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Low : The Invisible Way

Alan Sparhawk, Mimi Parker et John Nichols sont de retour. The invisible Way est leur dernière étreinte, leur dixième qui célèbre leur 20 ans de carrière, sorti le 19 mars chez Sub Pop Records/ Pias.

10 albums et jamais un faux pas, The Invisible Way est un chemin dans l’obscurité, une autre route empruntée par ce trio authentique. Low marche et y respire comme lors d’une procession triste aux sublimes compositions à la beauté vaporeuse et à l’obscure étreinte.  Ici les variations sont lumineuses introduites par un piano qui confère une certaine gravité à ces retrouvailles tant espérés, tandis qu’Alan Sparhawk et Mimi Parker unissent leur voix dans un dialogue où la fusion n’a d’égale que la puissance des mélodies.

Produit par Jeff Tweedy (Wilco) l’essence de cet opus est intimiste et puissant. Le trio aux multiples vies ne briguent pas l’immortalité, profondément humain dans le bon sens du terme, ils savent que les années filent et défilent inarrêtables. Ils tissent la toile des désillusions et des regrets.

Seulement voilà, leur folk roots a l’élégance et la silhouette des ténèbres, mais le visage de la vie. Généreux et sans désenchantements, le temps y est respecté, les choix assumés à l’image de leurs vies. Vétérans des combats, ils ne sont pas statiques, regrettant un passé impossible à ressusciter. Ils savent que les choix entraînent des conséquences et que monde en payera de plus en plus le prix.

Pourtant loin d’un fatalisme exaspérant, Low dénote par sa fraicheur sépia irrévérencieuse et sa rébellion sonore, revenant aux bases du folk acoustique. Low est à l’image d’une vie, complexe, emplie de contradictions, d’austérités et de joies. Eux, en ont pleinement conscience et s’en inspirent pour créer des harmonies à la justesse brillante.

Pendant que le monde s’agite, promeut un instantanéité fatigante qui ne se réjouit de rien, Low fait des polaroids majestueux des craintes du passé, des angoisses du futur, sans jamais sombrer dans un futile abattement. Fébriles et habiles, ils endossent les histoires de tous individus au cours d’une vie, les états d’âme de chacun, certains penchant plus pour la tristesse, d’autres pour un délicieux instant.

Low est plein de contraires de divagations, de fusion des opposés à l’union sublime à l’alchimie intense.
L’optimisme loin des harmonies, Plastic Cup est l’introduction amère sous une mélodie douce, où le chanteur guitariste imagine des archéologues fouillant les ruines de l’Amérique.

Poésie ténébreuse, tantôt plus légère, Mimi Parker de sa batterie et de son chant se fait plus présente, cinq chansons au lieu des deux habituelles. Lumineusement douce, elle vole au secours de son mari à l’éclat doucement sombre, ils se partagent les clairs-obscurs avec force et passion.

Depuis 1993, ils parcourent les routes, fournissent des albums rutilants et pourtant leur souffle est intacte, leur mélancolie toujours aussi belle. The Invisible Way replonge au plus profond de leurs racines, faisant de l’acoustique et du piano leurs meilleurs alliés, laissant de côté les distorsions et les synthés.

Le long d’une route, les émotions sont multiples, leur champ d’action infini. A perte de vue, ils sont une brise, un orage, une pluie fine, un nuage. Si Holy ghost est une folk country proche d’une Emmylou Harris et d’un Elliott Smith, les embardées sont variées.

Clarence White est nostalgique, hommage à celui qui n’est plus, le guitariste des Byrds, et Four Score une symphonie de souhaits enivrante.

Alors l’émotion se fait plus vive avec Mother, tout simplement vibrant et poignant. Plus fiévreux, So Blue est passionnée, On My Owm plus extatique.

Des bribes du passé et une guitare distordue chante, seule. La route est longue, les espoirs infimes et pourtant leur chant réchauffe. Sans illusions, ils chantent le monde fatigué avec une modernité troublante des décennies passées, mais déjà To Our Knees vient clôturer l’album en un soupir.

Entre, Just Make It Stop vous glisse le mot de la fin  “If I could just make it stop, I could tell the whole world to get out of the way.”

Alors, de cette ivresse, de ce bout de route entamée ensemble, restent les halos d’une lumière douce, juste assez pour refermer la porte sans regrets, à peine le temps d’un soupir, car déjà l’organique, le mélodique et fragile The Invisible Way s’achève.

Seule la beauté simple et la célébration authentique de 20 ans de pérégrination sacrée demeure. Que l’obscurité est belle sur le toit du monde. L’âge leur va bien.

Ils seront en concert à la Maroquinerie le 7 mai prochain.

Tracklist:

01. Plastic Cup
02. Amethyst
03. So Blue
04. Holy Ghost
05. Waiting
06. Clarence White
07. Four Score
08. Just Make It Stop
09. Mother
10. On My Own
11. To Our Knees

Low : The Invisible Way

 

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