que les gens ont de meilleurs.
D’une fanfare euphorique, le Pikolo Brass Band à la chorale folle London Contemporary Voices, en passant par la douceur de Sam Brooks, tout y est bon.

Pourtant, parfois, même dans ce havre de paix, la violence a décidé de vous rattraper à la volée avec son cortèges d’horreur, frappant à Nice. Alors, même au milieu du vrai chaos, PTM reste uni. Le festival s’y est tu pendant une minute, 1 minute de silence et de pensées pour toutes les victimes tombées sous les barbaries qui ne lâchent jamais rien. Un silence profond et lourd qui écorne les coeurs, un silence intense, seulement symboliquement brisé par les pleurs d’un enfant… Un retour à la vie, conscient des problèmes à affronter et sachant comment le faire : par une jungle d’amour respectueuse et libre de tous présupposés.

arbre

On dit parfois que grandir n’est pas une chose aisée et qu’il faut se débarrasser de son âme d’enfant, ce que la société aime à répéter à longueurs de temps et ce que beaucoup finissent par croire pour être « rentable, efficace et efficient » dans ce monde-ci qui érige ces pauvres adjectifs en vraies valeurs, oubliant l’essentiel. Pete The Monkey démontre le contraire, garder ses réflexes d’enfant : son enthousiasme, ses rêves et sa douce folie, en ayant la capacité d’écouter, de découvrir et de s’émerveiller encore adulte, en ne rêvant pas seulement à un monde meilleur mais en prenant le risque de le construire.

Si vous rêvez d’une autre carte du monde : PTM et toute son équipe vous offrent une bulle d’utopie devenue réalité pour trois jours. Trois jours, loin des clameurs modernes, en attendant que se réalise ce que l’on souhaite intensément : que le monde soit un peu plus PTMisé. Reste à s’y engager, dans la violence de l’instant, la modestie du quotidien et la démesure de l’idéal.

Faites que le Pete The Monkey 2017 arrive vite. Merci à l’infini.

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