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On y etait : Balthazar @ La Cigale

Balthazar, c’est un groupe ambitieux et terriblement ravageur. C’est Maarten Devoldere au chant et au clavier, Jinte Deprez (chant, guitare), Patricia Vanneste (violon, synthé, chant), Simon Casier (basse, chant) et Christophe Claeys (batterie). Après avoir sorti leur second album Rats, délice de mélodies accrocheuses, paroxismique rock alternatif, ils étaient en tournée en France.

Après une première partie, aux antipodes de leur talent, tant The Van Jets sont décevants, on attendait patiemment d’en prendre plein la tête, de pouvoir contempler ce groupe singulier qui tient plus que ces promesses. A 21h00, c’est chose faite, ils rentrent sur scène avec un jeux de lumière sobre et poétique.

The Boatman retentit alors, entraînant dans sa douceur toute energique et contagieuse, jolie pont d’entrée que de commencer avec des titres de leur ancien album Applause. Le chant, les guitares, la batterie, tout participe à l’émerveillement des sens.

La basse enchaine comme un grave écho d’un cortège qui arrive, Morning suit. La tension déjà palpable, monte d’un cran. Jinte a une voix qui électrise l’assemblée. Leur direction est la bonne, celle qui frôle votre peau et vous donne la chair de poule doucement. L’atmosphère cinématographique se ressent dans leur mise en scène qui concourt à rendre la soirée mémorable. Une lumière douce et féline aux teintes bleues colore la Cigale et sert d’écrin à Balthazar.

I’ll Stay Here, vous enfonce un peu plus dans une torpeur toute fiévreuse. La voix vous fait succomber dans cette complainte au rythme ténébreux, saccadée par les dissonances des riffs de guitares et adoucie par les chœurs qui reprennent. Ils sont cinq, mais ici, ils ne font qu’un, tant leur harmonie est parfaite.

Puis, la scène devient un bar enfumé, des notes montent comme des volutes, Blues For Susann débute. La voix cassée de Maarten se mêle à celle de Jinte, un peu à la Arno, lancinant et obsédant, le rythme jamais ne décroit. L’hypnotique sillon se creuse au son des guitares et des basses à couper le souffle.

Balthazar entame alors The Man Who Owns The Place qui est bluffant. Un tempo lent comme une agonie poétique portée par tout le groupe. La complainte est intense, on suit un cheminement bien construit où chaque instrument se glisse dans cette douce peinture sonore mélancolique, puzzle lunatique de jeunes artistes qui créent leur monde enchanté et enchanteur. Elle se termine comme une mélodie de parade triste, telle la mort d’une boîte à musique tant aimé.

The Oldest Of Sisters comble la salle de plaisir. La mélancolie est lumineuse, les chœurs sauvages. Paysage désertique d’une contrée apocalyptique, la mélodie  vous fait tout oublier et vous plonge dans une abîme de sentiments fougueux. La lumière tamisée d’un halo de notes renforce ce sentiment. Intimistes et généreux.

Une vague de fond arrive au son de Sinking Shid, douceur acide qui alterne répétitions des tintillements et délicatesse des chœurs obsédants. Balthazar est grand, le monde petit si petit emporté par un tourbillon de folie douce amère.

Le mouvement est lancé, Side débute langoureusement comme un murmure où des échos souterrains viennent former une seule voix. Ici, 1000 harmonies en écho de fond. A la manière de Venus, ils captivent. Quelques spots éclairent le fond de la scène, les transformant en ombres hantant leur propre chanson. Le crescendo à l’unisson, on se sent vertigineusement bien au bord d’un précipice imagée de souffrances et de mélodies suffocantes de tendresse.

Alors Lion’s Mouth (Daniel) commence, comme une pièce intime, dans une cathédrale en ruine, envôutant de disonnances et de failles crues mises à nues, les spots clignotent d’une lumière jaune qui soutient la tension de la mélodie. Beau comme un triptyque de Bacon, avec des touches de Hooper.

La communion continue, avec Listen Up, les notes s’infiltrent dans les corps et les âmes. Comme une respiration entêtante, Balthazar distille sa poésie en palpitations et les pulsations mi-douces mi-tortueuses vous crucifient dans un voile de notes intenses.

C’est alors l’heure de Fifteens Floors, méli-mélo de voix enflammées et d’une tristesse portée dans les godasses…puis une renaissance avec les chœurs incandescents. Balthazar est à l’unisson, et a l’art d’attiser les sentiments avec ses compositions ensorcelantes et sa présence magnétique.

Le charme a infusé, Later vous grise. Lumineusement subtile, brillamment fougueux, intensément singulier, diablement talentueux, les voix de Balthazar se répondent, se cherchent, se conjuguent entre elles, les instruments font de même.

Puis, les guitares claquent, Do Not Claim Anymore suit, les voix torpillent votre cœur. Clair obscur séduisant sur lequel s’éteignent les lumières.

La salle les réclame, et a raison d’eux, Balthazar revient. Un murmure plaintif, une symphonie brisée, des violons, c’est le magnifique et éperdument envoûtant Any Suggestion. Un récit dont le fil invisible habite la scène et met à ses pieds la Cigale. Sans artifices, honnêtes, ils sont fiers de défendre leurs choix, leurs sons, ils ont raison. Une conclusion en forme de fenêtre ouverte sur un monde beau.

Déjà ils s’en vont, mais reviennent, humbles pour un second rappel. Intro d’Applause, auquel succèdera Blood Like Wine, une batterie en suspens, des guitares déchirantes et l’étreinte de leur voix comme volée en fin de soirée.

Leur âme est un parfait équilibre, d’où une tension permanente s’échappe, sous des failles lumineuses et imagées. Eux regardent vers le haut, et l’on ne peut s’empêcher de penser comme Baudelaire que « leur jeunesse n’est qu’un ténébreux orage, traversé ça et là par de brillants soleils ».

« Raise your glass to the nighttime and the ways
To choose a mood and have it replaced » résonne alors. Le rideau tombe. Il est 22h30. Merci Balthazar.

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