Close

Thomas Azier – Hylas (LP)

Thomas Azier sort enfin son premier album Hylas, après ses deux Eps Hylas 001 et Hylas 002. Comme un retour aux mythes fondateurs, cet opus de 12 titres traverse l’apesanteur tel le très beau Ghostcity, introduction parfaite aux zones habitées par la puissance d’Azier.

Hylas est cadencé de vapeurs urbaines et de rythmes qui sont des mélanges de particules et de vapeur se dégageant de mélodies en combustion. Sur ces pistes, Thomas Azier flirte avec les ombres, joue avec des teintes clairs-obscurs jusqu’à créer des éclipse de soleil, amenant une lune opaque, engloutissant les cieux comme sur Rukeli’s Last Dance.

Avec Azier, les lignes se brouillent, les aciers se métamorphosent, se chargeant d’un éclat rock modulant un électro distillé au compte-goutte comme sur le Verwandlung, pérégrination de son âme aux pays des songes, la solitude exploitée, communiant dans le collectif, soufflant un « nous deux formont la multitude ».


Perfectionniste, son opus brasse des contradictions douces, saluant l’acide d’un souffle doux qui se fait tempête quand la fièvre embrase la piste comme sur Red Eyes.

L’horizon rougit, fend les armures avec des cadences dignes de fin d’un monde, métissant l’asphalte d’un souffle brut, parmi des notes qui polissent les éclats que Thomas Azier brise puis tisse.

Ici, les nuages brassent des éclairs amenuisant l’oxygène jusqu’à obscurcir les cadences de silhouettes magnétiques comme sur Angelene qui attaque les courroies, agençant les espaces d’une autre manière, avec élégance, déconstruisant les symétries pour en construire de nouvelles.

Jongleur de tempos, faiseur de métamorphoses incessantes, How to dissapear est une piste qui caresse le gouffre, traversant les rivages, comme sur un fil en équilibre délicat, où la torpeur et la mélancolie se mélangent. Là, les claviers forment des haies enlaçant la voix belle de Thomas Azier, à pas de loup, à velours brûlant comme Futuresound traçant une route broussailleuse, comme un mantra futuriste qui n’oublie rien du passé.

Puis Shadow of The Sun brille d’un autre éclat, hybride, urbain, félin sur les couplets, plus sucré sur les refrains. La force de Thomas Azier est de prendre des virages à 360°, cultivant les disparités avec élégance, ici dans l’intimisme comme sur Yearn yearn.

A mesure qu’il se dévoile dans une ronde douce amère,  il tient la distance, met en recul par les vagues de mélodies bétonneuses, boucles électro assiégés de pop sombre. Comme pour mieux maintenir un équilibre, les harmonies sont tamisées comme il faut. Thomas Azier excelle à ce jeux des mouvements, à ces écarts qui le mettent en relief et le rendent insaisissable. Expérimentant ces cadences dans une solitude brute, se dédoublant pour mieux explorer ce désert urbain, le triturer et le chérir.

Golden Wave reprend les rênes des tempos, balançant des beats minimaux et des hordes de sentiments à l’affût. Là, l’obscurité se fait mi-blessante mi-chérissante. Lui, aime tendrement les entre-deux, les intervalles brumeux, les colorant de teintes sombres pour mieux y allumer des feux, y instiller des brèches poétiques.

Alors, la ville, son double, ferme l’album comme une abstraction en souvenir, comme un feu de joie rageur avec Sirens Of The Citylight. Ici, Thomas Azier explore les reflets dans un miroir de chaque individu circulant dans les cités, mélangeant les identités ténébreuses et les harmonies plurielles. La séduction est exquise, les sentiments sont frôlés, laissés incandescents par son souffle profond.

Labyrinthes des sens, avec Hylas, les auditeurs sont des promeneurs d’une métropole rassembleuse où la solitude s’y fixe, en soulignant les fragilités et les carences de ces monstres urbains, jusqu’à en gommer les imperfections comme les perfections.

Les 12 titres d’Azier sont des parades à l’anonymat, des hymnes aux falaises, aux crevasses comme aux vallées que peuvent former la cité telle une métaphore de vie. Là, Azier en module les rues, en cadence les circulations, recréant les labyrinthes d’une ville carnassière ou abris de l’âme.

Thomas Azier polit les rêves, châtie les espoirs et multiplie les ombres.  A s’y méprendre, cette phrase de Friedrich Nietzsche flotte sur Hylas« Les pensées sont les ombres de nos sentiments. »

L’opus est disponible chez Island/Mercury, en numérique ou en CD, vinyls.

Tracklist :
1 Hylas
2 Ghostcity
3 Verwandlung
4 Rukeli’s Last Dance
5 Red Eyes
6 Angelene
7 How To Disappear
8 Futuresound
9 Shadow of the Sun
10 Yearn Yearn
11 Golden Wave
12 Sirens of the Citylight

Thomas Azier- Hylas

Close